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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Les Étrusques, le plaisir et la mort
Stephan Steingräber   Les Fresques Etrusques
Citadelles & Mazenod 2006 /  174 € - 1139.7 ffr. / 326 pages
ISBN : 2-85088-221-6
FORMAT : 28,0cm x 36,0cm

Traduction de Aude Virey-Wallon et Jean Torrent.

L'auteur du compte rendu : Yann Le Bohec enseigne l’histoire romaine à l’université Paris IV-Sorbonne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages destinés tant aux érudits qu’au grand public, notamment L’Armée romaine sous le Haut-Empire (Picard, 3e édit., 2002), César, chef de guerre (Éditions du Rocher, 2001) et Histoire de l’Afrique romaine (Picard, 2005) ; une Armée romaine sous le Bas-Empire est annoncée pour l’automne 2006 (Picard).

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Il est toujours agréable de présenter un beau et bon livre. Celui-ci sera un splendide cadeau que l’on fera à un amateur d’art ou à un historien, professionnel ou non, qui trouvera au fil des pages de superbes photographies et qui s’initiera à un peuple passionnant. En effet, les Étrusques ont beaucoup suscité la curiosité ; ils ont donné matière à de nombreux ouvrages, depuis un fameux “Que sais-je ?” (célèbre chez les étudiants) rédigé par Raymond Bloch et publié en 1954. D’autres synthèses sur ce peuple ont suivi ; elles ont été rédigées par Alain Hus (1961), Dominique Briquel (1993) et Jean-Paul Thuillier (2003), et nous ne citons ici que les ouvrages rédigés en français par des auteurs compétents.

Les Étrusques ont laissé la plus belle collection de peintures qui est disponible pour l’Antiquité ; ils les ont fait faire pour décorer leurs tombes, entre le VIIIe et le IIe siècles avant notre ère. La plupart (80 %) proviennent de Tarquinia, surtout de la nécropole de Monterozzi, de Cerveteri, l’antique Caere, et de quelques autres cités comme Véiès, Orvieto ou Chiusi. Ces œuvres posent deux sortes de problèmes. D’une part, on se demande quelle est la part respective des apports grecs et des innovations italiennes. L’auteur de ce livre prend parti sans hésitation quand il parle de «la peinture monumentale grecque, sans laquelle de nombreux aspects de la peinture étrusque seraient sûrement inconcevables» (p.10). Assurément, le lecteur verra des sujets empruntés à la mythologie grecque et des formes qui s’inspirent de l’art hellénique. Mais il lui faudra les compter et il remarquera que ces influences se firent davantage sentir à l’époque hellénistique qu’aux temps précédents. Par ailleurs, il n’est pas assuré que cet héritage grec n’ait pas été digéré par les Étrusques, qui ont sans doute souvent assimilé les modèles qui leur étaient proposés.

D’autre part, on se demande quelle est la signification profonde de ces peintures qui ont été très étudiées. Jadis, les chercheurs abordaient les œuvres en historiens de l’art ; ils privilégiaient l’iconographie et le contenu artistique. Plus récemment, de jeunes chercheurs, notamment allemands, les ont étudiées en historiens (en historiens tout court, pas en historiens de l’art). De ce fait, ils ont essayé de les placer, pour mieux les comprendre, dans leur contexte politique, économique, social et religieux. Comme ces peintures décoraient des tombes, ils ont parfois eu tendance à privilégier l’aspect religieux et funéraire. La situation n’est pourtant pas très simple. En effet, quand on examine ces œuvres, on peut penser que plusieurs d’entre elles ont une fonction purement décorative, attitude avec laquelle il faut sans doute montrer de la prudence. Dans d’autres cas, le contenu religieux est incontestable. Enfin, le plus souvent, l’interprétation risque d’être à double voire à triple sens : une scène de banquet peut rappeler le passé du mort, le temps où il vivait ; elle peut être là «pour faire beau» ; elle peut aussi montrer au spectateur un banquet funéraire.

Pour mieux comprendre cet art étrusque, il faut aussi prendre en compte la chronologie. Certes, certains thèmes perdurent et sont attestés sur toute la période considérée. Mais il y a eu évolution. Stephan Steingräber divise la période surtout en fonction de critères techniques, en montrant des changements dans la façon de peindre, également en fonction des thèmes choisis. Il a distingué trois phases. 1. Durant la période dite «orientalisante», qui correspond au VIIe et au début du VIe siècles, les artistes (sans doute considérés comme des simples artisans) appliquaient les couleurs sans préparer le mur, sans le couvrir d’un enduit. Ils ont laissé moins d’œuvres que par la suite. Ils ont peint parfois des hommes, pris dans des scènes de lutte ou de danse (lutte pour le sport, danse pour le plaisir, ou spectacles donnés dans un but funéraire ?). Les animaux sont très nombreux : oiseaux et poissons, chevaux, panthères et lions ; rien que de très naturel, dira-t-on. Mais comment expliquer les lions ailés sans recourir à une mythologie que nous ignorons ?

2. Durant la période dite «archaïque», qui prend la suite de la précédente et qui va jusqu’au début du IVe siècle, les artistes surent élaborer une forme rudimentaire de peinture à fresque. En ce qui concerne la thématique, les animaux, semble-t-il, perdirent leur primauté. Nous recommandons néanmoins aux amateurs la délicieuse souris de la page 68 ! On retrouvera des oiseaux et des poissons, des lions et des taureaux ; ces permanences s’expliquent peut-être par des éléments religieux. À cette époque, ce sont les hommes qui prennent la plus grande place. Certaines scènes, comme celle où est célébré un sacrifice, ont un caractère religieux évident. Mais la plupart sont plus ambiguës, et leur caractère apparemment joyeux, ou tout au moins festif, a poussé certains interprètes à n’y voir que la reproduction d’une vie consacrée au plaisir. Il peut n’être pas mauvais de lire ou relire, à ce sujet, les Promenades étrusques de D. H. Lawrence. En effet, des danses sont fréquemment accompagnées de musique ; c’est ce que l’auteur appelle, d’un mot grec, le «comos» (les Grecs appelaient kômos une fête qui comprenait de la danse et de la musique).

De nombreux autres tableaux montrent un couple allongé sur un lit de banquet. D’autres encore nous font participer en spectateurs à de véritables jeux olympiques ; tous les sports y sont attestés, le lancer du disque (pp.108-109), la course, la lutte (dans la tombe des augures), etc. On pourra, cependant, faire remarquer que le banquet funéraire appartenait aux traditions religieuses de beaucoup de peuples de l’Antiquité, et qu’il en allait de même avec la danse et la musique. Quant aux rencontres sportives, chez les Grecs, elles visaient d’abord et en priorité à obtenir l’appui des dieux, à les honorer. On pourrait penser que les deux scènes érotiques reproduites à la page 91 (il faut une loupe pour les voir) ne présentaient aucun caractère sacré. Pourtant, la présence d’un taureau conduit le lecteur à s’interroger. À gauche, une partie à trois laisse l’animal paisible ; à droite, des pratiques sodomites semblent lui déplaire fortement. Qui était ce taureau ? Hélas, nous ne le savons pas.

3. Au cours du IVe siècle, et jusqu’au cœur de l’époque hellénistique, au IIe siècle, les artisans réussirent à élaborer de vraies fresques, dans lesquelles l’influence grecque est parfois forte (on verra le guerrier de la page 283). C’est aussi l’époque de la célèbre tombe François. Le choix des sujets offre dorénavant un contraste saisissant. Le plaisir est encore plus présent qu’auparavant, avec des scènes de banquet, de la danse, de la musique (pp.130, 145-147). La femme acquiert une importance encore plus grande que dans les périodes antérieures. Mais la mort y est aussi davantage représentée, en particulier sous les traits de démons, le démon bleu (p.177), ou encore Charun (p.206).

Cet art ne nous fait connaître que le milieu des élites sociales, des aristocrates qui banquetaient, qui s’adonnaient aux arts lyriques et qui aimaient le sport, qui se souciaient aussi de leur au-delà. Pendant ce temps, leurs voisins, les frustes citoyens romains, se préparaient à la guerre et l’Étrurie fut conquise par les légionnaires. Mais, depuis longtemps, Rome avait intégré à sa religion une partie importante des cultes et des rites découverts chez les voisins étrusques.


Yann Le Bohec
( Mis en ligne le 27/06/2006 )
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