L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 9 décembre 2019
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 
Dossier Jean MOULIN
La Résistance sacrifiée.
Jean Moulin
Vies et morts de Jean Moulin
Colonel Passy
Nous étions faits pour être libres
Jean Moulin
L'Affaire Jean Moulin - Trahison ou complot ?

Libération-Nord
Alya Aglan   La Résistance sacrifiée. - Histoire du mouvement Libération-Nord
Flammarion - Champs 2006 /  10.50 € - 68.78 ffr. / 323 pages
ISBN : 2-08-080151-1
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en janvier 1999 (Flammarion).

L’auteur du compte rendu : Eric Alary, Docteur ès Lettres en Histoire de l’IEP de Paris, agrégé d’histoire, est professeur en Lettres et en Première Supérieures au lycée Camille Guérin (Poitiers) ; il est également chercheur associé au Centre d’Histoire de Sciences Po et au CRHISCO/ Université Rennes II.

Imprimer

Alors que l'année 1999 marquait le centenaire de la naissance de Jean Moulin, le livre publié par Alya Aglan venait à point nommé pour réfléchir différemment sur l'histoire des grands mouvements de la Résistance française. Jusqu'alors, seuls Dominique Veillon (Franc-Tireur), Laurent Douzou (Libération-Sud) et Olivier Wieviorka (Défense de la France) s'étaient livrés au redoutable exercice d'investir l'histoire souvent enchevêtrée des mouvements de la Résistance.

Le mérite d'Alya Aglan fut de poursuivre dans cette direction à propos d'un mouvement de zone occupée, le mouvement Libération-Nord. Et dans ce domaine, la recherche reste d'autant plus périlleuse que la nature clandestine des mouvements et des réseaux de la Résistance à légué peu de sources documentaires aux historiens. En outre, la fermeture des archives publiques a longtemps pesé.

Pour autant, Alya Aglan a réuni un corpus archivistique fort important, à commencer par le recueil du témoignage direct de Christian Pineau, le principal fondateur de Libération-Nord. Les sources écrites qui nourrissent l'étude sont pour la plupart inédites (archives du B.C.R.A., archives privées des principaux leaders syndicaux et politiques du mouvement, archives de la C.G.T. clandestine, etc.). A nouveau, l'histoire d'un mouvement éclaire les conséquences de la double instrumentalisation - gaulliste et communiste - des années noires, après la Seconde Guerre mondiale. L'ouvrage d'Alya Aglan nous apprend que Libération-Nord n'était pas un mouvement de second rang; sa construction et ses objectifs montrent a contrario des hommes de premier plan, désireux de politiser toujours plus leur mouvement et souhaitant perdurer après l'occupation.

La première étape de la vie du mouvement est constituée par la rédaction fort bien enlevée d'un journal, dont les rédacteurs - issus pour l'essentiel de la S.F.I.O., de la C.G.T. et du syndicat chrétien C.F.T.C.- avaient la plume très vive et fort efficace. Robert Lacoste et Christian Pineau - le futur "Francis" - des "cégétistes" issus du syndicalisme fonctionnaire et bancaire, s'évertuaient, dès novembre 1940, à s'opposer fermement au régime de Vichy. Christian Pineau a rédigé les soixante-dix premiers numéros du journal, dès le mois de décembre 1940 (par comparaison, le premier numéro de Défense de la France ne paraît que le 14 juillet 1941). On remarquera combien le discours des premiers temps de Libération-Nord sur ses activités et ses desseins était en grand décalage par rapport à la réalité. L'anticipation était un maître-mot alors que, fin 1940, le mouvement n'était composé que d'un maigre noyau.

Mais comme dans les autres mouvements, le recrutement de nouveaux personnages et le travail avec d'autres mouvances aboutit à des rivalités grandissantes; c'est le cas entre Christian Pineau et Jean Cavaillès. Le premier, chef du mouvement Libération-Nord, pensait qu'il fallait laisser en second plan les activités paramilitaires, ce qui irritait profondément le second. On observera la montée en puissance du mouvement de Christian Pineau et la force avec laquelle il est parvenu à tisser un réseau interrégional de premier plan, sans oublier les liaisons avec la résistance extérieure à Londres. Au reste, Christian Pineau fut le premier chef de mouvement à faire le voyage de Londres, en mars 1942. A son retour, il devient le simple chef d'un réseau de zone sud; la rencontre avec de Gaulle a réduit ses intentions de fédérateur. C'était à Jean Moulin que la mission incombait. Toutefois, le mérite de Christian Pineau a été de donner au général de Gaulle les premières informations sur les mouvements de la Résistance intérieure française. En outre, il est revenu de Londres avec un Manifeste politique (p. 146 et s.) qui avait reçu au dernier moment l'aval du chef de la France Libre.

L'ouvrage de Alya Aglan donne aussi à lire des parcours d'hommes moins connus, mais dont le rôle a été très important dans la réussite du mouvement: Victor Vandeputte, François Chevalme, Gaston Tessier, Henri Ribière, etc. Tantôt ils appartenaient à l'ancienne génération de syndicalistes tantôt à la nouvelle mouvance, dont Pineau et Lacoste étaient les fers de lance.

Outre les réticences de Jean Moulin à l'égard de Christian Pineau - jugé trop "laxiste" -, l'auteur détaille avec soin les séquences successives qui conduisent Libération-Nord à bâtir des ramifications nombreuses pour lutter contre les occupants grâce au renseignement, à la création des réseaux "Phalanx" (zone sud) et "Cohors" (zone nord), à l'organisation de maquis à partir de 1943 et enfin par l'intermédiaire de la lutte armée. Mais la ligne de conduite initiale n'est jamais oubliée en chemin : l'action politique devait toujours primer.

Au total, après la Libération, la déception est à la hauteur des espoirs nourris pendant la clandestinité. L'après-guerre a déçu les "anciens" du mouvement. En 1943, Libération-Nord a refusé de fusionner avec les MUR. Les dirigeants du mouvement pensaient que la fusion entre les mouvements et les partis politiques était préférable. Libération-Nord adhéra in fine à l'UDSR; en 1947, le bureau national du parti ne comprenait déjà plus aucun membre du mouvement de l'ancienne zone occupée. Les politiques avaient pris le dessus sur les résistants. Ceux-ci ne pourraient donc plus insuffler aux gouvernants l'esprit de leur résistance, germé dans le terreau syndicaliste.


Éric Alary
( Mis en ligne le 26/01/2006 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd