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Comment Thomas d’Aquin est devenu saint
Guillaume de Tocco   L'Histoire de saint Thomas d'Aquin
Cerf - Sagesses Chrétiennes 2005 /  24 € - 157.2 ffr. / 223 pages
ISBN : 2-204-07729-1
FORMAT : 12,5x19,5 cm

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Bain est agrégé d’histoire ; il est actuellement allocataire-moniteur à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, où il prépare une thèse en histoire médiévale.
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La pensée de Thomas d’Aquin influence encore très fortement les milieux ecclésiastiques, au point même d’être souvent considérée comme la meilleure expression de la doctrine chrétienne. Pourtant cette prépondérance du thomisme n’était pas évidente : peu après sa mort, sa pensée a pu être ponctuellement condamnée et plus globalement contestée. L’Histoire de saint Thomas d’Aquin de Guillaume de Tocco est un des textes qui permettent de comprendre par quel processus la doctrine du frère dominicain a pu devenir une expression de la vérité de la foi.

Il s’agit de la première hagiographie de Thomas d’Aquin, rédigée entre 1318 et 1323 par Guillaume de Tocco, frère dominicain chargé de promouvoir la cause de la canonisation de Thomas. Celui-ci était mort en 1274 et a été canonisé en 1323. Guillaume de Tocco avait connu Thomas à Naples en 1272-74, et il s’est ensuite efforcé de collecter les plus nombreux témoignages sur sa vie. Il a enrichi et modifié sa rédaction à plusieurs reprises et le texte ici traduit est celui de la dernière version, la plus longue, tandis que les notes indiquent où se trouvent les ajouts par rapport aux versions précédentes. Son récit n’est bien sûr pas une biographie au sens historique, mais plutôt une démonstration de la sainteté de Thomas qui comprend le double aspect imposé par les procès de canonisation : l’exemplarité des vertus du saint, et la collation de ses nombreux miracles, qui forment les deux parties de l’ouvrage.

La première partie présente notamment l’intérêt de souligner la spécificité de la sainteté de Thomas. Certes Guillaume de Tocco reproduit nombre de motifs hagiographiques récurrents comme les signes qui entourent sa naissance, les obstacles mis à sa décision d’intégrer l’ordre dominicain, les visions. Certes il le pare de toutes les vertus attendues d’un saint : humilité, chasteté, dévotion, pauvreté etc. Mais ce n’est pas sur ces motifs que se fonde la sainteté de Thomas. Il apparaît clairement que Guillaume de Tocco a choisi de faire de sa science l’expression ultime de sa sainteté : son intelligence, sa mémoire, aidées par une pratique contemplative lui ont ouvert l’accès aux vérités divines, qu’il exprime divinement dans ses œuvres. Les écrits de Thomas en viennent sous la plume de l’hagiographe à s’identifier à la parole divine : Thomas est le nouveau Moïse qui parle au Seigneur face à face et reçoit de lui les révélations qu’il rapporte dans ses œuvres, comme Moïse descendant les tables de la loi, et si d’aucuns le critiquent, c’est qu’ils sont aveuglés par la trop grande lumière (p.49). D’ailleurs Thomas, qui avait l’habitude de s’entretenir du sens des passages scripturaires obscurs avec l’apôtre Paul, a obtenu une sorte d’imprimatur avant l’heure quand Jésus lui-même est venu approuver de sa main un de ses écrits (pp.109-110 ; voir aussi p.85). Dans ces conditions, il devient naturel que celui qui s’écarte des propos du saint docteur ne puisse que se tromper (p.52). Cette première partie comprend de nombreuses autres considérations intéressantes sur la conception des études, indissociables de la prière et de la lecture biblique.

La deuxième, qui dresse la liste des miracles, est plus fastidieuse, mais elle permet de juger de l’ouverture d’esprit du saint, qui n’a négligé aucune catégorie sociale, aucun sexe, aucun âge. Elle montre aussi sa clairvoyance, lui qui n’a pas hésité à multiplier les miracles pour faciliter leur communication, sauvant la liste du naufrage, protégeant les animaux qui la transportent, et réconfortant les promoteurs de sa cause un temps découragés ! Elle montre enfin son savoir-vivre : parmi les quelques miracles réalisés de son vivant, il a rempli un tonneau de vin excellent alors que son hôte n’avait plus rien à lui donner à boire… En dehors de cet aspect parfois divertissant, la seconde partie présente surtout l’intérêt de narrer les étapes du procès de canonisation lui-même.

Il est donc toujours utile et appréciable de pouvoir disposer de traductions de textes médiévaux. Cette entreprise ne peut qu’être encouragée, d’autant plus qu’ici la traduction est élégante et très agréable à lire. Claire Le Brun-Gouanvic est d’ailleurs une spécialiste du sujet puisqu’elle a aussi établi l’édition critique du texte dans une autre publication. Tout au plus aurait-on pu attendre une introduction plus riche et plus de notes explicatives, mais cette édition a fait le choix de se contenter de l’essentiel, et celui-ci s’y trouve.


Emmanuel Bain
( Mis en ligne le 11/10/2005 )
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