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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

De la femme-oiseau à la femme-poisson
Luigi Spina   Le Mythe des Sirènes
Belin 2010 /  15 € - 98.25 ffr. / 276 pages
ISBN : 978-2-7011-4994-3
FORMAT : 15cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia et ancien professeur d’histoire-géographie, il est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire Cujas à Paris. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.
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Les Sirènes ont toujours fasciné, et pas seulement Ulysse qui parle à la première personne dans la nouvelle de Maurizio Bettini qui ouvre cette étude de Luigi Spina sur le mythe des femmes-oiseaux devenues pour nos contemporains des femmes-poissons.

La première partie de l’ouvrage, la plus longue, s’efforce de dresser une sorte de biographie de ces êtres fabuleux dans la tradition antique. Leur naissance est d’abord évoquée, avec bien sûr leur généalogie. Homère n’est pas ici la source privilégiée, car il ne s’occupe pas de cette question. La plupart des sources anciennes font d’Achéloos, l’aîné des dieux fleuves, leur père. Le nom de leur mère est beaucoup plus variable, mais il s’agit très souvent de l’une des Muses (Terpsichore, Melpomène ou Calliope), mettant ainsi l’accent sur l’importance du chant qui apparaît comme leur activité la plus traditionnelle. Selon certaines versions, leur mère pourrait être aussi Gaïa, la Terre – qui les aurait conçues après avoir recueilli le sang du dieu-fleuve blessé par Héraclès – voire une héroïne étolienne, Stéropè, fille de Porthaon. Plutarque se fait quant à lui l’écho d’une autre tradition qui leur donne pour père le dieu marin Phorcos.

Après l’exposé généalogique, Luigi Spina s’intéresse à ce que faisaient les Sirènes. Certaines légendes rapportent que leur aspect de femmes-oiseaux résulte en fait de la métamorphose des jeunes filles compagnes de Perséphone lors de son rapt par Hadès. D’autres histoires évoquent une compétition de chant les ayant opposées aux Muses. Ces dernières, les ayant vaincu, les plumèrent ou leur arrachèrent les ailes. Une autre joute musicale les avait confrontées à Orphée, lors du voyage de retour des Argonautes. Vient ensuite l’épisode bien connu de l’Odyssée qui les met aux prises avec Ulysse. Cette association est certainement la plus connue de leur mythe.

Le troisième chapitre aborde la question de la mort de ces figures, qui se sont suicidées de dépit après le passage d’Orphée ou celui d’Ulysse. Il existait en fait une prédiction selon laquelle les Sirènes devaient mourir si un navire parvenait à leur échapper. L’une d’elles, Parthénopé, aurait donné son nom grec à Naples où son corps rejeté par les vagues aurait été enterré. Selon un autre récit, elles auraient été figées sous forme de rochers ou de récifs. Le quatrième chapitre, quant à lui, traite des noms et des lieux des Sirènes. Leurs noms propres renvoient souvent au thème du chant et du charme magique (Aglaophêmê ou Aglaophônos, Thelxiepeia, Thelxiopê ou Thelxinoê, Peisinoê, Molpê, Ligeia, Himeropa), à leur condition de jeunes filles vierges (Parthénopé) ou à la blancheur des rochers en lesquels elles se sont transformées (Leukosia). Leur lieu favori est une prairie (leimôn) jonchée des ossements des naufragés près de la mer, voire une île (la florale Anthémoussa selon Hésiode) le plus souvent située en mer Tyrrhénienne, dans les parages de la Campanie, voire de la Sicile, quand ce n’est pas, de manière un peu plus surprenante, de la Crète ou de Delphes. Mais dans la République de Platon, elles font partie de l’architecture des huit sphères célestes qui se meuvent au son de leur harmonie. Elles peuvent aussi parfois être localisées dans les Enfers, et leur représentation sur les tombes n’était pas exceptionnelle.

La seconde partie est consacrée à l’écho des Sirènes après l’Antiquité. Luigi Spina souligne le paradoxe qui veut que la plus évidente des métamorphoses subies par les Sirènes, à savoir leur transformation de femmes-oiseaux en femmes-poissons, n’a en fait jamais été racontée et n’est présente que dans les représentations figurées et les interprétations. La première attestation littéraire de la Sirène comme femme-poisson se trouve dans le Liber monstrorum de diversis generibus, rédigé entre la fin du VIIe et le début du VIIIe siècle ap. J.-C. Cette métamorphose, non racontée dans le mythe, présuppose en réalité un changement du contexte culturel de la réception, ou l’influence d’autres contextes culturels. Mais la nouvelle image de la femme-poisson ne triomphe pas d’emblée, l’ancienne image de la femme-oiseau demeurant présente jusqu’au milieu du XIIe siècle. Une interprétation rationaliste se fait également jour, assimilant les Sirènes à des prostituées ruinant les marins. L’image de la Sirène se télescope avec celles d’autres femmes de la mer ou des eaux, comme les Ondines, les Nixes ou la Lorelei, jusqu’au célèbre conte d’Andersen qu’immortalise une célèbre statue du port de Copenhague, sans parler du dispositif d’alarme sonore inventé en 1819 ou 1820 par Charles Cagniard de la Tour. Le thème de la Sirène a connu également une certaine fortune chez les Pères de l’Eglise, qui l’utilisèrent comme une allégorie des dangers du paganisme, de l’hérésie ou de la sexualité. Mais Luigi Spina n’évoque pas du tout la fortune de la Sirène dans d’autres cultures, notamment en Afrique où la figure de Mami Wata constitue une figure composite très intéressante, représentant parfois une allégorie des dangers de l’occidentalisation et de la culture matérialiste contemporaine.

Une annexe sur «Les Sirènes à travers le temps» offre une bibliographie commentée sur le sujet, tandis qu’une annexe iconographique détaille les différents types d’images, depuis les vases grecs à figures noires jusqu’au logo de la chaîne américaine des cafés Starbucks, en passant par les chapiteaux de Saint-Denis et les peintures symbolistes. Ce livre offre donc une vision d’ensemble commode sur le sujet, tant du point de vue des textes que des images.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 01/02/2011 )
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