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In your face, USA
Noam Chomsky   Les Etats manqués - Abus de puissance et déficit démocratique
10/18 - Fait et Cause 2008 /  8,60 € - 56.33 ffr. / 404 pages
ISBN : 978-2-264-04722-9
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication française en mai 2007 (Fayard).

Traduction de Paul Chemla.

Voir aussi :
- Noam Chomsky, La Poudrière du Moyen-Orient, Fayard, septembre 2007, 23 €, 390p., ISBN : 978-2-213-63168-4.

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.

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Psycho-linguiste de réputation internationale et professeur renommé du prestigieux Massachusetts Institute of Technology, Noam Chomsky (né en 1928) est aussi connu pour son engagement politique libertaire et ses prises de positions «radicales» contre la politique impériale des États-Unis : malgré les apparences, son œuvre présente une grande cohérence. Son œuvre scientifique objective analyse le fonctionnement de ce qui fait une bonne part de l’humanité : l’esprit. Mais pour Chomsky, comme pour d’autres «scientifiques», ce travail serait absurde (science sans conscience n’est que ruine de l’âme !), s’il n’avait une perspective humaniste de connaissance de soi à finalité éthique, que notre auteur rattache aux Lumières. Tandis que psychologie et linguistique ont été mises au service de la propagande et de la publicité par les États et les compagnies capitalistes, Chomsky explique au public, en savant-citoyen, les manipulations qui visent leurs consciences et dont le langage et la «communication» sont l’objet dans les sociétés, même «démocratiques» (précisément parce qu’elles sont le lieu de rivalités pour le pouvoir et que cela passe par la persuasion rhétorique).

Or, en vertu de la souveraineté populaire, les nations sont responsables de la politique de leurs États et en tant qu’Américain, Chomsky est particulièrement sensible à celle du sien qui se trouve au cours de sa vie être devenu (et pas par hasard, mais par une politique impériale) une des super-puissances mondiales puis la seule depuis la fin de la Guerre Froide. L’exercice d’instruction civique de Chomsky sur le véritable fonctionnement de la démocratie américaine est donc par force aussi une leçon de géopolitique de notre temps. Cela lui vaut les pires accusations aux États-Unis et dans les pays de l’OTAN (anti-américanisme, sympathie d’extrême-gauche pour les dictatures communistes et même nationalistes du moment qui sont ennemies de l’Amérique et du libéralisme, goût de la provocation, etc …) et parfois aussi des manœuvres pour étouffer sa voix.

«Failed States» : "États manqués" ou «ratés»… Cette notion appliquée par les États-Unis à plusieurs États sur l'ensemble du globe repose sur une téléologie idéaliste de la nature du véritable État (digne d’exister), de sa finalité éthique et politique : "protéger leurs citoyens de la violence, voire de la mort", leur garantir la protection de lois humaines et égales pour tous. Les États manqués sont au contraire cruels et despotiques avec leur population et "se croient au-dessus des lois, nationales ou internationales". Cette exigence idéale et donc anhistorique peut présenter l’inconvénient de demander à tout État d’être au niveau des meilleures démocraties, qui ont construit leur système de façon progressive dans l’Histoire. Elle peut donc être d’usage dangereux quand elle justifie des «guerres justes» menées au nom du Bien par quelque Axe du Bien… même quand il s’agit d’un idéalisme sincère. Elle peut aussi être instrumentée à des fins impériales : auquel cas, la manipulation est elle-même le signe que «quelque chose est pourri dans le royaume» de la démocratie ! Évidemment, les États-Unis aiment à se présenter comme une réalité quasi-adéquate à l’idéal, qu’ils exigent des autres. Comme disait avec un aplomb sidérant la secrétaire d'état M. Allbright, qui justifia par exemple le blocus d’Irak et la mort de 500.000 enfants par sous-alimentation et manque de médicaments: «The United States is good» ! Retournant la rhétorique cynique et sainte-nitouche des États-Unis contre le monstre froid aux discours trop moraux pour être honnêtes, Chomsky passe l’Etat nord-américain au crible de la notion dont il se sert pour justifier ses expéditions militaires de leader du monde libre et de gendarme de l’humanité. Et le test s’avère moins flatteur que les prétentions du sujet.

Argument favori des élites politiques et économiques américaines: l’Amérique première république démocratique moderne et exemple de stabilité, d’ordre constitutionnel libéral! Passons sur l’écart entre cette légende et la réalité historique (lire de Howard Zinn, Une histoire du peuple des États-Unis, par exemple). Mais encore aujourd’hui, derrière leur apparence de démocratie-modèle, les États-Unis souffrent d'un grave "déficit démocratique" qui prive leurs institutions de contenu réel et fait de cet État une oligarchie dominée par un partage du pouvoir entre des élites richissimes (avocats et businessmen des conseils d’administration, qui sont souvent les mêmes, en même temps ou successivement), des grandes compagnies trans-nationales et autres lobbies (médecins, armement, aéronautique et aérospatiale, électronique, etc.) auprès du Congrès, dont politiciens et hauts-fonctionnaires sont les outils complaisants (Galbraith disait la technostructure) au nom de «l’intérêt national» (pas de contradiction : «ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique» car «Business of America is business»). A la neutralisation de la démocratie électorale par les machines de partis et leurs arrangements «bi-partisans» de couloirs, à l’invasion d’un droit source permanente de procès dans la société et au règne des avocats (qui tirent les marrons du feu et fournissent le vivier des politiciens), s’ajoute la perversion de l’idée rooseveltienne du New Deal et de la coopération organique entre Big Business et Big Labor (un syndicalisme brisé et corrompu). Le système électoral américain, dont les dysfonctionnements, mis au compte de vieilles machines à voter défectueuses, est conçu pour éliminer les alternatives politiques authentiques, donc empêcher l'émergence de toute démocratie digne de ce nom.

Les États-Unis n’ont donc guère de leçons à donner bien souvent aux États manqués : ils pourraient être nommés les États manqués d’Amérique : Failed States of America… - et à ce titre, en tant que super-puissance unique aussi, ils constituent un danger pour leur propre peuple et pour le monde. Chomsky passe en revue les grandes dossiers actuels de la politique intérieure et extérieure du géant états-unien : il expose en termes clairs la puissance du lobby militaro-industriel, les plans impérialistes de Washington (à l’école du «diviser pour régner» britannique) et les conceptions militaristes dominantes (notamment «néo-conservatrices» actuelles), qui augmentent considérablement les risques de guerre dans le monde : mais en l’absence ou presque de système social, les pauvres, ceux qui ont besoin de bourses d’études, etc., fournissent une chair à canon facile pour les expéditions aventureuses d’Oncle Sam. Les dérapages nucléaires de ces opérations ne sont pas à exclure. Chomsky évalue les lamentables conséquences de l’agression illégale et cynique (le pétrole ! mais au nom des droits de l’homme) et de l'occupation de l'Irak, entreprise qui a ruiné le crédit des États-Unis dans le monde (ce qu’une partie de l’opinion américaine, très ignorante de l’étranger et intoxiquée de médias de propagande, sous-estime ou ignore). L'administration Bush "s'auto-exempte" de piliers du droit international contemporain comme la Charte des Nations unies ou les Conventions de Genève, ainsi que du protocole de Kyoto.

Offensif, lucide, parfaitement documenté, Les États manqués procède à une analyse exhaustive d'une superpuissance mondiale qui revendique depuis longtemps le droit de remodeler les autres pays à sa guise. Réfutation systématique de la prétention des États-Unis à être l'arbitre de la démocratie dans le monde, cet ouvrage est révélateur du talent et du courage politologique de Chomsky.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 09/12/2008 )
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