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Histoire & Sciences sociales  ->  Moyen-Age  
 

Rois des marges, rois de désir…
Gilles Lecuppre   L'Imposture politique au Moyen Age - La seconde vie des rois
PUF - Le noeud gordien 2005 /  30 € - 196.5 ffr. / 405 pages
ISBN : 2-13-054561-0
FORMAT : 15,0cm x 22,0cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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Historien, maître de conférences à l’Université Paris X-Nanterre, Gille Lecuppre publie sa thèse de doctorat dans la collection universitaire des PUF , «Le Noeud gordien». La publication répond aux règles du genre universitaire : ouvrage scientifique, accompagné d’un appareil critique solide et d’une bibliographie, complété d’un index.

En étudiant l’imposture politique au Moyen Age, Gilles Lecuppre s’inscrit dans le champ de l’histoire politique et des représentations collectives. Il poursuit ainsi des voies ouvertes par les travaux d’Y.-M. Bercé pour l’histoire moderne : Le Roi caché. Sauveurs et imposteurs. Mythes politiques populaires dans l’Europe moderne. (Fayard, 1990). Les imposteurs politiques se multiplient à partir du XIIIe siècle et plus particulièrement aux XIVe et XVe siècles ; Gilles Lecuppre y étudie ici principalement les espaces de l’Empire, de l’Angleterre et de la France. Il voit dans l’imposture politique, fréquente à cette époque, un mode de contestation original qu’il met en relation avec les thèmes neufs de la rationalité du pouvoir, qui surgissent alors. La période qui voit la genèse de l’Etat moderne s’accompagne de troubles et de dysfonctionnements qui rendent plus aisée la présentation d’individus qui prétendent faire reconnaître leur légitimité face à un pouvoir officiel à leurs yeux disqualifié.

Tout un monde défile rapidement : Perkin Warbeck qui en 1497 affronte «l’usurpateur» Henri VII, Jeanne d’Armoise qui prétend être Jeanne d’Arc, un faux Baudouin de Flandre, un faux Jean I, le fils posthume de Louis X le Hutin et de Clémence de Hongrie… Gilles Lecuppre organise sa démonstration en quatre parties : «Imposture et civilisation», «Le déroulement du complot», «Le pouvoir mis au défi», «Imposture et messianisme». Il analyse la civilisation médiévale et les espaces d’improvisation qu’elle offre. Disparus aux croisades ou ermites volontaires peuvent être remplacés ; la société est étonnamment ouverte aux possibilités, n’exige que peu de preuves d’identité, se satisfait de ressemblances superficielles. Selon les époques, l’âge de l’imposteur varie : vieillard chenu au XIIIe siècle alors que la fin du moyen âge préfère les adolescents, victimes d’échanges de nouveaux nés. Démasqué, l’imposteur, pour les contemporains, a nécessairement répondu soit à l’attrait des richesses ou du prestige, soit à la pression collective, ou encore à la folie. Tromper cependant, durant un temps plus ou moins long, exige des qualités au-delà de la simple ressemblance physique : l’art de la persuasion, une certaine prestance, un charisme... On ne doit pas non plus exclure un entourage qui a tout intérêt à ce que le faux prétendant soit accepté pour vrai, et qui le «coache» dans ce sens ! L’usurpateur ne pouvant être qu’un élément d’une plus vaste opération de propagande.

Avec l’amélioration du regard critique, l’imposture devient plus complexe, elle accompagne aussi la construction d’espaces politiques monarchiques. Ainsi l’Ecosse voisine de l’Angleterre mesure les avantages qu’elle peut tirer en soutenant des prétendants contre le roi anglais ; le pape Urbain IV joue aussi du retour d’un soi disant Frédéric II alors que lui même combattait Manfred, fils de Frédéric. La situation de l’Empire, la richesses des alliances familiales, la complexité des généalogies, constituent aussi un terrain favorable à des usurpations d’identité.

Ainsi se dégage une géographie de l’imposture qui touche essentiellement l’Empire et l’Angleterre alors que la monarchie française paraît épargnée, elle dont les rois meurent en public et non à la guerre, et qui a su fonder un lien fort entre le roi et la société. Ce n’est pas un hasard si la seule tentative d’imposture concerne le changement dynastique au début du XIVe siècle avec le sort de Jean I le Posthume, né après la mort de son père Louis X. Les imposteurs sont aussi des rois des marges, éloignés des centres où le pouvoir se constitue et s’affirme. Il y a aussi une sociologie de l’imposture ou du moins de l’entourage de l’imposteur, car il n’est jamais seul, propulsé par un milieu d’opposants, la plupart du temps aristocratiques ; l’imposture est ainsi une forme de contestation politique, qui présente un "bon" roi, face au mauvais en place sur le trône. Après enquête, l’imposteur finit par être démasqué, le monarque peut alors faire preuve d’indulgence ou de sévérité, le châtiment est public, et permet la refondation du pouvoir officiel.

Gilles Lecuppre, tout au long de son ouvrage, suit ainsi la construction de l’imposture politique dans les sociétés médiévales occidentales : «A beau mensonge, longue mémoire» (p.376). Le sujet, pour autant, ne s’épuise pas avec les temps modernes ou contemporains : Martin Guerre, Naundorff et les faux dauphins, la princesse Anastasia en témoignent !


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 20/02/2006 )
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