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Monstres & Co
 Sénèque   Tragédies - Edition bilingue
Les Belles Lettres - Classiques en poche 2011 /  17.50 € - 114.63 ffr. / 640 pages
ISBN : 978-2-251-80019-6
FORMAT : 10,9cm x 17,8cm

Olivier Sers (Traducteur)

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia et ancien professeur d’histoire-géographie, il est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire Cujas à Paris. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.

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Après le Satiricon de Pétrone (2001), les Satires de Juvénal (2002), les Métamorphoses d’Apulée (2007) et celles d’Ovide (2009), Olivier Sers nous offre une traduction nouvelle des tragédies de Sénèque dans la collection des ''Classiques en poche'' des Belles Lettres. Le traducteur s’est basé sur le texte latin établi par François-Régis Chaumartin pour la Collection des Universités de France, qu’il a à peine retouché. Il nous présente successivement Œdipe, Les Phéniciennes I et II, Médée, Hercule furieux, Phèdre, Thyeste, Les Troyennes et Agamemnon. Il laisse de côté Hercule sur l’Œta, jugé apocryphe comme Octavie, pièce non mythologique qui fait de Sénèque lui-même un des personnages de l’intrigue et rapporte sa mort ainsi que des évènements qui lui sont postérieurs. Cette dernière pièce a par ailleurs déjà fait l’objet d’une parution dans la collection des ''Classiques en poche'' dès 1998.

Nous ne savons pas dans quel ordre et à quelles dates Sénèque a composé ses pièces. Certaines ont pu l’être pendant ses années de formation, d’autres pendant son exil par Claude (41-49 ap. J.-C.), d’autres encore pendant sa disgrâce par Néron (62-65 ap. J.-C.). Faute de tradition sûre, Olivier Sers a choisi de suivre une chronologie relative en plaçant par exemple Œdipe, qui narre la découverte de son parricide et de son inceste, son aveuglement et son départ de Thèbes, avant les Phéniciennes, pièce qui raconte son errance, guidé par Antigone, et son refus de retourner à Thèbes réconcilier ses fils Etéocle et Polynice. Les pièces se regroupent en trois trilogies : celle de Thèbes avec Œdipe et les Phéniciennes I et II ; puis celle du furor frappant successivement Médée, Hercule et Phèdre ; enfin la trilogie Atride du sacrifice humain et de la vengeance, avec Thyeste, les Troyennes et Agamemnon. Ces différents personnages sont hantés par la malédiction divine, expiant souvent par leurs crimes une faute de leurs aïeux. C’est bien sûr le cas des deux familles maudites des Atrides et des Labdacides, où règnent en maîtres la trahison, le meurtre et l’inceste, mais aussi de Phèdre et de Médée, toutes deux petites-filles du Soleil, et à cet égard cibles héréditaires de la vengeance de Vénus ; en effet, le Soleil avait surpris et dénoncé les ébats de la déesse avec Mars. Junon ordonne quant à elle aux Furies de faire délirer, outre elle-même, son souffre-douleur Hercule. Parmi les personnages de Sénèque, les criminels malgré eux cherchent soit à fuir leur malédiction, soit la subissent sans lutter. Seuls Médée et Atrée apparaissent comme d’authentiques monstres.

Les thèmes des tragédies sont repris du répertoire grec, qui était familier au public latin. Mais nombre de pratiques grecques y sont italianisées. Par exemple, avant d’envoyer Créon interroger l’ombre de Laïus, Œdipe a fait appel à une haruspicine tout étrusque ; de son côté, l’Hécube des Troyennes mène le deuil des pleureuses selon un rituel romain. On observe également une certaine surenchère dans les comportements et les paroles. Là où l’Œdipe de Sophocle se crève les yeux avec les agrafes de Jocaste, celui de Sénèque se les arrache avec les ongles et fouille à fond leurs orbites. Sa Médée, comme celle d’Euripide, a hésité à tuer ses enfants. Mais une fois décidée, elle regrette de n’en avoir pas eu quatorze comme Niobé ; elle attend l’arrivée de Jason pour tuer le second sous ses yeux, puis elle lui déclare à quel point elle eût été heureuse d’être enceinte d’un troisième pour pouvoir le tuer dans son ventre. Par rapport aux modèles grecs, l’intrigue est souvent simplifiée par la suppression de personnages secondaires, mais elle est aussi enrichie par l’ajout de scènes spectaculaires, comme la séance de nécromancie dans Médée.

Loin d’être de simples exercices rhétoriques, ou du «spectacle dans un fauteuil», les tragédies de Sénèque constituaient des œuvres destinées à la scène. Les chœurs fournissent souvent de véritables morceaux lyriques, dont certains étaient dansés. Les tragédies de Sénèque tenaient ainsi à la fois de l’opéra et de l’opéra-comique modernes. La plus ancienne appréciation littéraire sur Sénèque en notre possession émane de Quintilien, en 96 ap. J.-C., et n’est guère flatteuse. Jusqu’au seuil du XXe siècle, l’appréciation des savants ne s’est guère améliorée, même si les hommes de la Renaissance en étaient largement nourris, sans parler de Shakespeare et plus tard de Corneille et Racine. Au début des années 1930, Sénèque commence à être joué en France ; Antonin Artaud et Robert Brasillach s’en enthousiasment. En 1991-92, Florence Dupont en donne une traduction qui sert de base à de nombreuses représentations, dont celles de Phèdre et Médée au théâtre des Amandiers en 2008. Quatre ans plus tard, elle livre son étude sur Les Monstres de Sénèque (Belin, Antiquité au présent). La traduction d’Olivier Sers est très différente. Vers à vers, elle est adaptée pour un ouvrage bilingue, mais la traduction de Florence Dupont reste la plus adaptée à la performance scénique contemporaine.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 18/10/2011 )
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