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Etranges images, images de l’autre
John Tolan   Les Sarrasins - L'islam dans l'imagination européenne au Moyen Age
Aubier - Historique 2003 /  25 € - 163.75 ffr. / 473 pages
ISBN :  2-7007-2334-1
FORMAT : 14x22 cm

L'auteur du compte rendu: Historienne et journaliste, Jacqueline Martin-Bagnaudez a été de nombreuses années rédactrice en chef adjointe de la revue Notre Histoire. Elle a publié (chez Desclée de Brouwer) des ouvrages d’initiation portant notamment sur l’histoire médiévale et l’histoire de l’art.
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Voici un livre d’histoire des mentalités médiévales, qui entraîne son lecteur sur tout le pourtour d’une Méditerranée taillée large, entre le VIIe et le XIIIe siècle. Le terminus ab quo s’imposait, puisqu’il s’agit d’étudier comment a évolué, chez les chrétiens essentiellement, la façon de considérer ce fait nouveau qu’est l’islam ; le terminus ad quem a été choisi tel par l’auteur, parce qu’il considère que c’est le moment où se fixent, pour plusieurs siècles, les images européennes envers les musulmans. Quant aux titres de l’ouvrage et aux termes sans cesse utilisés, ils renvoient à des usages nés à une période postérieure, le début du Moyen Age ne connaissant rien d’autre que des termes à résonance ethnique pour désigner ce que le christianisme s’est longtemps refusé à reconnaître comme une religion.

Les sources exploitées par J. Tolan sont essentiellement des ouvrages antimusulmans : chroniques, traités, récits de martyres parfois plus fictifs que véritables. Sans doute savait-on, avant l’analyse minutieuse à travers laquelle nous sommes guidés, que l’image que se fait le chrétien médiéval du musulman n’est rien d’autre qu’une caricature. Mais jamais sans doute on n’avait cherché à en comprendre le pourquoi et le comment. Chrétiens et musulmans, avec la même conviction, sont persuadés que les succès remportés au nom du Dieu qu’ils servent sont les signes tangibles qui fondent sa véracité et le soutien qu’Il leur apporte ; les défaites temporelles, permises par Dieu, ne sont au mieux que des châtiments d’hérétiques, au pire d’hommes sans foi ni loi, envoyés pour punir les péchés. C’est dire que de part et d’autre nous sommes bien loin des vertus de tolérance et d’œcuménisme généralement érigées en valeur à l’époque contemporaine.

Au fil des six siècles parcourus dans cette démonstration, et sur un dénominateur commun négatif et hostile, se dessine à grands traits une évolution. L’éclosion de l’islam, les premiers succès de son expansion, ne sont perçus, aux VIIe et VIIIe siècles, que comme des manifestations de l’Antéchrist, qui seront suivies d’un dénouement heureux. Si quelques esprits avisés (Jean Damascène, mort en 749 par exemple ; mais il vit dans l’entourage du calife de Bagdad…), soupçonnent le caractère religieux des nouveaux intervenants, c’est généralement pour voir dans l’islam un avatar géographiquement éloigné des hérésies chrétiennes. La situation change au IXe siècle, lorsque la culture islamique s’importe en force dans des régions (l’Espagne) où les chrétiens se sentent soudain colonisés. Il faut désormais trouver des arguments polémiques : l’image s’impose de débauchés et de païens, adorateurs de Mahomet. L’idéologie des croisades, au XIIe siècle, se fonde sur cette nécessité de combattre le paganisme. Disons que la conviction de J. Tolan sur ce point pourrait sans doute être un peu nuancée. Et puis au XIIIe siècle, simultanément, les efforts de reconquête militaire se doublent d’une volonté de conversion. Les dominicains débattent pour réfuter la religion de l’autre, les franciscains cherchant plutôt à prêcher, au prix même du martyr. L’arsenal idéologique qui s’est alors créé restera en place pendant toute la période moderne.

Les tours et détours de J. Tolan au milieu de textes souvent compliqués, dont il excelle à tirer, un par un, l’apport particulier, ressortent d’une véritable démarche d’historien, attentif à la chronologie, à la description du milieu où ils sont produits et de la société à laquelle ils s’adressaient. Souvent, l’auteur fait le point sur ce qu’il vient de démontrer ; serait-ce qu’il craint d’avoir égaré son lecteur ? Le livre est savant, sans doute, et muni de tout l’apparat critique souhaitable (notes abondantes, bibliographie et remarquable index). Il ouvre une fenêtre sur tout un pan de l’histoire des idées et des mentalités.


Jacqueline Martin-Bagnaudez
( Mis en ligne le 20/02/2004 )
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