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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Une Algérie antique et méconnue
Geneviève Sennequier   Cécile Colonna   L'Algérie au temps des royaumes numides - Vème siècle avant J-C - Ier siècle après J-C
Somogy 2003 /  37 € - 242.35 ffr. / 168 pages
ISBN : 2-85056-652-7
FORMAT : 26x29 cm

L’auteur du compte rendu : Yann Le Bohec enseigne l’histoire romaine à la Sorbonne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages adressés tant aux érudits qu’au grand public. En dernier lieu, il a publié L’armée romaine sous le Haut-Empire (Picard, 3e édit., 2002), César, chef de guerre (Éditions du Rocher, 2001), et Urbs. Rome de César à Commode (Le Temps, 2001).
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Beaucoup d’historiens ont écrit sur le Maghreb dans l’Antiquité. Le monde punique (VIIIe-IIe siècles avant J.-C.) a intéressé tant de chercheurs qu’il a fallu organiser des congrès périodiques sur ce thème. Il en va de même pour la période romaine, et là l’intérêt est tel que les colloques qui lui sont consacrés doivent se tenir tous les deux ans, alternativement en Sardaigne et en Tunisie ; ils rassemblent tout ce que le monde compte de savants et de moins savants intéressés par ces questions. Assez curieusement, et pour des raisons mystérieuses, la Numidie (Est de l’Algérie) et la Maurétanie (Ouest de l’Algérie et Maroc) ont été au contraire largement négligées. Pourtant, la figure de Jugurtha peut susciter des passions. L’historien Salluste lui avait consacré un livre célèbre, La guerre de Jugurtha, et les Berbères actuels se retrouvent souvent dans la guerre que ce roi a menée contre Rome. Les personnages de Juba I, Juba II et de Ptolémée, ne sont pas non plus sans intérêt. Juba I a guerroyé contre César ; vaincu, il s’est suicidé. Juba II peut servir de modèle pour illustrer ces roitelets qui sont passés sous la tutelle de Rome et qui ont permis le développement d’une culture brillante. Quant à Ptolémée, on sait que ce jeune souverain a péri dans l’amphithéâtre de Lyon sur ordre de Caligula, et l’on se demande pourquoi il n’a pas donné matière à un roman ou à une tragédie.

Dans ces conditions, on comprendra que l’exposition consacrée aux royaumes numides et, en fait, également aux royaumes maures, mérite de retenir l’attention des historiens et des simples curieux. L’ “année de l’Algérie en France” aura présenté au moins l’avantage de proposer au grand public des concentrations d’objets tout à fait exceptionnelles et, dans ce contexte, la ville de Rouen a su choisir un domaine original. Le catalogue présente 191 objets, tous commentés, et une série de notices rédigées par des auteurs qui connaissent leur sujet. Ces dernières sont regroupées en trois rubriques.

La première partie du livre invite le lecteur à la découverte du milieu historique et géographique. Cette région est connue par les auteurs grecs et latins (les premiers ne sont pas plus objectifs que les seconds ; ils sont même parfois plus partiaux en faveur des Romains). Par bonheur, des inscriptions et des documents archéologiques, en particulier des stèles figurées, fournissent une approche plus directe des realia de l’époque. En ce qui concerne la langue dite “libyque”, ancêtre des parlers berbères actuels, elle est très mal connue. Il est sûr qu’elle avait subi l’influence du punique mais, entre le berbère de l’époque romaine et le berbère actuel, il y a plus de distance chronologique qu’entre la Chanson de Roland et notre dernier prix Goncourt.

La deuxième partie est consacrée plus précisément aux royaumes numides. Massinissa bénéficie à juste titre d’un traitement privilégié, tout comme Cirta, l’actuelle Constantine, une de ses capitales. Ce grand roi avait failli unifier le Maghreb sous son autorité, mais les Romains l’en ont empêché, et il a eu la sagesse de comprendre, —ou la faiblesse de croire—, qu’il ne tiendrait pas longtemps contre l’armée romaine. Les monnaies et les inscriptions ne sont pas négligées. Mais ce que l’on attendait ce sont les mausolées, mausolée de la Soumâa et tombeau de la Chrétienne, par exemple, et le lecteur ne sera pas déçu. Les djedars reçoivent également une petite notice ; ce sont des sépultures berbères en forme de pyramides qui ont été construites à l’époque chrétienne. Le royaume de Maurétanie, pourtant le mieux connu par les sources, n’est traité que dans ses relations avec Rome. Un chapitre montre comment il s’est progressivement intégré au domaine des conquérants dès le IIe siècle avant notre ère. L’impérialisme de Rome en fut la cause, tout comme l’appât du gain lié au commerce. Il convenait donc de présenter le monnayage de ces États, ce qui est fait ici et bien fait.

Cette excellente exposition et ce bon catalogue répondaient donc à une attente. Il permettent à l’historien antique de renouveler un vœu : puissent se multiplier les études sur les royaumes africains dans l’Antiquité ! Puissent les Mânes de Massinissa entendre cette prière !


Yann Le Bohec
( Mis en ligne le 12/11/2003 )
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