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Dossier Jean MOULIN
La Résistance sacrifiée.
Jean Moulin
Vies et morts de Jean Moulin
Colonel Passy
Nous étions faits pour être libres
Jean Moulin
L'Affaire Jean Moulin - Trahison ou complot ?

A propos du livre de Daniel Cordier
Daniel Cordier   Jean Moulin - La République des catacombes
Gallimard - La suite des temps 1999 /  29.77 € - 194.99 ffr. / 999 pages
ISBN : 2-07-074312-8
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Fondée sur une très importante documentation archivistique et sur l'extraordinaire expérience clandestine de Daniel Cordier, couronnant vingt années de recherche, La République des catacombes fera date dans l'historiographie de la Résistance française.

La première nouveauté de cette savante biographie de Jean Moulin est constituée par les développements portant sur la période qui va du début janvier 1942 à la fin juin 1943. La mission Rex y est détaillée, qui aboutit à la fusion des trois principaux mouvements de la zone sud au sein des Mouvements unis de Résistance, à la création des services communs, à la fondation de l'Armée secrète sous les ordres du général Delestraint, à la première réunion, enfin, le 27 mai 1943, du Conseil national de la Résistance. Daniel Cordier ne cache rien des débats qui agitèrent la Résistance intérieure, du manque chronique de moyens et de liaison avec Londres, des querelles entre responsables de la France combattante. Il permet ainsi de mesurer pleinement l'oeuvre essentielle accomplie par Jean Moulin.

L'étude consacrée aux mois séparant l'affaire de Caluire des journées de la Libération de Paris est également fort intéressante : silence presque total de Londres et d'Alger à propos de la succession de Moulin au long de l'été 1943; rivalité passionnée de Pierre Brossolette et Claude Serreulles au cours de l'automne suivant, sur fond de répression terrible; intermède hivernal de Jacques Bingen après le rappel de Brosselette et Serreules à Londres; tentative d'émancipation de la Résistance intérieure finalement mise au pas par le général de Gaulle jusqu'au rétablissement de la légalité républicaine.

Dans une troisième partie, Daniel Cordier revient sur la tragédie de Caluire, soulignant au passage l'importance du mystère dans la perpétuation d'une mémoire. Il expose l'enchaînement fatal qui aboutit à la catastrophe du 21 juin 1943, détaille ce qu'il appelle "l'affaire Hardy", présente les deux procès de l'ancien militant de Combat, et conclut, "en son âme et conscience", à la trahison de Hardy. Suit une intéressante réflexion sur la place occupée par Moulin dans la mémoire collective. Non content de réfuter nettement les thèses avancées en son temps par Henri Frenay, Daniel Cordier examine ainsi les modalités d'élaboration de la mémoire française des années sombres, depuis la fin de la guerre.

On pourra toutefois regretter qu'en se cantonnant volontairement à la Résistance des chefs, le biographe de Moulin n'évoque qu'incidemment ce qu'il nomme lui-même la "Résistance des militants", celle des dissidents anonymes dont l'action fut pourtant tout à la fois essentielle et décisive.

Par ailleurs, oscillant entre son ambition biographique première et la tentation englobante liée à la nature même de l'action du fondateur du CNR, Daniel Cordier présente une histoire de la Résistance trop exclusivement centrée autour de ce dernier. Nombre d'événements, décisions ou querelles sont ainsi rapportés à un parcours certes exceptionnel mais auquel il demeure impossible de résumer la Résistance française.

Tout à sa défense du "pauvre roi supplicié des ombres" (discours d'André Malraux au Panthéon le 19 décembre 1964), il en vient également à traiter de manière souvent peu amène ceux qui, à un moment ou à un autre, s'opposèrent à Moulin. Ainsi d'Yvon Morandat, Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de la Vigerie, André Philip, le colonel Passy et quelques autres personnages plus ou moins éminents des Résistance intérieure et extérieure.
Mais la palme en la matière revient incontestablement à Pierre Brossolette. Le portrait qu'en dresse l'ancien secrétaire de Jean Moulin apparaît injustement accablant. Normalien devenu journaliste de renom, proche de Léon Blum, farouche opposant aux accords de Munich puis dissident de la première heure, analyste lucide de la France vaincue et de la Résistance naissante, Brossolette rejoignit Londres en avril 1942. Après une première mission clandestine réussie, il devint numéro deux des services secrets de la France combattante à l'automne suivant. Au long de sa mission Brumaire de l'hiver 1943, il coordonna les activités civiles et militaires des cinq principaux mouvements de Résistance de la zone nord. Candidat malheureux à la succession de Moulin après Caluire, il revint en France à la mi-septembre pour une troisième mission à l'issue de laquelle il fut arrêté. Torturé, il se suicida pour ne pas parler. Dense et complexe, parfois effectivement critiquable, son parcours fait de lui, incontestablement, un acteur majeur de la Résistance française.

Pourtant, rien de ce que Pierre Brossolette entreprit ne trouve grâce aux yeux de Daniel Cordier. Au contraire, ses propos et ses actes sont le plus souvent décortiqués avant d'être retournés contre leur auteur. Ainsi de sa fructueuse mission de l'été 1942 ou de son action du BCRA. Que dire également du traitement réservé à la lettre passionnée mais critique qu'il adressa à Charles de Gaulle le 2 novembre 1942, qui montre à la fois sa lucidité et son courage politique? Au passage d'ailleurs; l'ancien secrétaire de Jean Moulin oublie son sacro-saint principe de privilégier l'analyse historique fondée sur des textes contemporains des événements à partir de souvenirs reconstitués ou de témoignages oraux. Par ailleurs, en ne considérant qu'un petit nombre des écrits de Brossolette le plus souvent sortis de leur contexte, au détriment de la plupart de ses autres textes et contacts politiques, en passant notamment sous silence la persistance de son engagement progressiste, Daniel Cordier simplifie sa pensée, et, fait de lui, à tort, le concepteur d'une sorte de "gaullisme idéologique". Le traitement de la mission Brumaire est également sans appel. L'homme d'Etat Moulin y est en effet opposé à un Brossolette arriviste, incapable de s'imposer aux chefs de mouvements et dupe de la stratégie communiste. Or, l'analyse que Brossolette développa, et les solutions qu'il mit en oeuvre, furent d'abord fondées sur sa bonne connaissance de la Résistance en zone nord et sa conviction aussi réfléchie que pragmatique de servir au mieux l'entreprise résistante.

Le talent du chantre des "Soutiers de la gloire" devenu l'un des hérauts de la Résistance est quant à lui largement passé sous silence. Pierre Brossolette se voit ravalé au rang d'un piteux "Prométhée", devenu presque dangereux pour le combat des ombres. Paradoxalement toutefois, en soulignant sa présence et son influence lors de chacun des grands débats qui émaillèrent le développement et la coordination de la Résistance française, Daniel Cordier achève de l'installer dans la position de seul grand rival du fondateur du CNR...

Acteur devenu historien, l'ancien secrétaire de Jean Moulin redescend donc, par moments, dans la mêlée, au fil de passions et d'engagements manifestement toujours intacts après plus de cinquante années. Il illustre ainsi les difficultés qui guettent tout biographe, malgré ses années de travail. La République des catacombes démontre également, s'il en était encore besoin, que les conflits de mémoire trouvent d'abord leur source dans les événements eux-mêmes, avant toute éventuelle manipulation postérieure aux faits. Au final toutefois, le principal mérite de ce beau livre demeure bien de proposer une véritable thèse, à la mesure de l'extraordinaire histoire de l'armée des ombres.


Guillaume Piketty
( Mis en ligne le 13/05/1999 )
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