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La Muse retrouvée
Christophe Cusset   La Muse dans la bibliothèque - Réécriture et intertextualité dans la poésie alexandrine
CNRS éditions 1999 /  36.64 € - 239.99 ffr. / 424 pages
ISBN : 2-271-05617-9
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Les conquêtes d'Alexandre le Grand ont provoqué un élargissement sans précédent des limites géographiques de l'hellénisme et la diffusion du modèle politique grec, la cité, jusqu'en Afganistan et en Iran. Elles ont aussi repoussé très loin les frontières de la connaissance. En effet, les grecs se sont approprié les savoirs des régions conquises, la Mésopotamie et l'Egypte, qui étaient des civilisation très avancées. Par ailleurs, la langue grecque s'est répandue dans l'ensemble du bassin oriental de la Méditerranée et dans une partie importante de l'Asie, ce qui a favorisé le développement des échanges, notamment culturels.

L'épopée d'Alexandre est donc à l'origine d'une mutation majeure, non seulement dans le domaine géopolitique, mais également dans le domaine culturel. Auparavant, Athènes était le principal, sinon le seul centre culturel du monde grec. A l'époque hellénistique, elle garde son prestige et son rôle, mais d'autres capitales culturelles, telles qu'Antioche ou Pergame, voient le jour et vont rapidement concurrencer la vielle cité démocratique, favorisées par le mécénat des souverains qui se partagent l'empire d'Alexandre.

Parmi ces nouveaux centres de rayonnement de l'hellénisme, le plus important est Alexandrie, cité fondée à l'ouest du delta du Nil, sur les bords de la Méditerranée, par Alexandre, ville qui porte le nom du conquérant et renferme son tombeau. Ptolémée Ier, le premier roi d'Égypte après la mort d'Alexandre, eut le souci de favoriser les sciences, les arts et les lettres, en attirants des savants et en leurs assurants des conditions de vies agréables pendant qu'ils s'adonnaient à leurs travaux. Il souhaitait également rassembler et perpétuer le patrimoine culturel grec, recueillir et conserver l'ensemble des ouvrages écrits dans le passé. C'est ainsi que naquit le Musée, qui reçut ce nom parce qu'il était une annexa du sanctuaire des Muses, le Mousaion : il s'agissait d'une bibliothèque qui devait réunir la plupart des travaux en langue grecque, dans un but encyclopédiste s'inscrivant dans la lignée de l'oeuvre d'Aristote. Les savants travaillaient là pour collecter les livres, comparer les différentes versions, éventuellement traduire des écrits dans d'autres langues que le grec, comme ce fut le cas pour la Bible, avec la traduction de la Septante. Dans cet environnement, se développa donc une tradition d'étude des textes anciens. Par exemple, c'est de cette époque et du milieu alexandrin que nous viennent les divisions en chants des oeuvres homériques et les premières études de ces textes.

Les savants qui travaillaient au Musée étaient eux-mêmes des poètes et leurs oeuvres sont naturellement nourries des poètes anciens qu'ils connaissaient parfaitement. Cependant, il ne s'agissait pas pour eux de se contenter d'un plagiat ou d'une imitation. Usant de procédés littéraires qu'ils maîtrisaient parfaitement, ils rivalisaient pour faire des allusions aux textes anciens, tout particulièrement aux oeuvres homériques, en faisant naître de ces reprises un nouveau sens.

C'est ce phénomène de réécriture, issu d'une lecture approfondie des ouvrages du passé, qui fait de la poésie alexandrine une poésie savante et nouvelle comparable à celle de la renaissance européenne et que Christophe Cusset se propose d'étudier dans son ouvrage. Reprenant les concepts forgés notamment par Julia Kriesteva et Gérard Genette, il les applique à la poésie alexandrine, après en avoir donné une définition claire en introduction. Il passe en revue les différents degrés d'intertextualité de plus en plus amples, par l'intermédiaire de comparaisons, de scènes typiques ou de thématiques qui vont devenir par la suite conventionnelles. Christophe Cusset se livre à cette recherche sans éluder pour autant le problème qu'elle pose : le concept d'intertextualité est un concept moderne étranger à la pensée et à la culture antiques ; surtout, une part de l'intertextualité nous échappe inévitablement dans la mesure où de trop nombreux textes anciens sont perdus.

Christophe Cusset choisit pour son étude quelques auteurs représentatifs. Il privilégie Apollonios de Rhodes, auteur des [Argonautiques], épopée qui conte les aventures de Jason et de ses compagnons à la recherche de la toison d'or. En effet, l'ouvrage d'Apollonios est un des mieux conservés de l'époque alexandrine et, surtout, Appolonios ayant choisi le genre de l'épopée, il se met en situation de rivaliser avec les oeuvres homériques. Homère est la principale référence des poètes alexandrins, à la fois parce que les épopées homériques ont été la base de la culture grecque pendant des générations, tout Grec de l'époque classique ayant appris par coeur dans son enfance les chants de l'[Iliade] et de l'[Odyssée], et parce que, dès l'époque hellénistique, la langue et la poésie homériques paraissent déjà difficiles et lointaines, constituant une sorte de défi de réécriture pour les poètes alexandrins. Cependant, Christophe Cusset analyse également les exemples de réécriture d'autres poètes, tel qu'Hésiode, encore proche d'Homère mais qui cherchait à l'imiter, ou les poètes lyriques, notamment Pindare et Sappho. De même, si l'oeuvre d'Apollonios de Rhodes constitue pour lui un champ d'étude privilégié, il ne néglige pas les écrits, plus fragmentaires, d'autres poètes alexandrins, Théocrite, Callimaque, Aratos.

La lecture de cet ouvrage est une occasion de découvrir ou redécouvrir, par l'intermédiaire de nombreuses citations traduites et replacées dans leur contexte, une part très riche et injustement méconnue de la poésie grecque et, à travers elle, de retrouver les auteurs grecs les plus célèbres, reconnus dès l'époque classique et dont les textes nous ont été transmis par l'intermédiaire des poètes alexandrins d'abord, des romains cultivés plus tard, avant d'être redécouverts à la Renaissance.


Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 08/08/2001 )
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