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Au cœur de l’État monarchique
Marie-Noëlle Baudouin-Matuszek   Trois traités de Michel de Marillac - Chancellerie, Conseil du Roi, Parlement
Honoré Champion - Pages d'Archives 2019 /  55 € - 360.25 ffr. / 394 pages
ISBN : 978-2745350060
FORMAT : 15,5 cm × 23,5 cm

Avec le concours de Caroline Maillet-Rao.

L’auteur du compte rendu : Stéphane-Marie Morgain est professeur émérite de l’Institut catholique de Toulouse où il a enseigné l’histoire moderne. Il a publié plusieurs études sur Pierre de Bérulle et Richelieu.

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Rendre justice à un garde des sceaux, c’est un comble ! C’est pourtant ce que fait Marie-Noëlle Baudouin-Matuszek en publiant trois traités inédits de Michel de Marillac : sur le chancelier, le Conseil du roi et le Parlement. Marillac, né le 28 août 1560 à Paris et mort en exil le 7 août 1632 à Châteaudun, est trop souvent occulté de l’historiographie au prétexte d’appartenir, comme Pierre de Bérulle son contemporain et ami, au clan des perdants ; celui des dévots. Pourtant, celui qui le 1er juin 1626 devient garde des sceaux en remplacement du chancelier Étienne d’Aligre, compromis par sa fidélité à Gaston d’Orléans, est un personnage majeur de l’organisation de la monarchie absolue et d’une vision théologique du gouvernement de l’État.

Le chancelier possède de larges compétences : la justice, sa réforme et la défense du catholicisme. Il préside le Conseil du roi, le plus souvent en l’absence de ce dernier, et a la prééminence au Parlement. Face à lui, le principal ministre, Richelieu, tient les rênes de la politique extérieure, de la diplomatie et de la guerre. La «guerre», le terme n’est pas trop fort ici pour comprendre les termes d’un conflit entre deux visions du gouvernement de la monarchie incarnés par les deux personnages. On connaît la fin de l’histoire : le 10-11 novembre 1630, au lendemain de la journée des Dupes, Louis XIII redemande les sceaux à Marillac qui doit quitter la cour. Il conviendrait de comparer avec soin ces traités de Marillac au Testament politique de Richelieu pour saisir toutes les nuances de ce débat.

En quatre et demie, le chancelier de Marillac accomplit une œuvre considérable : il ordonne la tenue du procès de Chalais, préside l’assemblée des notables de décembre 1626 à février 1627, rédige l’ordonnance de réformation de la justice de 1629 connue sous le nom de Code Michau, qui synthétise les 461 articles adoptés aux États généraux de 1614 et aux assemblées des notables de 1617 et 1626 et compose les trois traités sur la charge de chancelier, sur le Conseil du roi et sur le Parlement.

Marillac exerce sa charge pendant la période «faste» pour les dévots soutenus par Marie de Médicis. Il participe à l’érection du premier monastère parisien des carmélites de la réforme de sainte Thérèse et prend officiellement la défense de Bérulle contre les prétentions des carmes à gouverner les moniales, il intervient dans l’affaire de la Valteline, il tente de réaliser le dessein de Dieu de ruiner l’hérésie en France. Sa politique est celle des catholiques soucieux d’une unité politico-confessionnelle du royaume, celle de l’engagement séculier dans le monde, de son incarnation personnelle dans la cause de Dieu. Michel de Certeaux, Denis Richet et Robert Descimon ont décrit et analysés cette problématique.

Le but des traités que Marillac ne destine pas à la publication, est de qualifier la gouvernance convenable au monarque et l’utilisation à son profit des trois institutions. Dans le Traité du chancelier, l’auteur défend l’absolue nécessité de la fonction du chancelier dans l’édifice monarchique, dans celui sur le Conseil du roi, il montre que cette institution est la prolongation de celle du chancelier qui, comme président dudit conseil tente de rendre plus efficients les règlements qu’il entend faire adopter. Le dernier traité, celui du Parlement, tend à mettre à sa place réelle un organe qui s’était éloigné de sa fonction d’assurer, de garantir, de faire appliquer la loi du roi. Ce traité, le premier des trois, correspond à la première expérience de l’auteur qui commence comme conseiller à la cour en 1585. Il connaît ‒ à cause de ses souvenirs de la Ligue, puis de la régence, qui avaient privilégié la théorie de la souveraineté judiciaire des magistrats des cours supérieurs ‒, l’urgence de rappeler le devoir de soumission du Parlement à l’autorité absolue du roi. Marillac veut ainsi recadrer les pouvoirs propres du Parlement en matière de justice et le ramener à une administration de la justice royale, sans partage de souveraineté.

Rappelons que l’édition de ce traité prend place dans un ensemble d’études consacrées à la Cour souveraine récemment publiées par les éditions Champion (Des éditions de texte : Actes du Parlement de Paris et documents du temps de la Ligue (1588-1594). Le recueil de Pierre Pithou. Édité par Sylvie Daubresse avec la collaboration de Bertrand Haan, 2012. Le Parlement à Bourges. 1753-1754. Journal anecdotique rédigé par un groupe de parlementaires exilés sous la direction du Président Durey de Meinières. Édition critique par Marie-Thérèse Inguenaud, 2016. Véronique de Becdelièvre, Claude Guillaume Lambert. Du Parlement au Contrôle général. Itinéraire d'un grand commis. (1726-1794), 2018. − Des études collectives : Le Parlement en sa cour. Études en l'honneur du Professeur Jean Hilaire. Textes réunis par Olivier Descamps, Françoise Hildesheimer et Monique Morgat-Bonnet, 2012. Le Parlement de Paris. Logiques politiques et pratiques documentaires. XVIIe -XVIIIe siècles, 2016. Autour des États généraux de 1614. Sous la direction de Françoise Hildesheimer et Louis de Carbonnières. 2016. − Une synthèse : Françoise Hildesheimer et Monique Morgat-Bonnet, Le Parlement de Paris. Histoire d’un grand corps de l’État monarchique XIIIe -XVIIIe siècles. 2018).

Même aidé et conseillé par Mathieu Molé, Michel de Marillac est le seul capable, du fait de son parcours personnel, d’établir clairement le lien entre les trois institutions principales de la monarchie. Pour rédiger de tels textes, Marillac s’appuie sur le travail de Théodore Godefroy et de Pierre Dupuy chargé de collationner, cataloguer, enregistrer l’immense documentation amassée dans les archives royales ou d’institutions, le Trésor des chartes, les registres du Parlement, les arrêts et règlements du Conseil, les chartriers privés. À compter de la décision de Louis XIII de 1628, il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à l’administration intérieure du royaume, mais aussi à ce qui a trait à la politique extérieure et aux finances. La recherche archivistique devait donc s’étendre à la collation des traités concernant les États et les affaires passées avec les princes, seigneuries, communautés et particulier. Un travail gigantesque qui s’étend sur plus d’une décennie. C’est sur la base de cette immense documentation que s’appuie Marillac aidé de Godefroy pour écrire ses textes méticuleusement rédigés.

Évidemment, est c’est là l’autre intérêt de ces traités, ils trahissent une vision des trois piliers institutionnels de l’État monarchique opposée à celle de Richelieu. Après 1630, celui-ci, minimisant la charge du chancelier, subordonnera les questions de politiques intérieures à celles de l’extérieur. La fonction de chancelier/garde des sceaux, pivot du gouvernement selon Marillac, sera réduite avec le cardinal-ministre au seul domaine législatif et à une prééminence honorifique au sein des membres du gouvernement.

L’excellente édition de ces textes inédits rend incontestablement un immense service à la connaissance d’un personnage majeur du premier XVIIe siècle français et apporte sa pierre à celle des institutions monarchiques de son temps.


Stéphane-Marie Morgain
( Mis en ligne le 23/10/2019 )
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