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Une nouvelle histoire politique du XVIe siècle
Nicolas Le Roux   Le Roi, la cour, l’État - De la Renaissance à l’absolutisme
Champ Vallon - Epoques 2013 /  29 € - 189.95 ffr. / 393 pages
ISBN : 978-2-87673-874-4
FORMAT : 15,6 cm × 24,0 cm

L'auteur du compte rendu : Matthieu Lahaye est professeur agrégé d’histoire et docteur en histoire moderne. Il enseigne en classes préparatoires au Lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen.
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coup sûr, Nicolas Le Roux est en passe de devenir une figure majeure des recherches historiques consacrées au XVIe siècle. Il avait marqué avec la publication de son étude consacrée aux mignons d’Henri III (2001), séduit avec son ouvrage sur l’assassinat du dernier Valois (2006), impressionné avec son volume Les Guerres de Religion publié chez Belin (2009) et maintenant il nous réjouit avec cet ouvrage dont le titre peut induire en erreur.

Armé d’une solide connaissance des sources et de la bibliographie, dont il sait toujours donner un aperçu clair et pertinent, il tente avec succès d’écrire une nouvelle histoire politique du XVIe siècle en recourant notamment à une approche anthropologique qui n’a rien de caricaturale et de plaquée. Les chaînons essentiels n’en sont plus des dates précises toujours débordées par l’infatigable constance des comportements humains, ni non plus des bornes chronologiques, rêve d’une histoire au rasoir fort peu pertinente pour un monde qui se vivait d’abord dans l’éternité de la révélation divine. En ces pages lumineuses, le temps s’étire à l’infini, érode aussi mais toujours d’une manière partielle et lente.

Les guerres de Religion constituèrent un moment clef dans l’évolution des réflexions sur le fonctionnement de la chose publique et la définition de l’État. Telle est la thèse de l’auteur, au demeurant fort classique. Mais la réponse l’est beaucoup moins comme le prouvent notamment les passages consacrés à la cour, objet historiographique souvent convoqué mais rarement étudié faute d’arriver à saisir la complexité de ce groupe social aux contours mouvants.

À la différence de nos politiques, producteurs de chiffres et d’analyses techniciennes, les derniers Valois nous rappellent le rôle anthropologique du détenteur de la puissance souveraine : la production d’un imaginaire fédérateur. En l’occurrence, le rituel curial, patiemment élaboré, prétendait fonder une société hiérarchisée et pacifiée autour de la figure idéale du monarque, dans un espace maîtrisé qui devait servir de modèle à une noblesse obsédée par «son devoir de révolte» mené au nom du prestige de son sang.

En cela, le politique est à comprendre autant dans la suite d’événements qui jalonnent un siècle, que dans les corps des courtisans qui au début du XVIe siècle s’exhibaient dans leur finesse, dans une certaine élégance nonchalante et certainement pas dans une virilité exacerbée devenue la règle dans notre imaginaire occidental. Sur ces corps, on pouvait lire le rêve de Catherine de Médicis, mère des trois derniers Valois, qui tentait de promouvoir une royauté philosophique de concorde et d’amour. Henri III poursuivit cette politique en faisant de la cour non plus un acteur de sa majesté, mais un spectateur, spectateur de sa capacité à organiser la société humaine en fonction de l’ordre sacré de l’univers.

La cohabitation forcée entre deux opinions religieuses, l’épreuve du dissensus dans un monde attaché à l’unité du peuple chrétien, l’explosion de la noblesse qui à partir de 1560 utilisa le conflit religieux pour mener ses luttes éternelles pour la puissance, furent les moteurs essentiels de cette «raison politique» qui espérait faire cohabiter ensemble les adversaires d’hier. Mais emporté par la violence politique et religieuse, et l’absence de modération des partis, Henri III agonisant sous le couteau du régicide pouvait penser à juste titre que la monarchie elle-même disparaîtrait avec lui. Longtemps il avait cru que la tolérance serait une arme suffisante pour recoudre le royaume avant de s’apercevoir, peut-être un peu tard, que la monarchie avait besoin de faire entendre sa raison par le bruit des armes. L’assassinat des frères Guise fut ce coup de Majesté tardif (1588).

Pour cette raison, Henri IV (1589-1610) ne voulut pas faire de sa cour un espace de dialogue de sa majesté avec l’élite nobiliaire mais de sa proclamation héroïque, prônant les valeurs de l’obéissance et du désengagement de la sphère publique. Il réussit car il avait réconcilié dans sa personne l’autorité du sang et le pouvoir, en conquérant sa couronne au fil de l’épée. Oint du Seigneur par ses victoires plus que par le saint chrême, il réussit ainsi à rassembler sa noblesse dans un esprit chevaleresque, c’est-à-dire passéiste, et comme toujours il réussit à dépasser le choc de la modernité (les clivages religieux) au moyen de vieilles lunes.

Mais cet équilibre était fragile car la mort d’Henri IV, laissant un roi mineur et la régence à une femme, réveilla les passions brouillonnes des nobles avant que Richelieu ne réussisse à les canaliser avec la guerre européenne et mette au point un système de prélèvement extraordinairement rapace qui permit à l’État de devenir une puissance absolue.

Laissons à Thou le dernier mot de cette recension car il donne en une phrase la formule chimique du XVIe siècle français et du propos de l’auteur: «La Patrie est [devenue] une seconde divinité». Épilogue d’un parcours entamé dès la fin du Moyen Âge avec la disparition de la Chrétienté au profit des États, la solution aux guerres de Religion est sans doute à trouver dans cette conscience nationale qui prit alors une ampleur décisive.


Matthieu Lahaye
( Mis en ligne le 30/04/2013 )
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