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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Karnak en instantanés
Gérard Réveillac   Michel Azim   Karnak - dans l'objectif de Georges Legrain
CNRS éditions - Monographies du CRA 2004 /  140 € - 917 ffr. / 750 pages
ISBN : 2-271-06223-3
FORMAT : 25x33 cm

Coffret de deux volumes.

Préface de Jean Leclant.

L'auteur du compte rendu : professeur d'histoire dans le secondaire, Gaël Saint Georges est en troisième cycle d'archéologie à Paris IV-Sorbonne. Il travaille actuellement sur l'archéologue W. Déonna et Delos.

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J’ai pour Karnak, une affection toute bête, celle qu’on a pour les enfants (…). On les voit autrement qu’ils ne sont réellement – beaux et bien portants». C’est ainsi que l’archéologue Georges Legrain décrit le site auquel il consacra vingt années de sa vie au début du XXe siècle. Son nom reste à jamais attaché à l’histoire des temples de Karnak : après de longs siècles de destructions dues au temps et à la main des hommes, c’est à lui que revient le mérite de relever de ses ruines le plus grand ensemble monumental d’Egypte.

Pourtant, malgré ses hauts faits, l’homme est resté dans l’ombre des Champollion, Mariette ou Maspero. Cet ouvrage, qui lui est entièrement consacré, comme à son travail titanesque, tente de combler cet oubli que l’histoire creuse si profondément ; oubli sans doute dû à la perte des archives et au peu de publications de cet homme de terrain. Les deux auteurs ont réussi à réunir l’immense collection de clichés s’étalant sur une vingtaine d’années, exclusivement consacrée à l’œuvre de sa vie. C’est à travers ces photos que M. Azim et G. Réveillac rappellent à notre mémoire ce travailleur acharné des sables égyptiens.

Une figure pittoresque que ce Georges Legrain, enfant de Paris né en 1865, qui semble avoir été mordu très jeune par le virus égyptien. Il est le type même de l’autodidacte : élève à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, il suit en parallèle à l’Ecole du Louvre, à la Sorbonne et au Collège de France, les conférences des autorités en égyptologie tel Gaston Maspero. Dès 1889, il soutient sa thèse de l’Ecole du Louvre sur un papyrus démotique. Suivent des travaux sur des catalogues de collections égyptiennes jusqu’en 1892, où il devient membre de l’institut français d’archéologie orientale du Caire. Durant trois années, il continue à se former et se familiarise avec le pays et le Nil sur divers chantiers. C’est sans aucun doute cette expérience acquise qui incite Jacques de Morgan, directeur du service des antiquités, à lui confier, en novembre 1895, la direction des travaux de Karnak, nouvellement créée. La responsabilité de cet immense site monumental, qu’il faut faire renaître, dégager, fouiller, restaurer, occupera Legrain durant 22 ans. Il y prend la responsabilité d’opérations gigantesques et sans précédent telles que la reconstruction de la plus grande salle hypostyle du monde ou bien la fouille de la «cachette» de Karnak, qui livre plus de 750 statues de pierre et 17000 de bronze. Unique européen sur place, il dirige seul les chantiers, faisant preuve tout au long de ces années d’une extraordinaire puissance de travail.

Ses archives ont été perdues, mais, par chance, il était un excellent photographe, et c’est à travers plus de 1200 clichés retrouvés dans différents fonds que cet ouvrage apporte le témoignage de son action infatigable, et illustre l’immensité de la tâche accomplie. Georges Legrain s’éteint en 1917 à Louqsor, près du site auquel il consacra toute sa vie.

L’ouvrage retraçant cette aventure archéologique se présente sous la forme de deux grands volumes, l’un consacré aux textes (415 pages), l’autre, entièrement aux photographies (340 pages). Les deux auteurs, M. Azim, architecte-archéologue spécialisé dans l’histoire de l’archéologie et des travaux de Karnak, et G. Réveillac, photographe spécialisé en archéologie, ingénieur d’étude au CNRS, tous deux anciens membres du Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK), amènent à cette publication leurs connaissances respectives du site, de la photographie et sa technique, et de l’histoire des fouilles à Karnak.

Le premier volume se compose de quatre grandes parties permettant de rendre compte, sous une forme agréablement composée, de l’exactitude du travail de Legrain, en l’insérant dans un contexte historique très parlant. Ces grands chapitres trouvent des formes très diverses, allant d’explications précises et techniques à une présentation du Karnak du début du siècle. La première partie s’attache, sur une trentaine de pages, à présenter les origines diverses des clichés réunis dans cet ouvrage et rend compte finalement du travail minutieux des deux auteurs pour retrouver toutes les traces possibles des photographies de G. Legrain. Le deuxième paragraphe se penche sur l'homme-même, son parcours en Egypte et son installation à Karnak. On peut suivre ainsi, à travers de nombreux extraits de sa correspondance, notamment avec G. Maspero, la vie des chantiers, l’étendue des compétences qui sont demandées à notre archéologue et les découvertes colossales comme celle de la «cachette» de Karnak.

Cette partie fait revivre brillamment le chantier et laisse percevoir à travers les multiples anecdotes qui émaillent le récit, les échos presque perceptibles des chants des fellahs dégageant les pierres de leur cercueil de sable. Legrain y apparaît alors comme un grand maître de chantier, adaptant, improvisant diverses techniques d’ingénieur sans en avoir la formation, redonnant splendeur au site millénaire. La troisième partie s’attache plus précisément à la photographie et à l’archéologie, en montrant que ces deux thèmes se sont depuis déjà très longtemps rencontrés. Après un bref mais précis historique de l’utilisation de la photographie au cours du XIXe siècle dans l’archéologie, surtout celle de l’Orient, et plus particulièrement de l’Egypte, les auteurs dressent le portrait du photographe Georges Legrain. L’on y découvre ses modes opératoires et l’homogénéité thématique de cette collection qui lui confère une importance historique en témoignant de l’activité d’un des plus grands chantiers archéologiques du monde. Enfin, dans un quatrième paragraphe, sur plus de 300 pages, défile le catalogue raisonné de ces clichés. Suivant une partition topographique du site, chaque photo est présentée, parfois commentée, chaque partie faisant l’objet d’une description de la région du site présenté et d’un bref historique du travail mené par les équipes de Legrain.

Le deuxième volume est, quant à lui, consacré à ces centaines de photographies, classées suivant la même répartition que leur commentaire dans le premier volume. Sur chaque page se découvrent de deux à six clichés en noir et blanc, précis, d’une bonne qualité qui permet une vision dans les détails, judicieusement mis en valeur, laissant admirer ce site magique et le travail époustouflant de G. Legrain.

L’intérêt d’un ouvrage de ce type est double. D’abord, l’apport scientifique est remarquable. En effet, la somme de données est considérable et la qualité des photographies et de leurs commentaires en font une référence de tout premier plan. Mais la description du chantier à travers les textes, les correspondances de Legrain lui-même et ses clichés font aussi renaître une époque, une discipline, des méthodes de mise en valeur d’un site qui en présente toujours l’héritage. Le chantier de Karnak se meut alors sous nos yeux, à cent ans d’intervalle, et donne à ces deux volumes une originalité appréciable. Cet ouvrage et donc à la fois un livre de science mais aussi un récit fascinant d’une période où l’archéologie faisait ses premiers pas.

Le public est alors double lui aussi. Les scientifiques pourront étudier les multiples clichés savamment répertoriés et utiliser ces deux volumes comme une banque de données considérable sur le site lui-même et son aménagement ; d’autres, plus soucieux de parcourir les pages pour le plaisir, ou pour l’amour – si français - de l’Egypte, découvriront une époque renaissante entre les textes savoureux et les images si parlantes d’un Karnak immortel. Ce site, mondialement connu, apparaît alors sous un autre angle, le regard de Georges Legrain.


Gaël Saint Georges
( Mis en ligne le 14/12/2004 )
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