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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Moderne  
 

Voyage dans l’Atlantide monarchique
Bernard Barbiche   Les institutions de la monarchie française à l’époque moderne - XVIIe-XVIIIe siècles
PUF - Premier cycle 2001 /  21.22 € - 138.99 ffr. / 430 pages
ISBN : 2130519407
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Atlantide engloutie en un jour par le flot de la Révolution, l’Ancien Régime fut longtemps le continent perdu de l’historiographie française. Au XIXe siècle, les derniers de nos rois étaient souvent associés à des légendes noires : Louis XIII, timide et falot, Louis XIV, despote mégalomane, Louis XV, paresseux et débauché, Louis XVI, faible et sans volonté. On est revenu de ces jugements abrupts, et le grand mouvement de "réévaluation" des règnes, entamé par Pierre Gaxotte, s’accompagne d’un renouveau de l’histoire politique de l’époque moderne, domaine où se multiplient études sociales et institutionnelles.

Des ouvrages de synthèse ont donné des interprétations d’ensemble de l’Ancien Régime. De savants traités, tel celui de Roland Mousnier, ont brossé le tableau général des institutions. Maints ouvrages étudient en grand détail tel grand personnage, telle administration, tel grand corps de l’État. Jusqu’à présent, cependant, il manquait un manuel précis et commode d’histoire des institutions. M. Bernard Barbiche, professeur à l’École nationale des chartes, comble aujourd’hui cette lacune, avec ces Institutions de la monarchie française à l’époque moderne. Disciple de M. Michel Antoine, M. Barbiche est d’abord l’homme de Sully, auquel il a consacré sa thèse et dont il a publié une première biographie en 1978, puis une nouvelle, beaucoup plus développée, avec son épouse, en 1997. Mais la palette de ses talents ne s’arrête pas au premières années des Bourbons : on l’a vu tour à tour médiéviste, avec ses Actes pontificaux originaux des Archives nationales de Paris (1198-1415), moderniste bien évidemment, notamment avec L’Édition des textes anciens, XVIe-XVIIIe siècle, et même contemporanéiste, par sa participation à l’édition des Lettres de Frédéric Ozanam. C’est dire qu’il était préparé à embrasser une longue période et en à faire ressortir les lignes de force.

D’une limpidité parfaite, le plan de son manuel part du sommet et descend les degrés de l’édifice : le roi, tout d’abord, le gouvernement du royaume, ensuite, l’administration royale dans les provinces, enfin.

L’introduction se veut une "première approche" du régime monarchique en France. Invitant le lecteur à un "effort de dépaysement", l’auteur développe quelques grandes notions qui nous sont devenues étrangères : la confusion des pouvoirs, le régime du privilège, la doctrine de l’absolutisme, le gouvernement par conseil. Sans se départir d’une extrême prudence, il propose constamment des comparaisons mutatis mutandis, des parallèles entre les institutions modernes et celles de la France contemporaine. On retrouvera ce souci tout au long de l’exposé. Dès l’abord également, on reconnaît la démarche extrêmement didactique de M. Barbiche : toujours l’exposé général précède et éclaire les développements particuliers; de manière systématique, il est fait explicitement renvoi de l’un à l’autre.

Dans la première partie, l’auteur évoque la personne du roi, la doctrine et la pratique de l’absolutisme. Il montre la distance qui sépare les discours qui exaltent l’autorité sans limite du monarque, seule source de légitimité, et une réalité plus complexe, plus mouvante, qui vit parfois le Parlement de Paris ou les États généraux s’ériger en détenteurs de la souveraineté. C’est une institution d’Ancien Régime, les États généraux de 1789, qui ont fait la Révolution. Tout absolu qu’il soit, le roi de France n’est donc point un tyran. Il doit se conformer aux exigences de la loi morale. Il est tenu par un certain nombre de "lois fondamentales". Il gouverne "par conseil".

La seconde partie traite du gouvernement de la monarchie. Elle retrace la longue et tumultueuse évolution qui mène de secrétaires suivis de quelques scribes aux puissants départements ministériels de la fin du XVIIIe siècle. Après 1661, l’"État de finance" remplace définitivement l’"État de justice" : c’est l’avènement de la monarchie administrative. Les grands serviteurs du roi s’entourent d’abord de parents et alliés; insensiblement, des familiers des ministres, on passe à leurs clients, des clients aux premiers "fonctionnaires". Les ministres passent, l’administration demeure et assure la continuité des affaires. Après une vue d’ensemble sur le gouvernement et la haute administration, l’auteur passe en revue successivement les grands officiers de la couronne, le chancelier de France, les secrétaires d’État, les différents départements, le ministériat, la polysynodie, le Conseil du roi. Dans chaque chapitre, il réserve une place importante à l’histoire des dépôts d’archives des différentes institutions et à la typologie des actes qu’elles ont produits. Ainsi l’ouvrage est-il aussi un manuel de diplomatique royale moderne, sans équivalent jusqu’à ce jour.

Dans la troisième partie, B. Barbiche étudie les agents de la monarchie dans les provinces : gouverneurs, parlements et juridictions ordinaires, administrations et juridictions financières, intendants et subdélégués. On pourra regretter qu’il ne s’arrête pas aux institutions locales : mais ç’aurait été sortir du cadre d’un manuel.

La conclusion évoque la chute de l’Ancien Régime, ses survivances et ses rémanences. Non sans malice, elle s’achève sur le "régime quasi monarchique" créé par la Ve République...

On sera reconnaissant à l’auteur d’avoir évité le pathos habituel sur les bienfaits de la monarchie aussi bien que le lamento sur ses abus et la nécessité de sa chute. Ce n’est pas non plus le lieu des interprétations brillantes mais aventurées, ou des perspectives dantesques. Tout vise à l’utilité du lecteur. Chaque chapitre se clôt sur une bibliographie commentée. Des listes, des généalogies, des tableaux synoptiques viennent résumer les questions les plus complexes : la structure des conseils, la composition des conseils du roi de 1661 à 1789, la dynastie des Phélypeaux. L’ouvrage est doté d’un utile index des noms, des lieux et des matières.

Les anciens élèves de l’École des chartes reconnaîtront aisément dans ce traité d’importants extraits du cours professé par M. Barbiche dans cet établissement. Ils y retrouveront l’attention extrême portée à la justesse du vocabulaire. Chaque phrase est ciselée, chaque mot pesé, chaque détail choisi pour être significatif.

Par leur clarté, leur rigueur, leur précision, par la richesse de l’information, les Institutions de la monarchie française sont donc destinées à devenir le vade-mecum des modernistes débutants comme des spécialistes de l’histoire politique et institutionnelle. M. Barbiche nous montre d’ailleurs quelle vaste carrière demeure à parcourir : il n’existe aucune étude de synthèse ni sur le ministériat, ni sur les gouverneurs. La dernière histoire de l’administration de la guerre remonte à 1811, celle de la polysynodie à 1928, la dernière biographie du cardinal de Fleury à 1943! Rien sur la chancellerie aux XVIIe et XVIIIe siècles, rien sur le département de la maison du roi avant 1783, etc.

Ceux qui aborderont ces sujets et, plus généralement, toute étude fondée sur les archives de l’ancienne monarchie auront avantage à toujours garder ces Institutions à portée de main : pour comprendre les sources de leurs travaux, pour construire un discours rigoureux, pour ouvrir des analyses comparatives, ils ne pourront avoir de guide plus sûr ni de meilleur modèle.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 09/08/2001 )
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