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Shame pride
Pascal Picq   Nouvelle histoire de l'Homme
Perrin - Tempus 2007 /  9 € - 58.95 ffr. / 325 pages
ISBN : 978-2-262-02663-9
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France, Pascal Picq est l'auteur de nombreux livres comme Lucy et l'obscurantisme, Aux origines de l'humanité, Le Singe est-il le frère de l'homme ? En six chapitres au style clair et concis, Nouvelle histoire de l'Homme dresse un panorama de la place de l'homme dans l'univers et revient sur le long cheminement qui a mené à la reconnaissance de la pluralité des peuples de la terre.

Si le livre est passionnant dans ses développements strictement scientifiques, l'auteur semble avoir par contre une dent contre l'Homme lui-même, ou plutôt contre «l'anthropocentrisme mâle occidental», nouveau bouc émissaire en vogue. C'est bien pour lui régler son compte que l'auteur a placé cet Homme au centre de son livre, ce que rappelle l'intitulé de chaque chapitre : «L'homme et l'univers», «L'homme et l'animal», «L'homme et les grands singes», «L'homme et les autres hommes», «L'homme et la femme», «L'homme et l'enfant». Au début de chaque chapitre, Pascal Picq commence par un massacre ou une exclusion comme pour mieux montrer qu'avant c'était pire et que maintenant, temps de l'homme repentant et honteux, c'est beaucoup mieux ! A cet égard, l'auteur commence «L'homme et l'univers» et «L'homme et l'animal» par un procès en inquisition et un bûcher, respectivement celui de Giordano Bruno, partageant les thèses de Galilée et celui de Giulio Cesare Lucilio Vanini (1585-1619) parce qu'il a rapproché l’homme du singe et fut accusé de matérialisme, d’athéisme et de libertinage. Nouvelle histoire de l'homme, de la sorte, est un livre moraliste en plus d'une enquête scientifique stricto sensu sur l'évolution humaine.

Face à l'impressionnante culture de Pascal Picq, on reste étonné qu'il sous-estime deux ou trois choses qui rendent ses dénonciations fort convenues et surfaites. A travers cette histoire des mentalités, de la philosophie et de la génétique, il enfonce quelques portes ouvertes. Qui, aujourd'hui, pourrait par exemple défendre les chasses aux sorcières ?

Le problème est, que, fort de cela, Pascal Picq se permet d'établir, par rebond, la prétendue légitimité d’un relativisme anti-hiérarchique entre les espèces, relativisme qui bien évidemment ne peut être ensuite soupçonné du moindre mal. Son livre se veut dénonciateur et fait preuve de repentance, voir le succès actuel et si médiatique de la Shame-Pride. Le problème aussi est que si Pascal Picq voit et dénonce les maux des siècles précédents, il ne voit pas ceux de son époque... Il ne se rend pas compte que, dans sa critique des anciens dogmatismes et archaïsmes supposés, il en avance un autre tout aussi patent puisqu'il considère finalement sa position comme la meilleure Avant, il n'y avait que des "croyances" alors que ses observations iraient dans le sens de la science et de la vérité. D'où le titre de l'ouvrage, Nouvelle histoire de l'homme, une histoire censée remplacer l'ancienne et tous ces dogmatismes. Sauf que la nouveauté n'est pas toujours gage de pertinence, fût-ce sous d'habiles habits humanistes, donc prétendument irréprochables...

Si l'on est d'accord avec Pascal Picq sur la critique des dogmatismes passés, elle n'oblige en rien à épouser ce relativisme en dénonçant systématiquement l'Homme sans faire la part des choses de l'autre côté. Prenons par exemple le chapitre «L'Homme et l'animal». Pascal Picq accuse la volonté de puissance de l’Homme et rappelle à cet égard comment celui-ci s'est comporté d'une étrange manière, témoins ces hallucinants procès intentés aux animaux ! Certes, mais Pascal Picq oublie que s'il peut se permettre, lui, une telle critique, c'est bien parce que l'homme est homme et non un animal. Qu’il a une raison. L'Homme est homme, c'est-à-dire capable certes d'une terrible volonté de puissance mais aussi de prendre soin du monde, des autres, des animaux, ce qu'aucun autre animal ne peut faire. N'est-ce pas là une spécificité authentiquement humaine ? Voilà le dilemme de l'homme en définitive, être capable du pire comme du meilleur. Errare humanum...

Or, croire que l'on puisse éradiquer toute erreur malgré l'Homme, est une des plus grandes illusions actuelles. Pascal Picq oublie que les deux sont inséparables. Il veut un homme sans dialectique, sans ombre et sans mal, et accuse le vilain anthropocentrisme mâle occidental dans un moralisme pénible à la longue. Une autoflagellation classique de nos jours, à laquelle s'adjoint l'idée absurde de la culpabilité rétrospective. Quant au fait qu'il y ait de la violence et du carnage au sein de la nature et du monde animal, silence de la part de Pascal Picq.

Certes, l'auteur a raison de remarquer que si l'homme "animalise" ses monstres, c'est bien parce qu'il ne veut pas les voir en lui. "Tous les massacres perpétrés contre d'autres hommes commencent par le principe d'exclusion de l'animalité : on dénie à l'autre son humanité pour mieux l'éliminer, des guerres tribales aux camps d'extermination. Déshumaniser pour mieux exterminer. L'industrie de la mort mise en place par les nazis se fonde sur ses deux caractéristiques fondamentales de la pensée occidentale : l'animalité et la technique." (p.83) A ce stade, l'homme perd sa spécificité qui est justement de sortir de l'animalité, de la nature, c'est-à-dire d'un cycle machinal, fatiguant et répétitif.

Par quel miracle tout est-il ensuite brusquement égal, qu'il n'y ait, comme par magie, plus de hiérarchie au niveau des espèces, plus aucune vilaine supériorité dans cette nouvelle histoire de l'homme ? Mystère... Pascal Picq préfère noyer l'Homme dans l'indifférenciation égalitaire que de défendre une spécificité authentiquement humaine. Et là est l'erreur au fond, nous semble-t-il.

Car, précisément, si l'erreur de l'homme fût de mépriser son animalité, ce n'est certainement pas une solution que d'y retourner. On ne fait que réanimaliser l'homme. Et si l'homme a refusé son animalité, c'est précisément encore son fond animal qui agit en lui, car il est bien plus difficile d'être un homme (recul, distance, politesse, culpabilité, respect, culture, etc.) que de résister à son animalité (l'instinct, le territoire, la pulsion, les massacres, la violence, etc.), ce qui ne veut pas dire que l'animalité n'ait pas de sensibilité ou d'intérêt. N'en déplaise à Pascal Picq, on peut aimer la nature et les animaux sans oublier qu'ils sont englués au sein d'une mécanique terriblement répétitive. Voilà sans doute l’originalité de l’Homme autant que sa folle solitude, sa profonde mélancolie.

La critique de Pascal Picq épouse donc l'idéologie de l'anti-domination (Bourdieu est d'ailleurs cité) et du victimisme et se perd dans le politiquement correct de la dénonciation.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 07/08/2007 )
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