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Des curés face à la Réformation
Vladimir Angelo   Les Curés de Paris au XVIe siècle
Cerf - Histoire religieuse de la France 2005 /  49 € - 320.95 ffr. / 894 pages
ISBN : 2-204-07761-5
FORMAT : 14,5x23,5 cm

L'auteur du compte rendu : Historienne et journaliste, Jacqueline Martin-Bagnaudez est particulièrement sensibilisée aux questions d’histoire des religions et d’histoire des mentalités. Elle a publié (chez Desclée de Brouwer) des ouvrages d’initiation portant notamment sur le Moyen Age et sur l’histoire de l’art.
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La capitale de la France (plus grande ville d’Europe à cette époque), le siège principal du gouvernement, en un siècle qui voit le développement de ce schisme religieux qu’est la Réforme protestante et la réponse qui lui est apportée par le concile de Trente : comment ce contexte religieusement et politiquement troublé est-il vécu par ceux qui ont pour raison d’être d’encadrer la vie religieuse des fidèles ? Tel est le propos des travaux de thèse de V. Angelo.

Il lui a fallu se transformer en défricheur, le sujet n’ayant jamais été envisagé dans sa globalité. Il faut dire que la documentation concernant les 39 paroisses parisiennes de l’époque est complètement dispersée et de toutes façons moins riche que celle qui touche au clergé régulier ; et ajoutons que toute une partie – qui aurait été essentielle pour le sujet puisqu’il s’agit des registres paroissiaux – en a été irrémédiablement détruite dans les incendies de 1871. La minutie et l’ampleur de l’enquête menée par l’auteur de ce livre lui ont toutefois permis, en marge de la synthèse magistrale qu’il effectue, de dresser les notices prosopographiques de 407 curés parisiens, publiées in fine, d’une inestimable valeur scientifique. L’ensemble des pièces justificatives et annexes ne constitue pas moins du tiers du volume. Au fil de l’ouvrage, des plans et cartes, des tableaux permettent au lecteur de pénétrer avec lui au cœur de sa documentation.

La présentation fait le tour du sujet dans son exhaustivité, présentant d’abord les cadres de l’activité, puis l’accession à la fonction, enfin la vie du curé dans sa paroisse. Les sources utilisées sont des plus diverses : des statuts synodaux à l’inventaire des bibliothèques, des délibérations de chapitres à des recueils de sermons, en passant par des journaux-mémoires de toutes sortes.

La première question que l’on se pose, avant même d’ouvrir le livre, concerne l’attitude adoptée par le clergé paroissial dans l’ambiance religieuse troublée de l’époque. On sait que les Parisiens, en général, ne sont guère favorables à la Réforme, ce qui les amènera, en fin de siècle, à soutenir la Ligue. Si l'on connaît le cas, unique, du curé Landry, devenu protestant (et pourtant demeuré en charge), quelques autres ont été des Ligueurs acharnés. Mais de façon générale, les curés parisiens apparaissent soucieux (comme d’ailleurs le leur recommandent les statuts synodaux) d’être des exemples pour leurs fidèles, au service de leurs paroissiens et de l’unité de la religion. On comprend dès lors leur souci d’instruire les fidèles, adultes par les prônes et enfants par le biais du catéchisme. Tout le monde est attaché à la célébration de la messe quotidienne, à la solennisation des grandes fêtes, notamment par des processions. Gardiens de l’orthodoxie, ils transmettent les mandements. Toutes occasions dans lesquelles les curés se font les relais des autorités. Aucun d’entre eux, remarque V. Angelo, n’a protesté après le massacre de la Saint-Barthélémy.

À travers la logique de sa présentation, l’auteur consacre l’essentiel de son livre à cerner le personnage du curé, dans son origine sociale (la classe des notables) et géographique (majoritairement locale), ses motivations (il ne semble pas qu’on puisse parler de «vocation» au sens moderne du terme), sa formation (trois années d’études universitaires requises, même si elles ne sont pas vraiment spécialisées à cette époque sans séminaires), sa carrière (qui ressemble souvent à une course aux bénéfices). Culturellement, les curés sont des hommes instruits, mais les rayons de leurs bibliothèques sont essentiellement occupés par des ouvrages utiles à leur fonction et ils ne semblent guère curieux des nouveautés humanistes. Rares sont les plaintes sérieuses dont ils feraient l’objet, même si des conflits d’intérêts marquent assez fréquemment les relations des curés avec la fabrique de leur paroisse. Les sources manquent, par contre, pour appréhender le regard que portent les fidèles sur leur curé. Au total, les curés parisiens semblent avoir mené une vie tranquille, bien installés qu’ils sont dans leur monde et leur société. Tel est l’apport essentiel de cette thèse. Ce sont les pages peut-être les plus passionnantes du livre, parce que les plus concrètement ancrées dans la vie quotidienne, sans que ne se démentent jamais la rigueur de l’analyse et la critique des données.

Pourtant, si les curés apparaissent comme un groupe finalement homogène dans la vie de tous les jours, leurs statuts juridiques sont fort divers. Jusqu’en 1533, l’évêque de Paris ne nomme directement que 6 des 39 curés, les autres nominations relevant de divers chapitres, seigneurs, etc. On compte d’assez nombreux «curés primitifs» qui désignent à leur tour, comme desservants donc curés de fait, des «vicaires perpétuels». En fait, les divers vocables utilisés pour parler des curés rendent compte de situations historiques et juridiques très variées.

L’étude menée par V. Angelo, sans jamais céder à la généralisation hâtive, sans rien avancer qui ne soit dûment fondé, constitue une magistrale synthèse d’histoire des religions et d’histoire sociale. Les spécialistes en feront leur miel. Mais elle reste, ce n’est pas son moindre mérite, grâce à la clarté du ton et de l’exposé, accessible à tout lecteur curieux.


Jacqueline Martin-Bagnaudez
( Mis en ligne le 11/09/2005 )
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