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Les égarements de l’esprit humain
Serge Maury   Une secte janséniste convulsionnaire sous la Révolution française - Les Fareinistes (1783-1805)
L'Harmattan - Chemins de la mémoire 2019 /  42 € - 275.1 ffr. / 474 pages
ISBN : 978-2-343-14324-8
FORMAT : 15,0 cm × 24,0 cm

Voir aussi :

Jean-Pierre Chantin, De sectes en hérésies. Étapes d’une réflexion sur la dissidence religieuse à travers les âges, Presses universitaires de Lyon, 2018, 254p. 10 €.


L'auteur du compte rendu : Françoise Hildesheimer est conservateur général honoraire du Patrimoine et a enseigné l’histoire moderne à l’Université Paris I. Elle a récemment publié Rendez à César. L'Eglise et le pouvoir (Flammarion, 2017), Une brève histoire de l’Église. Le cas français (Flammarion 2019), ainsi que Le Parlement de Paris. Histoire d’un grand corps de l’État (avec Monique Morgat-Bonnet, Champion, 2018).

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Voici deux ouvrages complémentaires que leur centre d’intérêt réunit et que leur forme oppose. Spécialiste reconnu, Jean-Pierre Chantin nous donne une brève synthèse reposant sur la présentation de onze exemples ponctuels d’une dérive sémantique : il constate qu’aujourd'hui, on emploie le mot «sectes» plutôt que celui d’«hérésies», ces dernières semblant constituer un phénomène appartenant au passé alors que les «sectes» seraient contemporaines. Jean-Pierre Chantin montre que cette grille de lecture est erronée. Il rappelle qu’en grec hérésie signifiait simplement choix. Flavius Josèphe y identifiait les Esséniens, les Pharisiens et les Sadducéens qui constituaient effectivement des choix à l’intérieur du judaïsme. L’Islam comporte également des groupes qui s’opposent sans rompre.

Ce n'est que l’Église chrétienne qui donne au mot un caractère péjoratif avec des hérésiologues comme Irénée de Lyon ou Justin de Naplouse qui définissent l’hérésie comme «l’erreur». Celle qui se veut catholique, c’est-à-dire universelle, s’oppose à la secte-hérésie, considérée comme déviance néfaste qu’elle entend exclure par la condamnation car, en tant que gardienne du dépôt de la foi formé du dogme et de la Tradition, il lui incombe de définir, à l’intention du peuple chrétien, la vérité. Ainsi, l’erreur et son éradication sont très tôt devenues pour l’Église une obsession continue. La multiplication des problèmes théologiques entraînant des définitions doctrinales découlent de cette prétention monopoliste à la détention de la vérité et l’ont obligée à d’innombrables combats. L’importance prise dans ce cadre par les dogmes a entraîné celle de l’interprétation théologique qui y dérogeait, l’hérésie : est orthodoxe celui qui adhère à l’ensemble des vérités reçues par le magistère ecclésial ; est hérétique celui qui entend éliminer, selon son jugement propre, tel ou tel élément de la foi telle qu’elle est professée par ledit magistère, autrement dit qui refuse délibérément une proposition de la foi définie par l’Église comme vérité révélée.

Successivement nazaréisme, marcionisme, gnosticisme, ébionisme, adoptionnisme, montanisme, origénisme, manichéisme, arianisme, nestorianisme, pélagianisme, monophysisme, iconoclasme, valdéisme, catharisme, hussitisme… ont occupé le devant de la scène essentiellement du fait de la répression dont ils ont été l’objet. Il faut observer que, par rapport à ce pullulement des hérésies observé aux origines du christianisme, la suite de l’histoire manifestera une diminution certaine de leur nombre à tel point qu’à l’époque moderne, après la Réforme, on parlera de plus en plus volontiers de «sectes», ce qui révèle une nouvelle perception de l’hérésie plus clairement identifiée à des groupes sociaux qui posent problème. La Réforme a quant à elle signifié l’échec de l’unanimité chrétienne et fait figure de séisme : c’est une hérésie qui a résisté à la répression romaine et pris pied dans les États.

À l’époque contemporaine, les sectes sont le prétexte de curieuses distinctions dans des sociétés occidentales en principe sécularisées : suite aux épisodes tragiques de Waco aux États-Unis (1993), de l’Ordre du Temple solaire en France (1994) ou de la secte Aum au Japon (1995), y réapparait une ancienne ligne de clivage entre religions «respectables», pour lors protestantisme, catholicisme, judaïsme, face à des groupes pseudo-religieux objets de réprobation. Ainsi, 1995, un rapport parlementaire français évoque des religions «reconnues» − ce qui peut paraître curieux dans un régime de laïcité − par opposition à des religions «fautives» dangereuses pour la société. Il y a là une riche matière à réflexion sur nos logiques de tolérance et d’exclusion…

Pas de courte synthèse sans longues analyses préalables. Cette petite et suggestive synthèse s’appuie notamment sur un travail de recherche spécialisée du même Jean-Pierre Chantin portant sur les amis de l'œuvre de la Vérité, un prolongement lyonnais du jansénisme convulsionnaire (Les Amis de l’Œuvre de la Vérité. Jansénisme, miracles et fin du monde au XIXe siècle, Presses Universitaires de Lyon, 1998). Dans la même perspective et dans le même contexte de Révolution, la thèse de Serge Maury, qui s’y relie directement, examine sous toutes ses coutures − historique, anthropologique, sociologique, ethnologique, psychopathologique (on pourrait encore y ajouter celle métapsychique de Bertrand Méheust ou ésotérique d’un Jean-Pierre Laurant…) − le mouvement fareiniste : né dans le village de Fareins dans les Dombes autour du curé François Bonjour, atteignant son paroxysme avec la crucifixion et la mutilation de deux paroissiennes, il se transporte à Paris autour d’une sœur Élisée dont les discours illuminés et visions n’occupent pas moins de 18 000 pages, et de la célébration d’un enfant messie, Élie Bonjour, le fils naturel du curé précité. Bref, à la lecture de cette thèse aux analyses minutieuses et fouillées on découvre un monde si éloigné des Lumières qu’on ne peut qu’avoir recours à Voltaire pour se rasséréner : «Ce que ma secte enseigne est obscur, je l’avoue, dit un fanatique ; et c’est en vertu de cette obscurité qu’il la faut croire : car elle dit elle-même qu’elle est pleine d’obscurités. Ma secte est extravagante, donc elle est divine : car comment ce qui paraît si fou aurait-il été embrassé par tant de peuples, s’il n’y avait pas du divin ?» (Dictionnaire philosophique, article «secte»).

Ainsi se trouve aujourd’hui encore complété le dossier du jansénisme tardif fort bien documenté par les travaux fondateurs de Catherine Maire (De la cause de Dieu à la cause de la nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle, Gallimard, 1998. Les Convulsionnaires de Saint-Médard. Miracles, convulsions et prophéties à Paris au XVIIIe siècle, Gallimard, coll. Archives, 1985), de Monique Cottret (Jansénismes et Lumières. Pour un autre XVIIIe siècle, Albin Michel, 1998), de Marie-José Michel (Jansénisme et Paris : 1640-1730, Klincksieck, 2000) et de Daniel Vidal (Miracles et convulsions jansénistes au XVIIIe siècle. Le Mal et sa connaissance, PUF, 1987), ainsi que par ceux de Nicolas Lyon-Caen (La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle, Albin Michel, 2010) ou encore d’Yves Krumenacker (Du Jansénisme à la secte : vie de Monsieur Claude Germain, curé de Lacenas (1750-1831), Publisud, 1998) et de Véronique Alemany (La Dernière solitaire de Port-Royal, Cerf Histoire, 2013), auxquels il convient, depuis les présents ouvrages, d’ajouter les dernières publications de Monique Cottret (Histoire du jansénisme, Perrin, 2016. Les Nouvelles ecclésiastiques. Une aventure de presse clandestine au siècle des Lumières (1713-1803), avec Valérie Guitienne-Murger, Beauchesne, 2016).


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 22/05/2019 )
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