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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Nos ancêtres les Athéniens
Jacqueline de Romilly   L'Elan démocratique dans l'Athènes ancienne
Bernard de Fallois 2005 /  16 € - 104.8 ffr. / 153 pages
ISBN : 2-87706-556-1
FORMAT : 16x23 cm

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne (mémoire sur Les représentations du féminin dans les poèmes d’Hésiode) et d’un DEA de Sciences des Religions à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (mémoire sur Les Nymphes dans la Périégèse de la Grèce de Pausanias). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia, il est actuellement professeur d’histoire-géographie.
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Jacqueline de Romilly ne se lasse pas de la Grèce, et d’Athènes en particulier. Après le déjà ancien Problèmes de la démocratie grecque (Hermann 1975, réédité en poche chez Pocket Agora en 1986) et d’autres livres qu’il serait trop long de tous citer, elle s’intéresse de nouveau au régime démocratique athénien, mis en place après la chute des tyrans pisistratides entre 510 et 500 av. J.-C. Elle reprend l’intuition d’Hérodote qui avait senti que le nouveau régime pouvait avoir une action psychologique sur les individus qui en bénéficiaient.

A Athènes, tout citoyen âgé de plus de 18 ans pouvait, en principe, intervenir à l’assemblée du peuple. Pas seulement voter, mais donner son avis et participer directement à la gestion de la Cité. Ce changement institutionnel aurait ainsi favorisé la libre parole, et donc un progrès des œuvres de l’esprit, notamment dans le domaine littéraire auquel l’auteur s’attache ici plus particulièrement.

La première partie de l’ouvrage décrit le fonctionnement de l’Assemblée, cette Ecclesia où tout citoyen peut prendre la parole. Démocratie imparfaite cependant, puisque ni les esclaves, ni les étrangers domiciliés (les métèques), ni les femmes n’avaient le droit d’intervenir ou de voter. En fait, la totalité des citoyens ne pouvait pas intervenir ou même se réunir. Ce rôle était laissé aux personnes formées à la rhétorique et habituées à la parole ou aux discussions politiques. De plus, par souci d’efficacité, l’assemblée ne délibérait que sur des textes tout prêts préparés par le Conseil de la Boulè. Cependant, ses membres, les bouleutes, étaient au nombre de cinq cent et tirés au sort, pour un an, parmi les citoyens âgés de plus de 30 ans. Les magistrats étaient également tirés au sort ; seuls les stratèges étaient élus par le peuple. Ce qui importait surtout, c’était la liberté politique, mais aussi l’égalité de tous pour prendre la parole (isegoria).

Jacqueline de Romilly souhaiterait que nos contemporains reviennent à ces conceptions fondamentales de la démocratie, même si elle se rend compte que la Grèce ancienne n’est pas pour nous un modèle à retrouver. Elle souligne que la Grèce peut nous apporter un idéal, un élan qui peut aujourd’hui encore nous aider. Elle rappelle aussi les difficultés que pouvait rencontrer un tel régime, qui apparaissaient même aux Athéniens du Ve siècle av. J.-C., comme le risque de manipulation de la foule par d’habiles démagogues bien formés à l’art subtil de la rhétorique. Les citoyens aisés, cultivés et ambitieux veulent donc, tel Alcibiade, apprendre à mieux parler pour mieux convaincre. C’est précisément à ce moment que l’on voit se répandre un enseignement nouveau répondant à ce besoin, celui des sophistes (Gorgias et Protagoras notamment). Mais le succès de Socrate auprès de la jeunesse dorée athénienne participe du même mouvement. Malgré ces mises en garde, Jacqueline de Romilly suggère l’existence d’un lien qui rattacherait l’élan démocratique à la nature même de la vérité, à laquelle les auteurs du Ve siècle athénien (notamment les historiens et les dramaturges) se seraient obstinément attachés. La tolérance et l’ouverture caractériseraient le régime, à condition que l’on respecte les lois.

La deuxième partie du livre s’intéresse de manière plus originale au domaine de la justice. Le droit de tous à la parole s’exerçait aussi devant les tribunaux. Le peuple rendait en fait lui-même la justice, directement. Les juges de l’Héliée, tirés au sort comme les membres de la Boulè, étaient nombreux (six mille pour l’année) et on n’exigeait d’eux aucune compétence juridique particulière. Le jury populaire était donc la norme, de manière encore plus nette qu’aux Etats-Unis d’Amérique aujourd’hui. Pour chaque affaire, ils étaient plusieurs centaines à siéger ensemble. Le débat était très réglementé et le temps de parole était le même pour les deux orateurs rivaux représentant les deux parties au procès. L’histoire et la tragédie sont fortement influencées par ce débat judiciaire. Dans Thucydide, on a l’exemple de l’espèce de procès qui oppose, au livre III de L’Histoire de la guerre du Péloponnèse, les Thébains aux Platéens en face de Sparte qui doit trancher entre eux. Dans Les Troyennes d’Euripide, un débat oppose Hécube et Hélène sur la culpabilité de cette dernière dans le déclenchement de la guerre de Troie. Mais la comédie n’est pas en reste, puisque tout le thème de la pièce Les Guêpes d’Aristophane est fourni par les plaidoyers et les jugements devant les tribunaux.

La troisième partie traite d’encore plus près du lien entre l’élan démocratique et la création tragique. Le régime démocratique et le genre tragique sont à Athènes exactement contemporains. Les auteurs tragiques, pour plier l’héritage mythique, rempli d’héroïsme et de surnaturel, à l’esprit nouveau, ont porté leur choix sur des mythes relativement proches des conditions de vie de l’homme en général, moins chargés de merveilleux et de métamorphoses (du moins si l’on en juge par ce que l’on a conservé…). Même lorsqu’un héros épique comme Héraclès est le protagoniste principal, ce n’est pas sa geste qui est évoquée, mais plutôt un problème humain qui se pose à lui (la culpabilité d’avoir tué ses enfants dans un accès de folie dans Héraclès furieux, la trahison de son épouse Déjanire dans Les Trachiniennes…). De plus, les soucis politiques et les discussions relatives à la Cité sont souvent inspirateurs (ainsi dans Les Suppliantes d’Euripide, où Thésée défend les mérites de la démocratie contre la tyrannie thébaine). Cette tendance est de plus en plus nette dans le temps, et trouve sa consécration avec le benjamin des Tragiques, Euripide (l’aîné Eschyle est encore proche du merveilleux de l’épopée avec l’évocation de Prométhée ou des Euménides).

Jacqueline de Romilly souligne que le renouveau actuel du mythe (dans les représentations modernes de pièces antiques mais aussi dans le cinéma) privilégie au contraire le merveilleux, la violence et l’irrationnel. Malgré cette intéressante remarque qui montre bien que les Grecs ne pensaient pas comme nous, elle tend beaucoup trop, dans la conclusion de l’ouvrage, à souligner l’intemporalité des Grecs et de leur élan démocratique, se rendant ainsi quelque peu coupable d’anachronisme. Elle n’évite pas non plus le discours moral : «si, à Athènes, le peuple se sentait protégé par la loi, la plupart des gens, dans notre France d’aujourd’hui, la ressentent plutôt comme une ennemie. L’individualisme a progressé ; (…) et le résultat est trop souvent le règne de la violence et de l’intolérance. Il ne s’agit plus seulement de guerre ou de révolution : la violence sévit partout, dans les rues et dans les écoles, à la fête ou au volant, de la part des enfants et contre l’enfance» (p.138). Ne serait-elle pas en train d’idéaliser nos chers ancêtres helléniques pour qui la guerre et la violence étaient des réalités encore plus présentes que dans nos sociétés démocratiques occidentales ?


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 20/06/2005 )
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