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Le tournant Ravaillac
Jean-Christian Petitfils   L'Assassinat d'Henri IV - Mystères d'un crime
Perrin 2009 /  20.90 € - 136.9 ffr. / 330 pages
ISBN : 978-2-262-02987-6
FORMAT : 14,1cm x 21,2cm

L'auteur du compte rendu : Diplômé de l'Ecole nationale des chartes et de l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, Rémi Mathis est conservateur, responsable de la bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris-Descartes-CNRS. Il prépare une thèse sur Simon Arnauld de Pomponne à l'université Paris-Sorbonne sous la direction de Lucien Bély.
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L'assassinat d'Henri IV fait partie des événements historiques connus de tout Français et il n'y a guère que des joueurs de foot ou des musiciens de rock pour être plus connus que Ravaillac. À juste titre sans doute car les conséquences de cet attentat sont immenses : il entraîne un changement de conseillers et avec eux une modification parfois radicale de la politique intérieure et de la diplomatie. Cette journée fait partie des quelques tournants qui apparaissent périodiquement dans une histoire habituellement faite de continuités. Ce n'est donc pas un hasard si Roland Mousnier lui avait consacré un livre de la collection «Trente journées qui ont fait la France».

Pourtant, comme l'avait déjà montré l'historien sus-cité, cet événement n'est nullement celui d'une journée. Il n'est pleinement compréhensible que si on le remet dans son contexte. Or, ce contexte est plus que troublé. À l'intérieur, la France sort d'un demi-siècle de guerres civiles au cours desquelles violence et haine ont partagé le pays en (au moins) deux camps : le montée sur le trône du premier Bourbon était rien moins qu'évidente. À l'extérieur, rien n'est non plus évident. Plusieurs affaires occupent alors la scène européenne, particulièrement la succession à la tête des duchés de Clèves et de Juliers.

Or des questions personnelles viennent se mêler à la haute politique. On sait que le roi ne dédaigne pas la gent féminine. Et la jeune Charlotte de Montmorency lui plaît fort : aussi Henri la marie-t-il à son cousin supposé complaisant, le prince de Condé. Or non seulement ce dernier ne se montre pas complaisant mais il quitte même la Cour et se réfugie chez l'ennemi national, aux Pays-Bas espagnols, pour protéger sa femme, ce qui de la part d'un prince du sang est considéré comme une trahison pure et simple.

Jean-Christian Petitfils pense que cet épisode a une grande influence sur l'assassinat du roi par Ravaillac. L'hypothèse d'un meurtre commandité, préparé et exécuté à dessein n'est pas nouvelle. Lors des interrogatoires subis par Ravaillac, on tente déjà de lui faire avouer qu'il avait des complices. Depuis, bien des historiens (ou pseudo-historiens) se sont penchés sur la question et ont proposé des hypothèses nombreuses. On a particulièrement voulu incriminer la marquise de Verneuil, ancienne maîtresse royale, et le duc d'Epernon, en relation avec l'Espagne. Certains sont allés jusqu'à imaginer deux tentatives de meurtre simultanées et inconnues l'une de l'autre !

Jean-Christian Petitfils connaît ces travaux. Il a effectué un lourd travail bibliographique afin de fonder ses propres hypothèses. Il retient celle d'un complot qui aurait pris naissance à Bruxelles, dans l'entourage de l'archiduc – un Habsbourg, tout comme l'Empereur et le roi d'Espagne. Il est vrai que certains éléments sont troublants : le fait que la rumeur de l'assassinat soit attestée plusieurs jours avant sa réalisation, des sommes étranges versées à des chargés de mission en France, des lacunes dans les archives... L'auteur propose alors un scénario qui expliquerait l'action : l'archiduc, ayant accepté le passage des troupes françaises sur son territoire en direction de Clèves, aurait eu peur qu'elles ne mettent à sac Bruxelles en raison de la présence de la princesse de Condé et, sans plan politique de fond, aurait fait assassiner le roi de France pour sauver ses États.

Mais au final, on obtient beaucoup de questions, de doutes, d'hypothèses tout au plus. Aussi l'auteur se montre-t-il souvent bien téméraire quand il s'agit d'en tirer des faits assurés. À empiler fait incertain sur source douteuse, on construit un échafaudage peu solide et on est obligé de passer rapidement sur les éléments qui fragilisent ou remettent en cause son hypothèse. Il est d'ailleurs intéressant de voir que la quasi-totalité des pièces sur lesquelles se fonde J.-C. Petitfils sont publiées depuis le XIXe siècle et bien connues des historiens de la période : ce n'est peut-être pas un hasard si personne n'était allé aussi loin que lui auparavant...

Jean-Christian Petitfils a su montrer à travers quelques très bons livres, particulièrement son Louis XIV (1995) – qui n'a toujours pas été remplacé – toutes ses capacités. Il est dommage qu'il cède en cette occasion à un certain goût pour le romanesque, en forçant une démonstration qui bute sur l'absence ou le manque de fiabilité des sources. Il est sûrement regrettable que l'on n'enquête pas sur un meurtre vieux de quatre siècle aussi facilement que sur un crime d'aujourd'hui mais c'est ainsi... et l'auteur montre dans certains passages qu'il en est pleinement conscient. On obtient au final un livre très bien informé mais qui semble sacrifier à son corps défendant au sensationnalisme en allant au-delà de ce qu'il voulait/pouvait dire. Espérons que ce n'est pas là la marque de l'influence des éditeurs de vulgarisation sur les historiens !


Rémi Mathis
( Mis en ligne le 02/03/2010 )
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