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Histoire & Sciences sociales  ->  Moyen-Age  
 

La construction d’un nouveau père
Paul Payan   Joseph - Une image de la paternité dans l'Occident médiéval
Aubier - Historique 2006 /  24.50 € - 160.48 ffr. / 476 pages
ISBN : 2-7007-2343-0
FORMAT : 15,5cm x 24,0cm

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Bain est agrégé d’histoire ; il est actuellement allocataire-moniteur à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, où il prépare une thèse en histoire médiévale.
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Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?» (Luc 2, 49). Cette réponse de Jésus à sa mère, alors qu’il a seulement douze ans, et que ses parents s’inquiétaient de ne pas le retrouver, résume l’ambiguïté et l’inconfort du rôle de Joseph, père «à ce que l’on croyait» (ut putabatur, Luc 3, 23), autrement dit père putatif de Jésus. Malgré la fonction strictement ancillaire dévolue à Joseph dans l’Évangile de Luc, malgré ce peu de cas que Jésus semble en faire, Joseph est pourtant devenu l'un des principaux saints. C’est la genèse de cette construction qu’étudie Paul Payan, Maître de Conférences à l’Université d’Avignon.

Plusieurs étapes se distinguent nettement. Paul Payan décrit d’abord les obstacles et les réticences face à un culte de Joseph, en étudiant sa place dans les textes bibliques et apocryphes, et dans la littérature théologique et hagiographique jusqu’au XIIIe siècle. Dominent alors sa subordination par rapport à Marie et son rôle secondaire dans l’histoire du salut. Homme de doute, il n’apparaît pas comme un modèle de sainteté. Seuls quelques moines du XIIe siècle – mais non des moindres : Rupert de Deutz et Bernard de Clairvaux – lui accordent une attention particulière et en font une figure plus éminente. Cependant la première rupture – et c’est un des principaux apports de cette thèse – vient des Franciscains de la fin du XIIIe siècle, et tend à se diffuser auprès des laïcs au XIVe siècle par l’image et la littérature de piété. Joseph y apparaît certes comme le serviteur de Marie et de Jésus, mais c’est en même temps toute sa grandeur : il est proche du Christ qu’il sert avec affection. Cela se traduit dans le champ iconographique par une mutation du modèle de la nativité qui place Joseph sur un plan comparable à celui de Marie.

Toutefois si Joseph devient un exemple à suivre, il ne reçoit pas pour autant de culte à l’échelle de l’Église. C’est Gerson, célèbre théologien et prédicateur du début du XVe siècle, chancelier de l’Université de Paris, qui œuvre le premier avec résolution pour la mise en place d’un culte du mariage de Joseph, dans un contexte où le royaume de France est divisé par le conflit entre Bourguignons et Armagnacs et l’Église par le Grand Schisme. Le culte de Joseph lui-même, fixé au 19 mars, ne s’impose dans l’ordre franciscain que dans la seconde moitié du XVe siècle, et dans l’ensemble de la chrétienté seulement à l’extrême fin de ce siècle. Il ne devient pas populaire avant le XVIe siècle. Parallèlement quelques images témoignent de la mise en place d’un modèle iconographique propre à Joseph.

Cette description des évolutions de la place de Joseph dans la chrétienté ne constitue pas le seul intérêt de l’ouvrage. Son objectif principal est d’expliquer ces mutations, ce qui conduit Paul Payan à des réflexions sur le pouvoir et sur la paternité. Le lien entre Joseph et les conceptions du pouvoir forme la problématique du livre et paraît indéniable. La réhabilitation de Joseph apparaît d’abord chez saint Bernard puis chez les Franciscains, notamment Spirituels, deux milieux en quête d’une nouvelle forme d’autorité. Elle est systématisée enfin par Gerson, alors que l’éclatement des autorités royale et pontificale permet une redéfinition des pouvoirs. L’image de la paternité qu’offre Joseph fait l’objet du dernier chapitre. Les divers aspects du personnage et ses ambiguïtés permettent ainsi à l’auteur de dessiner un tableau de la paternité au Moyen Âge, et d’émettre l’hypothèse selon laquelle l’invention du culte de Joseph s’explique aussi par l’adéquation avec une paternité humaine alors plus fragile. Enfin cet ouvrage constitue aussi une introduction à l’iconographie de Joseph, de la Nativité et de la Sainte Famille, dans la mesure où il se développe en un aller-retour entre étude des textes et étude des images.

Bien qu’issu d’un doctorat d’histoire médiévale, ce livre est d’une grande limpidité, rédigé dans une langue simple, presque familière. Toujours soucieux de présenter le contexte et les auteurs, il s’adresse donc à un public très large. Dans ce cadre, il est regrettable – même si les raisons en sont facilement compréhensibles – que l’étude s’arrête à la fin du XVe, alors que le culte de Joseph et les représentations autonomes de son personnage ne prennent de l’ampleur qu’au siècle suivant. De plus, l’étude du XVIe siècle aurait peut-être aussi permis de tester la validité de l’hypothèse centrale selon laquelle la naissance d’un culte au XVe siècle serait liée à une société fragilisée en mal de repères. Mais cela pourrait faire l’objet d’un autre travail. Attendons donc qu’un des lecteurs de Paul Payan prenne la suite…


Emmanuel Bain
( Mis en ligne le 01/06/2006 )
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