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Une politique positiviste
Auguste Comte   Catéchisme positiviste - & Appel aux conservateurs
Editions du Sandre 2009 / 

- Auguste Comte, Catéchisme positiviste, édition établie et présentée par Frédéric Dupin, Editions du Sandre, 2009, 412 p., 36 €, ISBN : 978-2-358-21017-1.

- Auguste Comte, Appel aux conservateurs, édition établie, annotée et présentée par Frédéric Dupin, Éditions du Sandre, 2009, 292p., 29 €, ISBN : 978-2-358-21016-4.


L'auteur du compte rendu: Chercheur au CNRS (Centre d'analyses et de mathématiques sociales - EHESS), Michel Bourdeau a publié divers ouvrages de philosophie de la logique (Pensée symbolique et intuition, PUF; Locus logicus, L'Harmattan) et réédité les conclusions générales du Cours de philosophie positive (Pocket) ainsi que l'Auguste Comte et le positivisime de Stuart Mill (L'Harmattan).

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Qu’il existe une politique positive — ou, si l’on préfère, que le positivisme ait aussi été une philosophie politique —, l’idée, encore inconcevable pour beaucoup, commence à faire son chemin, ou plutôt à ressurgir car il fut un temps où elle était familière. Ces deux publications nous en fournissent un indice supplémentaire, en même temps qu’elles permettent de saisir sur le vif le pouvoir tout à la fois attractif et répulsif qui semble comme la marque de fabrique de ladite politique. A commencer par les titres : Catéchisme positiviste, Appel aux conservateurs ! Comte n’avait décidément pas le sens de ce que l’on appelle aujourd’hui la communication et il fallait une bonne dose de courage à l’éditeur et à Frédéric Dupin pour décider de rendre de nouveau accessibles les deux ouvrages. Un instant de réflexion suffit pourtant pour corriger ce premier mouvement : Comte est tout simplement de son temps. Dans un cas, Volney publie un Catéchisme du Citoyen, Saint-Simon un Catéchisme des industriels, Engels un Catéchisme communiste ; dans l’autre, c’est en déclarant que «la république sera conservatrice ou ne sera pas» que Thiers réussira en 1871 à sortir notre pays du chaos.

Les deux ouvrages datent des dernières années de la vie de leur auteur. Jusqu’alors, Comte, qui avait choisi comme devise «ordre et progrès», avait toujours recruté ses disciples parmi les progressistes. Ses cours d’astronomie populaire l’avaient mis assez tôt en contact avec le prolétariat parisien, et il avait participé avec enthousiasme à la révolution de 1848. Mais il avait été déçu de voir les ouvriers se détourner du positivisme pour s’engager à la place dans la voie du socialisme. Ce n’est donc que de guerre lasse qu’il se résolut, en 1855, à lancer cet Appel aux conservateurs. Quant au Catéchisme, il avait été composé trois ans plus tôt, pour offrir aux masses populaires un exposé d’ensemble de la nouvelle philosophie.

Les deux textes se complètent puisque, nous dit l’auteur, l’un s’adresse aux gouvernés et l’autre aux gouvernants. Si les révolutionnaires, apprend-on dans ce dernier ouvrage, sont «les plus arriérés de tous les occidentaux», c’est qu’ils ne s’aperçoivent pas que la révolution est faite et qu’il ne s’agit plus désormais que d’en consolider les acquis. Pour la même raison, la politique appartient maintenant aux conservateurs, eux qui ne sont ni rétrogrades ni anarchistes. Il ne leur manque qu’une doctrine, et c’est ce que le positivisme vient leur apporter. Après l’avoir résumée de façon très rapide, l’ouvrage précise la conduite qu’ils doivent adopter tant envers les révolutionnaires qu’envers les rétrogrades : calmer l’impatience des uns en accomplissant des améliorations immédiates dont la tendance rénovatrice n’est pas douteuse ; rassurer les autres en garantissant que les réformes radicales seront convenablement préparées. La conclusion reprend alors les principales propositions du dernier chapitre du Système de politique positive : introduction d’un système de commémoration sociale dont le calendrier positiviste a jeté les bases, division de la France en 17 «intendances», création d’une République Occidentale pour satisfaire l’aspiration des peuples européens à une homogénéité politique.

S’adressant au grand public, le Catéchisme, lui, offre un exposé complet et systématique du positivisme ; et si l’image qui en ressort est fort différente, pour ne pas dire aux antipodes, de celle qui a cours aujourd’hui, c’est que l’auteur, comme il le dit lui-même, a suivi tour à tour deux carrières, celle d’Aristote puis celle de Saint Paul, et qu’après avoir transformé, dans la première, la science en philosophie, il a, dans la seconde, transformé la philosophie en religion. Encadrées par une théorie générale de la religion et par une histoire générale de la religion, les trois parties sont ainsi consacrées à la présentation du dogme, du culte puis du régime (c’est-à-dire de ce qui touche à la pratique, notamment la morale et la politique). Chaque fois, l’exposé commence par une vue d’ensemble, suivie de deux temps : l’ordre extérieur, puis humain, dans le premier cas, le culte (ou le régime) privé puis public dans les deux autres.

Appel n’avait jamais été réédité et, ne serait-ce que pour cette raison, il faut être reconnaissant aux éditions du Sandre de l’avoir rendu enfin accessible. Mais l’ouvrage risque de n’intéresser que le spécialiste. Il en va tout autrement du Catéchisme, qui a d’ailleurs été régulièrement réédité au vingtième siècle. Ce succès s’explique aisément. Si, pour introduire à la pensée de Comte, rien ne remplace le Plan des travaux scientifiques nécessaires à la réorganisation de la société de 1822, l’écrit de 1852 offre un exposé court, clair et complet de la seconde philosophie de son auteur, où la première est partiellement conservée, puisque le dogme est constitué par les principaux résultats de la science, que la sociologie est chargée de résumer (faut-il préciser que Comte se fait de cette dernière une idée fort éloignée de ce qui porte le même nom aujourd’hui ?). La place centrale est occupée par l’idée d’Humanité, qui vient se substituer à celle de Dieu, et qu’il s’agit de connaître (le dogme), d’aimer (le culte) et de servir (le régime).

Ce qui précède suffit à faire entrevoir ce que les derniers ouvrages de Comte peuvent avoir de déconcertant, pour ne pas dire de choquant. Caractère politiquement très incorrect de beaucoup de positions adoptées, quand ce ne sont pas des contre-vérités flagrantes comme «l’homme devient de plus en plus religieux» ; style sentencieux, affecté, de ce dialogue entre un prêtre et une femme (c’est-à-dire entre Comte et Clotilde de Vaux, à qui, après une «année sans pareille» et sa disparition prématurée, il avait voué un culte obsessionnel) : il y a là tout ce qu’il faut pour rebuter parfois jusqu’aux meilleures volontés. Mais celui qui voudra bien surmonter cette première impression en sera récompensé. Certaines des positions surprennent par leur audace et leur modernité, comme cet appel «pour que les Arabes expulsent énergiquement les Français de l’Algérie». Et l’on ne peut nier à Comte le sens des formules. Ainsi, la religion se voit assigner comme but de «lier le dedans par l’amour et le relier au dehors par la foi» ou plus brièvement de régler le dedans par le dehors, étant entendu que «l’amour nous conduit d’abord à la foi, tant que l’essor demeure spontané. Mais, quand il devient systématique, on construit la foi pour régler l’amour». Quant au gouvernement, sa fonction se résume à «contenir les divergences et développer les divergences».

Ce qui touche à la religion illustre à merveille la façon dont Comte nous est à la fois extrêmement proche et extrêmement lointain. Il faut en effet bien admettre qu’il n’a toujours pas réussi à convaincre et que l’idée d’une religion sans dieu continue à nous apparaître scandaleuse. Et pourtant, si on veut bien prendre la peine d’y réfléchir, non seulement il n’y a rien là de contradictoire, mais qui sait si ce ne serait pas ce dont nous aurions besoin ? Alors que l’on voit le fanatisme religieux se développer et attiser la haine un peu partout sur la planète, ne serait-il pas temps de réactiver les efforts entrepris pour poser les bases d’une morale laïque ? Sur ce point, il devrait être possible de trouver une base d’entente assez solide et assez large. Durkheim et Lévy-bruhl l’avaient bien compris, eux qui demandaient à la sociologie de nous aider à trouver une morale. Un lecteur anticonformiste trouvera là matière à réflexion ; et le dépaysement est garanti.


Michel Bourdeau
( Mis en ligne le 14/04/2009 )
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