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La Civilisation de l’Europe à la Renaissance
John Hale   La Civilisation de l’Europe à la Renaissance
Perrin - Tempus 2003 /  12 € - 78.6 ffr. / 677 pages
ISBN : 2-262-02032-9
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C’est sur le sentiment d’appartenance à un temps particulier, modernité se définissant par une double référence au passé, que John Hale conclut le présent ouvrage. Cette référence mêle en effet le rejet d’un passé proche, Moyen Age obscur et barbare dont le gothique serait l’expression culturelle, à l’idéalisation d’un passé antique, essentiellement romain, mais aussi grec et hébreu. Telle se définirait la Renaissance, «rinascita» selon le mot lancé à la postérité par Giorgio Vassari au milieu du XVIe siècle.

Publiée en 1993, sous le titre The Civilization of Europe in the Renaissance, parue en France cinq ans plus tard, cette remarquable synthèse est l’oeuvre d’un grand historien anglais. John Hale fut professeur à Oxford et Cornell University. Président de la National Gallery et de la Société d’Etudes britanniques de la Renaissance, il a fait également partie du conseil d’administration du British Museum et du Victoria and Albert Museum.

Cette histoire est celle d’un grand et long siècle, et d’un continent, l’Europe, dont le lecteur comprendra combien John Hale lui est attaché, busquant dans ces siècles lointains, les bribes, parfois éclatantes, de son identité culturelle. Il est vrai qu’à une époque où l’unité chrétienne est battue en brèche par l’émergence d’une confession nouvelle, la Réforme, et alors que la menace musulmane ne suffit plus à unir contre elle des Etats concurrents, le sentiment d’une « Européanité » affleure chez certains grands esprits. Erasme se dit citoyen du monde, mais d’un monde borné encore par la Méditerranée et l’Atlantique… Les Grandes Découvertes, l’émergence de mondes nouveaux, américain mais aussi africain et asiatique, aident aussi cette première sédimentation culturelle. John Hale s’en fait l’inspecteur. L’essor de la géographie, d’une curiosité tout humaniste, de la cartographie, participent à cette prise de conscience. Les échanges épistolaires, la diffusion des livres imprimés et les réseaux intellectuels qui se mettent en place, de Londres à Naples et de Lisbonne à Augsbourg, de même.

Mais l’époque est aussi celle de l’émergence de sentiments nationaux, portée par celle d’Etats bureaucratisés et centralisés, par la mise en valeur et la fossilisation de langues vernaculaires dont en France Du Bellay s’est fait le grand défenseur et illustrateur. C’est ainsi l’époque des premiers stéréotypes nationaux, des débuts de la légende noire espagnole. L’Allemand serait ivrogne et grossier, l’Anglais un diable vivant sur une île paradisiaque, l’Italien efféminé etc. C’est enfin une époque où l’Europe entre en guerre contre elle-même ; l’Italie en est le principal théâtre avant que l’Europe du nord ne s’enflamme sous la poussée de sentiments religieux antagoniques.

La division est d’ailleurs telle que le concept d’Europe finit par se contredire, et celui de Renaissance par se réduire comme peau de chagrin. John Hale l’explique d’ailleurs : cette Renaissance, loin de résumer le siècle et le continent, n’est un concept opératoire que chez une frange minime des Européens, humanistes, artistes et princes. Elle ne revêt ensuite son sens plein qu’en Italie qui en fut le foyer, l’épicentre à partir duquel des Renaissances nationales apparurent mais imparfaitement. Pour l’auteur, la Renaissance française fut avant tout littéraire, l’anglaise dramaturgique. Quant à l’Allemagne ou l’Espagne, elles n’en furent que des réceptacles relatifs.

On comprend la difficulté d’interroger toute une époque et deux siècles d’histoires, les XVe et XVIe siècles, à travers un concept à la fois si familier et discuté. John Hale réussit à nous faire prendre conscience de cette ambivalence, montrant tour à tour les changements qualitatifs et quantitatifs singularisant la période (l’humanisme, les Découvertes, la référence prégnante à l’antiquité, l’essor démographique et économique, plate-forme matérielle indispensable à ces changements) et les maintes nuances sociales, régionales et chronologiques à apporter à ces tableaux dont l’uniformité serait sinon menteuse. En trois grandes parties – Europe, Renaissance, Civilisation -, il offre le panorama le plus complet sur cette Renaissance, mêlant l’histoire politique, militaire et religieuse, l’histoire économique et sociale, l’histoire culturelle et intellectuelle. L’érudition et la clarté du propos, une plume agréable, servie pas une traduction fidèle, la présence de nombreuses illustrations que la publication en poche n’a pas sacrifiées, rendent l’ouvrage d’une lecture plus qu’agréable. Indispensable pour tout curieux de ces siècles à la fois lointains et proches, l’ouvrage de John Hale rappelle à bien des égards une autre grande synthèse française, La Civilisation de la Renaissance de Jean Delumeau (Paris, Arthaud, 2002).


Thomas Roman
( Mis en ligne le 10/04/2003 )
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