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Le crépuscule des samouraïs
Julien Peltier   Sekigahara - La plus grande bataille de samouraïs
Passés Composés 2020 /  22 € - 144.1 ffr. / 288 pages
ISBN : 978-2-37933-042-1
FORMAT : 14,1 cm × 20,1 cm
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Le 21 octobre 1600, près du bourg de Sekigahara au centre du Japon, eut lieu une gigantesque bataille qui constitue un événement charnière dans l’histoire de l’archipel. Sekigahara marque la fin d’un siècle et demi de guerres civiles quasiment incessantes, correspondant pour l’essentiel à l’époque Sengoku, des «provinces en guerre», et le début de plus de 250 ans de paix intérieure et extérieure.

Malgré son ampleur, peut-être 170 000 combattants rassemblés ce jour-là, et l’importance de la bataille à la charnière de deux époques aussi opposées, le nom de Sekigahara ne dit probablement rien à la plupart des lecteurs en dehors du Japon. Il faut donc saluer le travail de Julien Peltier et l’audace des éditions Passés Composés qui, avec ce livre, permettent aux lecteurs français de lever un coin du mystère qui entoure cette histoire, et d’aller au-delà des clichés exotiques rappelant le film Kagemusha, l’ombre du guerrier d’Akira Kurosawa, histoire de samouraïs ombrageux figés dans leur code de l’honneur et de cérémonies du thé. Rendre compréhensible un monde méconnu, obéissant à des logiques et à des règles souvent assez éloignées de celles auxquelles les Européens sont habitués, et où il faut se retrouver dans une chronologie et parmi des toponymes et des patronymes où l’on n'a pas beaucoup, voire pas du tout de repère, constitue un beau défi... qui est en partie raté ici, et c’est bien dommage.

L’auteur a fait le choix de ne pas partir d’un état des lieux qui aurait familiarisé le lecteur avec l’archipel qu’il découvre, mais au contraire de se lancer d’emblée dans le récit des événements politiques et du jeu des nombreux acteurs. Il a aussi choisi de n’apporter des éléments d’explication ou d’arrière-plan destinés à éclairer la lecture qu’au fur et à mesure et de manière souvent insuffisante. Or le fossé culturel est trop large, et sans les indispensables repères sur les structures de ce Japon médiéval, sur son organisation politique, sociale et économique, sur l’héritage des affrontements de l’époque Sengoku, on perd vite pied.

Bien sûr, on comprend les grandes lignes. On comprend que Tokugawa Ieyasu, appelé le «troisième unificateur», poursuit l’œuvre d’Oda Nobunaga et de Toyotomi Hideyoshi : la restauration d’une autorité suprême et la mise au pas des différents clans et de leurs daimyo, les grands féodaux et seigneurs de la guerre, qui s’affrontaient depuis le milieu du XVe siècle. On comprend que cette pacification passe par un jeu complexe d’alliances, de réseaux de clientèles et de relations vassaliques, et que, dans une bonne logique clausewitzienne, bien avant sa formulation, les ambitions politiques pacificatrices doivent emprunter une dernière fois la voie de la guerre et du carnage.

On est surpris de l’ampleur des forces en présence, alors qu’à la même époque le roi de France peinait à aligner des armées de plus de 20 000 hommes et qu’il faudra attendre l’époque napoléonienne pour voir en Europe rassemblé un nombre de combattants équivalent à celui de Sekigahara. On est frappé par la violence des batailles, dont il n’existe pas de bilan mais qui tuaient beaucoup, et par l’hécatombe des acteurs de cette histoire. Malheur aux vaincus : pour ceux qui n’ont pas trouvé la mort sur le prés, l’élimination est généralement la règle, et pour eux comme pour leur famille, femmes, concubines et enfants compris, il n’y a pas d’autre issue que la mort, par massacre, exécution ou suicide, notamment le fameux éventrement, le sepuku. Il s’agit d’une guerre civile et d’une lutte pour le pouvoir, dans laquelle chacun sait depuis Game of thrones «qu’on gagne ou qu’on meurt».

Mais à côté de ce tableau d’ensemble malgré tout éclairant, nombre de détails risquent d’échapper au profane, et beaucoup de questions restent sans réponse, voire ne sont pas posées du tout. La manière de combattre, le système de commandement ou encore la logistique, comment on recrutait, on rassemblait et on nourrissait de telles masses, tout cela est mal expliqué. On ne sait pas sur quelles sources repose cette histoire, dont les civils sont les grands absents. Comment sont-ils touchés par la guerre et comment la population du Japon a-t-elle bien pu passer de 10 à 17 millions d’habitants entre 1450 et 1600 dans un tel contexte de guerres incessantes ?

Heureusement, le dernier chapitre constitue une bonne ouverture qui apporte à l’événement Sekigahara un recul bienvenu. Il explique comment la bataille, et ses répliques du siège d’Osaka en 1614 et de la dernière bataille à Tennôji l’année suivante, ouvrit une longue période de paix, dominée par la caste des guerriers assagis et surveillés de près par la dynastie des shoguns Tokugawa. Cette nouvelle période, connue sous le nom d’Edo, fut une époque d’isolationnisme et de fermeture presque totale à l’extérieur, et vit le basculement du centre de gravité de l’archipel de la région du Kansai à celle du Kantô, et l’essor de Tokyo qui passa en quelques générations de bourgade de pêcheurs à agglomération d’un million d’habitants. C’est à cette période également que les représentations de la société japonaise traditionnelle se mirent en place, notamment la codification de l’art du guerrier, le fameux bushido, et la figure du samouraï telle que nous nous la connaissons. Ce chapitre permet donc d’échapper à une histoire bataille en partie ratée, et de comprendre la signification de l’événement, jusque dans la culture populaire et la mémoire nationale japonaises, où il conserve l’importance que son rôle charnière explique.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 30/11/2020 )
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