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Catafalque de pierre, catafalque de papier
Alexandre Maral   La Chapelle royale de Versailles - Le dernier grand chantier de Louis XIV
Arthena 2011 /  99 € - 648.45 ffr. / 389 pages
ISBN : 978-2-903239-46-6

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est responsable des collections de monnaies et médailles du musée Carnavalet après avoir été adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié, entre autres titres, Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).
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Une silhouette imposante surplombe le château de Versailles, interrompant les lignes horizontales qui prévalent dans la demeure de Louis XIV : c’est la chapelle royale, luxueux édifice construit sur les plans de Jules Hardouin-Mansart entre 1688 et 1710. Cette chapelle a mauvaise réputation. On cite volontiers le jugement de Saint-Simon, qui écrit qu’elle écrase le palais et «a de partout la représentation d’un immense catafalque» : «la main-d’œuvre y est exquise en tout genre, l’ordonnance nulle». Comme la chapelle n’est pas comprise dans les circuits habituels de visite, les touristes n’en jugent le plus souvent que par l’extérieur et peuvent constater qu’en effet sa masse vient compromettre la symétrie du château.

Le visiteur privilégié, celui qui a l’occasion de pénétrer dans la chapelle royale, découvre un sanctuaire proprement extraordinaire, où un plan d’inspiration gothique s’allie à un décor issu de l’Antiquité et de la Renaissance italienne. Tout est exceptionnel : les hautes colonnes corinthiennes qui supportent la voûte, les murs de pierre où l’art du sculpteur se rapproche de celui du menuisier, le sol en marqueterie de marbre, les peintures de la grande voûte et des bas-côtés. L’ensemble est d’une majesté et d’une richesse incomparables, et d’une puissante originalité. «Voilà une belle fricassée de chérubins», raillait un contemporain, étourdi par ce dernier coup d’éclat du roi-soleil.

Ce bâtiment rarement visité, le lecteur d’Alexandre Maral le découvre d’un œil entièrement neuf. À la profusion ornementale du monument de pierre répond l’érudition proprement étourdissante du monument de papier : une monographie issue de deux décennies de travail autour de la chapelle royale, considérée comme institution aussi bien que comme œuvre d’architecture, des dizaines de documents d’archives et de documents graphiques publiés pour la première fois, des dizaines de clichés extérieurs et intérieurs, qui permettent d’apprécier des œuvres le plus souvent difficilement visibles. La sculpture de la chapelle est ici en pleine gloire : anges et chérubins, vases et cassolettes, trophées et statues sortent littéralement de l’ombre. Le dernier recueil où cette sculpture apparaissait avait été publié par Pierre de Nolhac… en 1912 !

L’auteur nous fait suivre la longue genèse de la chapelle de Versailles, sur un quart de siècle, dissèque avec une infinie précision le décor peint et sculpté, évoque le mobilier dispersé ou disparu – vases sacrés, ornements liturgiques, luminaires, orgues, tapis et tapisseries – et suit les avatars de l’édifice après Louis XIV, du vandalisme révolutionnaire aux restaurations des XIXe et XXe siècles.

Cette œuvre de résurrection savante n’est pas gratuite. Dans l’esprit d’Alexandre Maral, elle vient à l’appui d’une thèse, on pourrait même dire d’une «défense et illustration» de la chapelle, contre ceux, architectes ou amateurs, qui en ont critiqué la conception. Pour l’auteur, la place si particulière de la chapelle dans le paysage du château illustre les doctrines politiques et religieuses de Louis XIV, qui s’affirme roi très chrétien, protecteur de l’Église de France et défenseur de l’orthodoxie. De même, le décor peint et sculpté n’est pas une surabondance par rapport à la structure de l’édifice ; il est en harmonie avec l’architecture, a été conçu en même temps qu’elle et est le support, mûrement médité, d’un discours théologique complexe. Ainsi la chapelle est-elle la parfaite expression d’un art français, à la fois gracieux et savant, dont les clefs de lecture ont rapidement échappé aux visiteurs.

Grâce et science que nous retrouvons dans ce livre superbe, dans ce qui restera comme le catafalque du catafalque, le monument commémoratif de la Chapelle de Versailles.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 12/06/2012 )
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