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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Des polythéismes au triomphe d'un monothéisme universel
Yves Lehmann   Religions de l'Antiquité
PUF - Premier cycle 1999 /  22.6 € - 148.03 ffr. / 592 pages
ISBN : 2-13-048221-X
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Le titre pourrait faire craindre une sorte de synthèse générale, réductrice et peu satisfaisante, sur les différentes religions antiques. Fort heureusement, il ne s'agit pas d'un pareil mélange. Le choix fait dans ce livre a été de traiter en détail de quelques religions de l'Antiquité, en faisant appel pour chacune à un spécialiste. Sont donc évoquées successivement, dans l'ordre chronologique de leur développement, la religion étrusque, la religion grecque, la religion romaine traditionnelle, les religions à mystères dans l'empire romain, la religion gallo-romaine, le judaïsme et le christianisme, l'histoire de ces deux religions monothéistes étant évidemment arrêtée ici à la fin de l'Antiquité.

Un tel projet imposait des choix forcément discutables. On peut regretter certaines absences : la religion punique et la religion des Perses Achéménides auraient pu se voir accorder une place à part entière dans ce tableau. Dans le cas de la religion perse, cela se justifiait d'autant plus qu'elle a eu une postérité dans certains courants religieux plus tardifs et que les connaissances sur l'empire achéménide ont été considérablement renouvelées ces dernières années. Il est vrai que l'ouvrage s'adresse en priorité à des étudiants du premier cycle universitaire et reflète la caractéristique de l'enseignement français, qui privilégie l'Antiquité gréco-romaine et l'Europe, au détriment de l'Orient. Il faut reconnaître en outre que la quatrième partie du livre, sur les religions à mystères, comble en partie la lacune en évoquant par exemple les cultes mithriaques, issus de la religion perse. La religion de l'Égypte ancienne y est aussi évoquée, dans son état tardif, à travers les cultes isiaques. De la même manière, Yves Lehmann justifie dans l'avant-propos le choix de n'évoquer, parmi les religions provinciales de l'empire romain, que la religion gallo-romaine.

Chaque auteur suit son propre plan, le mieux adapté au sujet traité. Cependant, pour chacune des religions présentées, sont évoqués le panthéon, les rites, les acteurs et lieux du culte, le calendrier rituel, l'évolution jusqu'au triomphe du christianisme. La question qui traverse tout le livre est bien de savoir comment les religions évoquées ont été amenées à se transformer face aux attentes nouvelles des populations, parfois aussi à la suite d'événements violents, mais ont dû finalement laisser la place au christianisme, à l'exception du judaïsme, premier monothéisme.

C'est Dominique Briquel qui présente la religion des Étrusques. Cette civilisation brillante continue de fasciner d'autant plus qu'elle garde une grande part de mystère, puisque la langue étrusque peut être lue, mais n'est toujours pas entièrement comprise. Les Romains affirmaient devoir beaucoup aux Étrusques, ce peuple le plus religieux du monde selon Tite-Live, mais les recherches récentes semblent montrer que cette influence a été en réalité très limitée. Ce que l'archéologie nous apprend sur la religion étrusque ne la distingue guère des autres religions antiques; au contraire, elle a emprunté beaucoup aux Grecs, aux Phéniciens, au monde italique.

Paradoxalement, ce sont les témoignages des auteurs latins, issus d'un peuple étranger et ne connaissant qu'un état tardif de la religion étrusque, qui permettent d'en saisir l'originalité fondamentale. Celle-ci réside dans la "discipline étrusque", véritable science développée par ce peuple, réflexion sur les différents modes de contact avec le divin, les rituels et la divination, qui en fait une religion révélée. Ce sont précisément ces éléments que les Romains ont éprouvé le besoin de reprendre, notamment en créant dans la Ville un ordre des haruspices. Par cette élaboration d'une réflexion poussée sur le destin et le temps, les aspects étrusques de la religion romaine ont servi à celle-ci d'unique rempart face à la diffusion du christianisme.

La religion grecque est diverse par bien des aspects, dans l'espace et le temps. Sans éluder l'évolution, depuis l'âge du bronze où apparaissent déjà les noms de plusieurs dieux grecs, jusqu'à l'époque hellénistique caractérisée par le développement du culte des souverains, Vinciane Pirenne-Delforge se consacre surtout à la religion dans la cité classique. En effet, la religion grecque s'inscrit dans des cadres bien définis, le premier d'entre eux étant la cité. Les étapes essentielles de la vie du citoyen sont sanctionnées par des rituels, qui sont autant d'actes constitutifs de la communauté civique. Les différentes cités se retrouvent dans des cultes panhelléniques, à Olympie, Delphes et ailleurs, rivalisant dans les honneurs rendus aux dieux. Pourtant, malgré son caractère communautaire très marqué, la religion grecque laisse une place à des mouvements religieux plus personnels. Surtout, c'est un polythéisme fondamentalement ouvert. Le culte rendu aux souverains dans les cités hellénistiques, loin d'être un avilissement de la religion grecque, se situe dans la lignée de cette ouverture.

La religion romaine traditionnelle, présentée par Yves Lehmann, est avant tout, comme la religion grecque, une religion de la communauté plutôt que de l'individu. La deuxième guerre punique, moment de crise particulièrement grave pour la cité, a été très importante dans l'évolution du panthéon romain traditionnel : l'Urbs adopte alors de nombreux dieux étrangers, Grecs et Orientaux. Gravement menacée à la fin de la République, la religion traditionnelle connaît une véritable renaissance lors de la fondation de l'empire par Auguste. La religion romaine accorde un rôle privilégié à la divination, héritage étrusque. Pour autant, elle n'apporte guère de réponse aux questions individuelles, notamment sur le passage de la vie à la mort, qui se développent sous l'influence de l'Orient et de courants philosophiques et favorisent la diffusion du christianisme.

Des réponses y sont apportées dans l'empire romain par les cultes à mystères, issus de l'Orient. Les trois principaux, les mystères dionysiaques, isiaques et mithriaques, sont présentés successivement : Gérard Freyburger évoque d'abord l'histoire de chacun, les rites et les caractéristiques de l'initiation, enfin les croyances qu'ils recouvrent. Les points communs ne doivent pas masquer les différences et les individus pouvaient choisir celui de ces cultes qui leur convenait le mieux. Ainsi, les soldats et les cadres administratifs de l'empire forment une grande partie des adeptes des mystères de Mithra, le dieu guerrier. De même, il n'y a rien de commun entre les orgies auxquelles se livraient les Bacchants et la contemplation de la déesse exigée dans les cultes isiaques.

Pour traiter de la religion gallo-romaine, Charles Marie Ternes insiste sur les sources archéologiques. Renonçant à évoquer la religion des anciens Celtes, sur lesquelles les sources sont trop rares, il dresse un état de la religion en Gaule à l'époque de la domination romaine. Les cultes romains se diffusent, imposés par le pouvoir central, mais des aspects anciens des religions celtiques se maintiennent, perpétuant l'esprit des druides. Mêlant des éléments indigènes et des apports méditerranéens, la Gaule s'ouvre aussi aux cultes orientaux. L'aspect des sanctuaires reflète cette variété du panthéon gallo-romain et cette richesse des croyances dans la Gaule impériale.

Mireille Hadas-Lebel souligne d'emblée la profonde originalité du judaïsme : pourquoi le peuple juif a-t-il choisi le monothéisme, tranchant ainsi radicalement avec les autres peuples de l'Antiquité ? Le dieu unique et jaloux est bien la principale caractéristique du judaïsme antique, et explique une partie des pratiques religieuses: à l'unicité du dieu correspond l'unicité du sanctuaire, le Temple de Jérusalem. Le peuple élu, uni à Dieu par l'Alliance, se distingue des païens par des rites particuliers. Cependant, le judaïsme n'est pas univoque mais connaît des courants opposés et des dissidences. La destruction du second Temple par Titus en 70 marque une rupture. Le Temple ne sera pas reconstruit, ce qui entraîne une modification importante de la religion juive : avec le Temple, disparaît le rite principal du sacrifice. Il est remplacé par la prière et les synagogues, simples lieux de réunion à l'origine, deviennent les lieux de culte. Parallèlement, se développe une réflexion sur la loi, une tradition orale bientôt consignée par écrit, qui formera le Talmud.

Le christianisme, présenté par Yves Lehmann avec le concours de Jean-Marie Salamito, apparaît à l'origine comme un courant parmi d'autres du judaïsme mais, par sa vocation universaliste, il se distingue très tôt du monothéisme particulariste des Juifs. Paul, issu de la diaspora hellénisée d'Asie Mineure, a joué un rôle majeur dans cette évolution radicale du christianisme. Il est un des premiers Chrétiens issus du judaïsme qui eut le souci de convertir des Gentils, ce qui n'alla pas sans heurts avec d'autres "judéo-chrétiens". À travers des périodes de crise, de renaissance, de persécutions ou de développement, la rupture avec le judaïsme devient effective, l'Église chrétienne se structure. La fin de l'Antiquité apparaît comme une marche triomphale pour le christianisme : les Chrétiens se voient reconnaître la liberté de culte, l'empereur Constantin se convertit officiellement sur son lit de mort en 337, l'union de l'État et de l'Église catholique est consacrée sous le règne de Théodose. Les cultes païens, abandonnés depuis longtemps par l'État, se voient interdits et, dans l'empire devenu chrétien, la situation des Juifs est de plus en plus difficile.

On ne peut que regretter l'absence d'index qui aurait facilité la comparaison entre les différentes religions évoquées, à laquelle invite ce livre. De même, une table des figures illustrant les chapitres sur les religions étrusque, les cultes à mystères et la religion gallo-romaine aurait été utile. Au lecteur de lire et relire ce livre qui, en offrant un état précis des connaissances, ne cesse d'intéresser et d'interroger.


Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 19/09/2001 )
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