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L’autre homme en rouge
Isabelle de Conihout   Patrick Michel    Collectif   Mazarin, les arts et les lettres
Editions Monique Hayot Bibliothèque mazarine 2006 /  130 € - 851.5 ffr. / 479 pages
ISBN : 2-903824-53-3
FORMAT : 24,5cm x 31,0cm

L'auteur du compte rendu : Archiviste paléographe, Rémi Mathis est conservateur stagiaire des bibliothèques, en formation à l’ENSSIB. Il prépare une thèse de doctorat sur Simon Arnauld de Pomponne à l’Université de Paris-Sorbonne, sous la direction de L. Bély.
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Un homme d’État faisant fortune dans l’exercice de sa fonction serait aujourd’hui considéré comme concussionnaire et regardé avec la plus grande méfiance. Les politiques doivent agir pour le bien de la nation et de manière presque désintéressée, telle est l’opinion actuelle. Cela ne fut cependant pas toujours le cas. Au XVIIe siècle, Mazarin, principal ministre de 1643 à sa mort en 1661, a constitué en quelques années la plus grande fortune privée de l’Ancien Régime, estimée à 30 ou 35 millions de livres. Un ministre se devait alors de faire preuve de générosité et la splendeur de son train devait refléter le prestige et l’importance de son maître. Il n’empêche que cet enrichissement rapide – de la part d’un Italien, qui plus est – lui fut bien vite reproché : la haine dont il est l’objet pendant la Fronde y prend racine et, depuis trois siècles, la figure du rapace, avide d’argent et machiavélique en politique, domine la mémoire collective.

Mazarin n’amassait néanmoins pas de l’argent sans raison : tout au cours de sa vie, il ne cesse de collectionner, d’amasser des pièces rares, d’acheter des tableaux, d’enrichir sa bibliothèque, d’aménager son palais. Il fut sans doute l’un des plus grands collectionneurs du Grand Siècle, possédant par ricochet une influence certaine sur les arts. C’est ce prisme, celui des rapports de Mazarin avec l’art de son temps et de son influence comme collectionneur, qui a été choisi lors d’un colloque organisé par la bibliothèque Mazarine en 2002, à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance du cardinal. Les actes de ce colloque sont publiés sous la forme d’un superbe livre qui enrichit les communications savantes d’une riche iconographie.

La première partie du colloque visait à étudier les rapports de Mazarin aux arts, entendus au sens large. Jean-Claude Boyer, dans un large tour d’horizon, reprend la question de l’existence d’une politique artistique, s’appuyant notamment sur Mignard dans le domaine pictural. Car, s’insérant dans une tradition née à la Renaissance, Mazarin a réuni une très importante collection de tableaux, dont on ne connaît que rarement la localisation actuelle. Stéphane Loire, conservateur au musée du Louvre, propose ici de nombreuses identifications nouvelles. Que ce soit l’architecture (A. Cojannot ; A. Gady), la joaillerie (Ch. Raimbault), les arts d’Extrême-Orient (T. Yoshida-Takeda), rien de ce qui tient aux arts – et surtout aux arts décoratifs – n’est étranger à Mazarin, qui suit en cela le modèle des Barberini (P. Michel). Il serait néanmoins hardi de considérer que le collectionneur a eu une influence directe sur la création artistique du temps : le cardinal suit plutôt les goûts de son époque et ceux de son pays d’origine ; il est un amateur d’objets décoratifs, recherchant particulièrement les antiques et les peintres italiens du cinquecento.

La seconde partie tient largement au lieu où le colloque a été organisé : le palais de l’Institut, où se trouve encore aujourd’hui la bibliothèque Mazarine, issue des collections du cardinal, et ouverte au public depuis le XVIIe siècle. Isabelle de Conihout, co-organisatrice de la journée et conservateur en chef des fonds anciens de la Mazarine, propose ainsi une éclairante étude des reliures du cardinal en se fondant à la fois sur les catalogues rédigés par son célèbre bibliothécaire Gabriel Naudé et sur les exemplaires conservés sur place ou dans d’autres bibliothèques. Parmi les particularités remarquables de cette collection, sa richesse en livres hébreux, étudiés et décrits par B. E. Schwarzbach. De telles richesses attirent nécessairement les appétits. Françoise Hillard étudie l’échange de livres effectué en 1668 par Colbert entre la bibliothèque de Mazarin et celle du roi, au bénéfice de cette dernière.

Comparer les pratiques du cardinal à celles des amateurs de son époque (M.-P. Laffitte) est éclairant : à travers ces nombreuses études, c’est l’histoire d’un goût qui est étudié ou, plus profondément encore, l’histoire des rapports entre un goût personnel, la politique menée par Naudé, la question de la mise en valeur de soi par la collection et des pratiques patrimoniales du Grand Siècle. La question est d’autant plus intéressante dans le cas d’un Mazarin qui est lui-même souvent mis en scène dans des ouvrages : le livre est autant le gardien de la mémoire de Mazarin que la cardinal était le gardien de ses collection bibliophiliques. Véronique Meyer étudie ainsi les thèses qui lui sont dédiées tandis que des études iconographies s’intéressent à son rôle dans la création de certaines images et représentations (Y. Loskounoff, H. Ziegler, E. Coquery).

Enfin, un troisième axe de recherches étudie non plus Mazarin vu par ses contemporains mais par ses arrières-neveux, du XVIIe siècle à nos jours. Ce travail, déjà effectué pour Richelieu ou pour Sully, est toujours d’un grand intérêt pour mettre en perspective notre propre vision d’un homme et mieux comprendre l’historiographie qui s’y rapporte. L’Italien est à cet égard exemplaire, haï pendant longtemps, il apparaît dans le meilleur des cas comme le pâle épigone de Richelieu, dans le pire comme un machiavélique personnage, despote et hypocrite, qui a corrompu l’esprit du jeune Louis XIV – la Fronde pesant particulièrement lourd dans la mémoire que l’on conserve de sa politique. Ce n’est que Cheruel, à la fin du XIXe siècle, qui commence à réhabiliter son action politique. Mais au XXe siècle même, les préjugés ont la vie dure, d’autant que le cardinal fait l’objet de fréquentes biographies de vulgarisation qui raniment régulièrement les idées reçues à son sujet. La floraison d’études a cependant permis une plus neutre évaluation du rôle du second cardinal, et les présents actes de colloques contribuent à mieux fixer certains de ses traits.

Nous ne pouvons citer toutes les contributions publiées dans ce très beau Mazarin, les arts et les lettres. Mais toutes concourent à préciser l’image du cardinal. De très belles études sur le rôle diplomatique, sur la politique, sur l’argent de Mazarin avaient déjà largement nuancé l’appréhension que l’on avait pu avoir de son action. Ce livre éclaire une autre face d’un cardinal complexe et multiforme en précisant son rapport aux arts de son époque et à la notion de collection. Il met par la même occasion en lumière les fécondes pistes de recherche qui restent à suivre.


Rémi Mathis
( Mis en ligne le 06/06/2008 )
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