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Dames de paix
Murielle Gaude-Ferragu   La Reine au Moyen Age - Le pouvoir au féminin. XIVe-XVe siècle. France
Tallandier - Texto 2018 /  10 € - 65.5 ffr. / 350 pages
ISBN : 979-10-210-3122-7
FORMAT : 12,0 cm × 18,0 cm

Première publication en février 2014 (Tallandier)
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Maître de conférences à l'université Paris-13 Sorbonne-Paris-Cité et membre junior de l'Institut universitaire de France, Murielle Gaude-Ferragu avait consacré sa thèse d'histoire médiévale aux cérémonies des funérailles princières (D'or et de cendres. La mort et les funérailles des princes dans le royaume de France au Bas Moyen Âge, 2005). Avec La Reine au Moyen Age, elle s'intéresse à la place de ces reines, qui, si elles n'ont pas toutes laissé un souvenir fort, n'en ont pas moins joué un rôle important dans la monarchie capétienne.

A trop rappeler la loi salique, on risque d'oublier que la reine de France, si elle ne peut régner seule (à la différence d'autres monarchies européennes), n'est pas pour autant dépourvue de pouvoir ni d'influence. Certes, à la fin du Moyen-Age, durant «l'automne du Moyen Age», pour reprendre l'expression de Huizinga, les reines cessent d'être associées au gouvernement ; pour autant leur rôle est plus réel qu'on ne l'a longtemps pensé. Sur ce point, le travail de Murielle Gaude-Ferragu, qui s'inscrit dans un courant historiographique renouvelé sur l'histoire des femmes et du genre durant la période médiévale, apporte une réflexion fort intéressante. En 1294, sous Philippe IV le Bel, est promulguée la première loi de régence en faveur de la reine «mère des enfants de France» ; il fait entrer les reines au «cimetière des rois», la nécropole de Saint-Denis, leur offrant une place de choix dans les cérémonies et rituels royaux qui se développent à cette époque.

Murielle Gaude-Ferragu a centré sa réflexion sur les XIVe et XVe siècles, soit les sept dernières reines capétiennes et treize reines de la dynastie des Valois. Deux siècles riches en événements et en difficultés. La plupart de ces reines tinrent des rôles discrets, simples «épouses de roi», mais l'histoire a retenu au moins Isabeau de Bavière, l'épouse du malheureux roi fou Charles VI, affligée d'une légende noire, et, pour la fin de la période, Anne de Bretagne qui, destin exceptionnel, fut deux fois reine de France, épouse de Charles VIII puis de Louis XII.

En deux siècles, le rôle de la reine évolue et Murielle Gaude-Ferragu suit avec rigueur et finesse cette évolution, articulant son propos selon trois axes : ''L'Accession à la dignité royale'', ''Une femme en politique : le pouvoir de la reine'', ''Le Gouvernement symbolique''. L'auteur s'appuie sur des sources variées : les archives des reines (inventaires, comptes...), leurs testaments, les correspondances, les relations de cérémonies, les chroniques, mais également les Miroirs, ces textes politiques du bon gouvernement. Si la reine ne gouverne pas (sauf exception durant les régences, et elle n'est alors jamais seule à décider), elle a en revanche un devoir d'éducation de ses enfants. Murielle Gaude-Ferragu interroge aussi l'iconographie (miniatures, sculptures, etc.). Elle insiste également sur l'évolution de la conception du pouvoir qui, à la fin du Moyen Age, donne à l'amour une place centrale. Sans amour, le roi n'est qu'un tyran, et à ce titre la reine a un espace privilégié dans la mesure ou, femme, mère, épouse, elle est celle par qui circule l'amour dans la cellule familiale, et, au-delà, dans le royaume.

De cette longue enquête, il ressort que ces reines sont en premier lieu les représentantes de leur milieu : elles appartiennent à l'aristocratie, princesses de haut rang ; à ce titre, elles ont reçu une éducation raffinée, maîtrisent absolument les usages de cour, gouvernent leur propre cour (la reine en son hôtel), exercent un patronage culturel indéniable, et jouent un rôle non négligeable dans des domaines précis. Ce rôle s'exerce en particulier dans le domaine de l'assistance sociale (ou du moins ce qui en tient lieu à l'époque), et dans celui de la dévotion. A titre d'exemple, Murielle Gaude-Ferragu rappelle qu'Anne de Bretagne promut le culte de sainte Ursule, originaire de Bretagne... Leurs moyens d'action dans ce domaine sont les dons et fondations. «La souveraine, à l'image de la Reine du Ciel, doit déployer son large manteau protecteur sur l'ensemble des sujets du royaume, une protection qui n'est pas seulement liée à son pouvoir d'intercession. Elle incarne en effet aux côtés du «roi très chrétien» et de manière complémentaire la vertu de charité, qui est certes une vertu théologale, signe de piété et de dévotion, mais également un devoir politique, puisqu'elle participe à l'établissement du Bien commun».

Ces reines ont fait l'objet de stratégies matrimoniales minutieuses, leurs droits et leur statut sont très précis, et, à partir du milieu du XIVe siècle, la reine participe pleinement de la majesté royale, majesté mise en scène par exemple dans des programmes affichés aux portails des églises (les Célestins, Paris), des palais (Le Louvre, l'hôtel Saint Pol) : les deux statues du roi et de la reine son épouse encadrent le portail. Épouses de roi, ces reines sont aussi, selon une tradition ancienne, sacrées au cours d'une cérémonie qui a souvent lieu le même jour que le sacre royal (mais qui s'en distingue par quelques différences) et fait de la reine un personnage exceptionnel qui, là aussi fait unique pour une femme, a reçu l'onction sacerdotale et a communié sous les deux espèces. Jeanne de Bourbon, épouse de Charles V, est la dernière reine à avoir été sacrée le même jour que son époux. Au XVe siècle, le sacre de la reine semble perdre de son importance, mais parallèlement les théoriciens insistent sur le fait que la légitimité du roi repose au premier chef sur sa naissance (et non sur le sacre).

Épouse, sacrée, la reine est avant tout la mère des enfants de France. A ce titre, au XVe siècle, les reines participent largement à l'essor du culte marial, et au parallèle qui s'établit entre la souveraineté terrestre et la souveraineté céleste : «Ainsi comme Marie a porté l'Enfant et l'a nourri, la reine porte le sang de France et le protège. Cette allégorie est encore renforcée par l'affirmation non plus seulement maternelle, mais aussi politique de la souveraine comme médiatrice de paix». Écartées de la succession royale en 1316, les reines n'en jouent pas moins un rôle à l'occasion des régences, dont le statut s'élabore par étapes (lettres et édits de 1294, 1374 et 1407), sans pouvoir dépasser la période de la minorité royale, ou encore la «lieutenance de pouvoir» lors des absences royales. Les rois pour autant ne se sentent pas nécessairement contraints de confier la régence à leurs épouses : ainsi Louis XI préfère se tourner vers sa fille et son gendre, Anne et Pierre de Beaujeu, plutôt que de s'en remettre à Charlotte de Savoie qu'il juge dotée de moindre sens politique et trop confite en dévotion. Cependant, à cette époque, on n'écarte pas aussi aisément la reine qui au cours des décennies précédentes a vu se confirmer son statut de gardienne et tutrice des enfants royaux ; Charlotte de Savoie obtient le 12 septembre 1483 la mise en place d'un conseil dans lequel son parti est majoritaire. Sa mort précoce (le 1er décembre) fit cependant triompher la solution Anne et Pierre de Beaujeu. A la fin de la période médiévale, on constate donc une promotion politique de la reine (qui se confirmera lors de la régence d'Anne de Bretagne), mais celle-ci relève des usages et de l'évolution de la société, pas d'une loi écrite.

Au cours de ces deux siècles, on constate une valorisation de la figure de la reine, qui s'accentue avec les Valois, dynastie neuve qui, donc, cherche à affirmer par tous les moyens sa légitimité. Murielle Gaude-Ferragu constate : «Ainsi, au bas Moyen Age, la royauté est double, incarnée par deux personnes aux fonctions complémentaires : le roi de guerre et de justice est indissociable d'une forme plus féminine de gouvernement, une figure maternelle, médiatrice et protectrice - qui correspond ou non à la réalité». Anne de Bretagne, ultime reine médiévale, est aussi la première des reines de la période moderne dont en France l'expression la plus accomplie est indéniablement Catherine de Médicis.

Beau travail d'histoire des représentations, fort intéressant, bien écrit, ouvrage d'universitaire mais qui doit intéresser tout lecteur curieux d'histoire, La Reine au Moyen-Age comporte un cahier central d'iconographie commenté, des notes (en fin de livre...), les sources et une bibliographie sélective, enfin un index.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 26/02/2018 )
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