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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Le poète en son temps
Etienne Wolff   Martial ou l'apogée de l'épigramme
Presses universitaires de Rennes - Interférences 2008 /  12 € - 78.6 ffr. / 149 pages
ISBN : 978-2-7535-0571-1
FORMAT : 15,5cm x 21,0cm

L’auteur du compte-rendu : Yannick Durbec, professeur agrégé de Lettres Classiques, Docteur ès Lettres, enseigne en Lettres Supérieures et a publié une édition des fragments poétiques de Callimaque aux Belles Lettres, ainsi que plusieurs articles dans des revues de philologie.
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L’épigrammatiste latin Martial souffre d’une mauvaise réputation héritée des lectures puritaines du XIXe siècle. Sa sortie du purgatoire littéraire n’est pas encore achevée en France, malgré les travaux de Pierre Laurens. Étienne Wolff invite à la redécouverte de cette œuvre avec un regard sans préjugés et, à la suite des travaux de Paul Veyne sur les élégiaques romains, distingue soigneusement l’homme de l’œuvre en faisant la part de la tradition littéraire.

Un premier chapitre présente le poète en son temps. Si l’homme disparaît derrière son œuvre, quelques points d’encrage permettent de dater avec une relative précision les étapes principales de sa vie, et É. Wolff de rappeler que la carrière du poète ne saurait se résumer au règne de Domitien, puisqu’il arriva à Rome sous Néron et s’en retourna en Espagne sous Trajan. Le contexte politique diffère donc de celui dans lequel Juvénal, auteur auquel il est souvent comparé, exerça son esprit acéré. La présentation des relations littéraires de Martial est accompagnée d’un tableau chronologique qui permet de comprendre que l’épigrammatiste côtoya les plus grands auteurs de son époque. L’auteur rassemble en un tableau les correspondances entre les Épigrammes de Martial et les Silves de Stace et présente un bref état de la question de leurs relations. Malgré sa brièveté, le sous-chapitre qui brosse à grands traits les contextes historiques, religieux et littéraires a le mérite de rappeler l’intérêt pour les arts de Domitien, trop souvent considéré comme une simple brute.

Le chapitre II est consacré à l’œuvre du poète. É. Wolff offre une synthèse de l’épineuse question de la datation des quinze livres conservés. La production de Martial s’étend de 80 à 101 et à l’intérieur de ce cadre temporel chaque livre peut, grosso modo, être daté. L’architecture de chacun de ces livres, composés d’épigrammes écrites au fil des circonstances et réunies chaque année en un recueil, est similaire : un ou plusieurs poèmes constituent une introduction à laquelle répond une conclusion. Le principe de variété gouverne la composition des livres numérotés de 1 à 12. Ces recueils sont indépendants, mais sont liés par des reprises thématiques. Au sein de chaque livre, le principe du cycle permet de peindre des personnages ou des situations sous des angles différents. L’étude de la composition du livre III illustre ces principes. Les poèmes de Martial relèvent d’un genre codifié et il est possible de déduire de son œuvre les traits saillants de sa conception de l’épigramme : un court poème qui se caractérise par son enjouement, sa fonction carnavalesque, qui est à l’image de la vie, sans pudeur et agressif. Le réalisme de sa poésie ne doit pas abuser le lecteur. Il repose sur l’observation de la société, mais comporte une part de convention.

Dans la troisième partie du livre, la plus longue, É. Wolff examine les principaux thèmes qui parcourent l’œuvre de Martial. Rome lui fournit son inspiration et à travers les épigrammes se dessine une géographie poétique. Martial réélabore les thèmes convenus du genre épigrammatique, auxquels il donne l’apparence de la contemporanéité. Il peut choisir de ne représenter qu’un seul aspect ou de forcer le trait, parfois jusqu’à la caricature. La critique sociale s’exprime par l’évocation des tribulations du client, dont les relations avec son patron se sont modifiées au premier siècle de notre ère. Dans une société où l’argent est le baromètre social, l’avaritia est souvent visée et la générosité du patron est considérée comme un devoir. La nourriture est un thème majeur des épigrammes de Martial, car elle est un révélateur des rapports sociaux. Le corps exprime la vérité de l’être et, conformément aux lois du genre, le poète insiste sur les difformités et les effets de l’âge pour dénoncer les dissimulations.

Semblablement, Martial s’en prend dans des épigrammes satiriques - et non pas érotiques - à ceux qui cherchent à cacher leurs vices sexuels, traduisant ainsi une morale sexuelle normative. É. Wolff propose un inventaire et une traduction précise des termes relevant du champ lexical de la sexualité, dont les traductions trop souvent pudibondes faussent le sens. L’amitié, la jouissance de chaque instant et la recherche du juste milieu définissent l’art de vivre de Martial. Les épigrammes offrent une vision du monde engagée et distancée. Cette distance, qui procède de l’ironie, pourrait peut-être expliquer la froideur de Domitien à son égard. En effet, si Martial sait louer les décisions de l’empereur et flatter ses proches, certaines pointes ont pu offenser le maître de Rome. En effet, le poète se moque des chauves et Domitien supportait très mal sa calvitie. Martial célèbre en Domitien le restaurateur des mœurs mais évoque son mignon et fait allusion à Julia, la fille de Titus, qu’il séduisit.

Le quatrième chapitre aborde «le travail de la forme». Martial varie les registres de langue, ne refuse pas les mots techniques et aime les expressions imagées. Son but est de surprendre le lecteur et la pointe repose souvent sur un jeu de mots. É. Wolff donne un bref aperçu des procédés stylistiques qui caractérisent la poétique de Martial et renvoie son lecteur au livre de Pierre Laurent, L’Abeille dans l’ambre. Célébrations de l’épigramme de l’époque alexandrine à la fin de la Renaissance
.
La présentation de la survie de Martial, de l’Histoire Auguste au document-fiction Gladiateurs daté de 2004, conclut ce volume, qu’enrichissent des annexes. Un choix de textes traduits en vers libres par l’auteur et de traductions anciennes laisse espérer au lecteur qu’Étienne Wolff publiera une traduction moderne et complète des épigrammes, qui fait encore défaut en France.


Yannick Durbec
( Mis en ligne le 02/07/2008 )
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