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Vie et mort aux temps médiévaux
Henri Platelle   Présence de l'Au-delà - Une vision médiévale du monde
Presses universitaires du Septentrion - Histoire et civilisations 2004 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 350 pages
ISBN : 2-85939-852-X
FORMAT : 16x24 cm

L'auteur du compte rendu : ATER à l’université de Paris-IV Sorbonne, Claire Lamy prépare une thèse sous la direction de Dominique Barthélemy, sur l’abbaye de Marmoutier en Blésois, Touraine et Anjou et son environnement social de la fin du Xe siècle au milieu du XIIIe siècle.
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Après la publication de Terre et Ciel aux Anciens Pays-Bas (Lille, 1991), voici un second recueil d’articles du chanoine Henri Platelle, Présence de l’au-delà, une vision médiévale du moyen âge, publié aux presses universitaires du Septentrion. L’ouvrage rassemble 18 articles, publiés entre 1977 et 1999, classés autour de trois thèmes, les mentalités religieuses, les structures religieuses et les modèles religieux, sur lesquels le chanoine Platelle a travaillé en parallèle tout au long de sa carrière.
L’ouvrage est séduisant, les titres des articles, originaux et intrigants : le chanoine maîtrise l’art de l’intrigue historique et saisit la curiosité du lecteur, avec des titres prometteurs, qui ne manquent pas d’humour : «Agobard évêque de Lyon, les soucoupes volantes et les convulsionnaires» ; «elle était belle et bonne, elle aimait le Christ : que savons nous au juste de sainte Wautru ?». Il sait être attentif aux expressions, à première vue anodines, et constitue à partir d’elles des dossiers de documents passionnants qu’il exploite avec rigueur au fil de ses articles.

L’ensemble des articles, rassemblés sous ce titre de Présence de l’au-delà, thème de recherche de prédilection de cet historien, montre en effet combien tout au long du moyen âge, la frontière entre morts et vivants, entre ici bas et au-delà, est ténue. Les morts appartiennent à l’horizon quotidien des vivants, que ce soit par le biais des saints morts et de leurs reliques (il analyse le rôle des reliques dans le fonctionnement de la justice du XIIe siècle à partir du recueil des miracles de sainte Rictrude, ou nous familiarise avec le traité critique des reliques du moine Guibert de Nogent, mort en 1124), par celui des imposteurs qui prennent la place de vivants disparus, ou encore par le rôle des femmes dans l’organisation liturgique de la memoria familiale. La partie relative aux structures religieuses s’éloigne en partie du thème du recueil, avec deux des quatre articles relatifs à l’encadrement ecclésiastique des populations ; les deux autres articles (sur les miracles de sainte Rictrude et sur le rôle des épouses dans la memoria familiale) s’inscrivant, eux, bien dans le thème d’ensemble du recueil.

Les études successives mettent en œuvre aussi bien des sources hagiographiques que juridiques, ou iconographiques, que l’auteur commente avec aisance et finesse. Il parcourt un large moyen âge, depuis les mérovingiens jusqu’à la fin de la période, manifestant une curiosité d’esprit et une maîtrise des problématiques tout à fait remarquable. A la lecture de ce riche recueil, on a très envie de rapprocher la figure d’Henri Platelle de celle de Thomas de Cantimpré à qui l’auteur a d’ailleurs déjà consacré plusieurs études (dont une dans ce recueil : «Une vision médiévale : les historiettes du Livre des abeilles de Thomas de Cantimpré» (pp.137-158)). Constatant l’apparent désordre qui caractérise la compilation d’«historiettes» du Livre des abeilles, Henri Patelle démontre que Thomas de Cantimpré s’est efforcé avant tout de rendre visible l’ordre divin régnant ici-bas. En un sens, ce n’est guère différent dans la démarche, de ce que fait Henri Platelle. Celui-ci au-delà du foisonnement des sources et par la diversité de ses interrogations, s’efforce de saisir cette société médiévale qu’il analyse ici à travers ce thème transversal des relations entre morts et vivants.

Sa méthode est rigoureuse. Il commence systématiquement par présenter les différentes sources sur lesquelles il s'appuie, puis en extrait les éléments nécessaires à sa démonstration, avant de proposer sa synthèse. Il propose tantôt des études de type monographique (sur le traité des reliques de Guibert de Nogent, sur le Livre des abeilles de Thomas de Cantimpré, ou le livre des miracles de sainte Rictrude) ou bien des dossiers denses et patiemment constitués, autour de pratiques étonnantes (la cruentation ou les impostures) qu’il n’hésite pas à suivre sur plusieurs siècles, parfois au-delà du moyen âge (Il prolonge son enquête dans le XVIIIe siècle lorsqu’il étudie le phénomène de cruentation, c'est-à-dire de saignement des cadavres en présence des coupables). Ainsi dans son étude sur l’imposture, il part de quelques dossiers à première vue anecdotiques (l’imposture de Baudouin d’Ardres en 1176, ou celle de Jean de Vierzon en 1308) pour finalement montrer, de façon plus générale, que ces affaires renvoient au problème de l’authenticité et de la conception qu’en a cette société. Celui-ci se pose en termes très différents des nôtres : ce n’était pas tant le vrai à tout prix qui était recherché, mais plutôt une vérité acceptable et acceptée par la société. Une remarque que l’on peut notamment conserver à l’esprit en effet lorsque l’on considère la question des faux ou des interpolations en diplomatique.

L’intérêt des travaux d’Henri Platelle tient largement à sa capacité à repérer et isoler, dans les sources hagiographiques souvent stéréotypées, des citations significatives de cette mentalité médiévale dont il s’efforce de préciser quelques caractères. Ses études ne visent pas à l’exhaustivité, il sélectionne avec soin les dossiers, et ses études sont animées par un grand souci de clarté et de précision. Ce qui en rend la lecture agréable, sans rien céder à la qualité et à la rigueur. On pourra terminer en soulignant quelques particularités de ce recueil : la place prédominante des régions septentrionales dans ses travaux, en particulier la Flandre, qui est le terrain de recherches privilégiées de l’auteur ; sa sensibilité à la question des femmes et de l’histoire des femmes auxquelles il consacre ici trois belles études (sur la fonction de l’épouse, la figure de sainte Waudru, la comtesse d’Alençon) ; l’intérêt pour les questions judiciaires, non démenti depuis sa thèse sur l’abbaye de Saint-Amand. Enfin, ce recueil a l’avantage et la qualité d’offrir un grand nombre de sources traduites par l’auteur. On signalera ici encore les larges extraits commentés du Livre des abeilles de Thomas de Cantimpré et du recueil des miracles de sainte Rictrude.


Claire Lamy
( Mis en ligne le 01/03/2005 )
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