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Échec et mat !
Georges Minois   Poitiers, 19 septembre 1356
Tallandier - L'Histoire en batailles 2014 /  19.90 € - 130.35 ffr. / 235 pages
ISBN : 979-10-210-0161-9
FORMAT : 14,5 cm × 21,5 cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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2500 morts, 3000 prisonniers dont le roi de France, Jean II le Bon, et à terme, un traité qui consacre le démembrement de la France… Poitiers est sans doute l’un des plus grands désastres de l’histoire militaire française, la défaite de la fine fleur de la chevalerie française, décimée par les archers anglais… pourtant connus depuis Crécy. Hors des images d’Epinal («Père, gardez vous à gauche, père, gardez vous à droite»), Georges Minois entreprend, à grands frais, de retracer cette bataille, d’en éclairer le contexte, au cœur de la Guerre de Cent ans et d’en analyser les racines, à la fois militaires et politiques. Car Poitiers s’inscrit déjà dans une histoire et une dynamique, celle de la guerre de Cent ans.

D’emblée, l’auteur revient aux sources, et notamment à Froissart agrémenté de quelques autres textes moins classiques, qui composent finalement une ample documentation pour une bataille moins observée que d’autres. Le charme de cet ouvrage réside déjà dans cette approche très didactique de la bataille, autour d’un plan organisé comme une belle leçon d’histoire. Passé le premier chapitre, qui détaille la guerre au XIVe et qui donne au lecteur un bel aperçu des tactiques comme des enjeux de la bataille médiévale (et notamment l’économie des prisonniers et otages), l’auteur s’attaque efficacement au contexte, partant des tribulations du duché d’Aquitaine au XIIe siècle jusqu’au dynastique qui éclate en 1338 entre le roi de France et son vassal indiscipliné, le roi d’Angleterre : la Guerre de cent ans débute, et avec elle, les désastres, côté français. Désastres militaires, mais aussi politiques, du fait d’alliances, de réconciliations, de fâcheries et pour tout dire d’un embrouillamini diplomatique dont on sait gré à Georges Minois de se dépêtrer avec aisance. Une fois la situation diplomatique clarifiée, il s’agit d’observer les prodromes de la bataille, les chevauchées anglaises et l’impuissance du roi de France, trop prudent pour être chevaleresque. Poitiers n’est que le reflet d’une crise, ou plutôt d’un ensemble de crises qui fragilisent la position française. Et lorsqu’en août 1356, le prince noir – le prince de Galles – s’élance à son tour dans une chevauchée longue au cœur du royaume, il n’est plus temps de tergiverser. Une «course poursuite» s’organise entre le roi de France et son rival anglais, qui aboutit aux environs de Poitiers.

Quantitativement, le roi de France a l’avantage : 12000 hommes contre 8000… mais cet avantage n’est que comptable. Au plan de la tactique comme de l’armement, les Anglais dominent le terrain et, en quatre temps, réduisent les Français, «invincibles en parole» (J. Chandos), à une défaite cuisante. Jean II capturé, son camp pillé, l’après-midi du 19 septembre 1356 est bien sinistre, et tandis que la comptabilité des morts et des otages se met en place, c’est l’image même du pouvoir qui vacille… du fait d’un roi qui a, par son imprudence, fragilisé le royaume, officiellement rançonné pour payer la liberté du souverain. La question de la vacance du pouvoir se pose, abruptement : une leçon s’impose d’emblée, qui interdit au roi de figurer dorénavant au cœur de la bataille. Reste les conséquences immédiates pour la France, qui vient de perdre le premier acte de la guerre.

L’ouvrage est passionnant, et se déroule comme un beau cours, magistral et emporté. Les cartes viennent éclairer le chassé-croisé franco-anglais mais surtout, l’auteur sait faire monter la tension jusqu’à la capture, à coup de citations, de références, de portraits, avant d’en dévider les conséquences pour une France désormais vaincue. Le style est sobre et se lit aisément, tant on est rapidement pris par l’affaire. Une solide démonstration pour une bataille peut être oubliable, mais dont les leçons furent tirées, et bien tirées.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 17/06/2014 )
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