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La science des villes
Bernard Lepetit   Christian Topalov   La Ville des sciences sociales
Belin 2001 /  19.69 € - 128.97 ffr. / 409 pages
ISBN : 2701129591
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La ville est devenue, dans les années 1980, un objet d’étude à la mode. Par une sorte de résurgence des pathologies urbaines qui avaient marqué le XIXe siècle, les "cités", les "quartiers sensibles" ont soudain attiré l’attention des historiens, des sociologues, des hommes politiques, des travailleurs sociaux, suscitant de nouvelles interrogations sur un sujet pourtant ancien.

Mais, au-delà de ce regain d’intérêt purement conjoncturel, qui pourrait justifier à lui seul une réflexion rétrospective, la recherche urbaine est aussi considérée par de nombreux spécialistes - c’est le point de vue de Bernard Lepetit et Christian Topalov, les coordonnateurs de ce volume - comme une discipline à part entière, certes souvent marginale par rapport à ses grands domaines de rattachement (l’histoire, la sociologie, la géographie), mais méritant de faire l’objet d’interrogations et de confrontations pour elle-même, à des fins épistémologiques. Il est ainsi loisible de s’interroger sur les méthodes, les approches, les "lois" qui tout au long du XXe siècle ont été finalement dégagés par les chercheurs, quelle que soit leur origine, qui ont travaillé sur la formation, l’évolution ou encore le fonctionnement des villes.

Comme méthode d’enquête, Bernard Lepetit et Christian Topalov ont choisi, selon la logique de séminaire, de faire appel à des spécialistes venus de différents pays et de différentes disciplines, chacun présentant son point de vue sur l’œuvre majeure de l’un de ses grands prédécesseurs. Il est difficile de trouver un point commun entre les auteurs étudiés, de Marcel Poëte à Louis Chevalier, en passant par les bien oubliés Manuel Castells et Francis Godard, maîtres de l’analyse marxiste à l’époque du "programme commun". Tout au plus peut-on noter qu’il s’agit le plus souvent d’auteurs ayant acquis une dimension « mythique » dans le champ historiographique, au cours des dernières décennies, et que, par conséquent, une bonne partie des analyses déployées à leur sujet consiste précisément à réduire celle-ci à néant, par une approche contextualiste mettant en avant la particularité de l’œuvre dans le parcours de son auteur, l’incompréhension qui suivit sa réception et, paradoxalement, n’est pas sans lien avec sa fortune critique a posteriori. A la lecture de l’ensemble du volume, on ne peut finalement s’empêcher de se demander si la renommée d’un ouvrage scientifique échappe aux stratégies de légitimation mises en évidence par Pierre Bourdieu dans le domaine littéraire.

Mais cette interrogation sous-jacente sur la nature et le devenir de la recherche scientifique ne doit pas dissimuler un des intérêts, certes moins intellectuel, mais peut-être aussi plaisant de La ville des sciences sociales, qui est celui de permettre la relecture critique de grands textes, lointains ou familiers de l’analyse urbaine. Il est intéressant de confronter l’approche des sociologues dont les "lois", à l’époque scientiste, ou les "catégories sociales", aujourd’hui, ont toujours tendance à négliger un peu trop les particularités des lieux ou des époques à celle des géographes, comme Walter Christaller, auteur de la théorie des "lieux centraux", qui maîtrisent avec brio l’espace et conceptualisent les relations qui s’y nouent, ou des historiens qui, au terme d’un travail de source ou d’érudition souvent microscopique, sont souvent dans l’impossibilité de tirer des conclusions générales de leur travail. L’analyse des ghettos, publiée par Louis Wirth à Chicago en 1928, montre la difficile transposition aux États-Unis d’un concept tiré de l’Europe centrale au tournant du siècle. Celle de Monopolville, de Manuel Castells et Francis Godard manifeste l’intérêt d’une analyse marxiste de la ville par la variété des phénomènes qu’elle prend en compte tout en faisant apparaître à quel point son "projet global" a un caractère sommaire qui laisse de côté ce que Dominique Lorrain appelle "une sociologie des acteurs et des interactions".

On ne saurait finalement trop conseiller au jeune chercheur, soucieux d’inscrire sa recherche dans le "champ scientifique", de lire cet ouvrage, dans lequel il trouvera de nombreuses réponses aux questions qu’il convient de se poser sur la méthode à adopter avant d’entamer tout travail de recherche urbaine.


Jean-Philippe Dumas
( Mis en ligne le 10/08/2001 )
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