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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Mao, objet culte
Claude Hudelot   Guy Gallice   Le Mao
Rouergue 2009 /  52 € - 340.6 ffr. / 472 pages
ISBN : 978-2-8126-0042-5
FORMAT : 21,7cm x 24,8cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Le culte de la personnalité… avec le système de terreur, il s’agit sans doute de l’un des marqueurs les plus sûrs du totalitarisme tant le façonnement de l’homme nouveau – dessein récurrent des régimes totalitaires – suppose à la fois un modèle et un artisan (le combattant suprême, grand timonier, führer, duce, petit père des peuples…) autant qu’un instrument (la terreur ou la foi, selon la terminologie définie par Raymond Aron). A l’heure où la Chine populaire célèbre son entrée dans la soixantaine, ce Mao, consacré à celui qui a su chausser les bottes des empereurs anciens et faire de la Chine millénaire un terrain de jeu personnel, surprendra probablement ses lecteurs. Collection hétéroclite, mais vaste, d’objets consacrés au dictateur, il offre un tableau riche, et pointilliste, de ce que peut produire le culte d’un individu avec un empire pour décor.

Dans la foulée du récent ouvrage de Jean Marie Goulemot, consacré à un autre culte, celui du «petit père des peuples», cet ouvrage, somptueusement illustré, entraîne le lecteur – partagé entre l’amusement et l’écoeurement – dans une nébuleuse d’objets, de photographies, de représentations, de mises en scènes… consacrées à Mao Zedong, le «grand timonier». 800 pièces (objets divers, porcelaines, illustrations, tissus, photographies, peintures, statues, badges commémoratifs, théâtre, architecture même), réparties en 16 chapitres, et dédiées à une seule icône, à un dieu unique et monstrueux : Mao. Un leader dont on retrace, en parallèle, les divers épisodes de la vie et qui aura, tel Moloch, dévoré nombre de ses partisans comme de ses adversaires. Des épisodes de l’enfance, puis de la longue marche, jusqu’à la révolution culturelle, avec, en point de mire, les réinterprétations contemporaines, doucement iconoclastes, c’est une icône qui est ici dévoilée, pour la vénération des uns et l’effarement des lecteurs.

La présentation, jouant sur les couleurs du drapeau chinois (rouge et or) est très soignée : chaque pièce est présentée en pleine page couleurs, avec un commentaire succinct mais solide. Chaque chapitre fait l’objet d’une introduction qui reprend les pages de l’histoire chinoise, et décrypte les objets pour les rendre lisibles/accessibles au lecteur occidental, même ignorant de l’histoire chinoise récente. Les photographies de Guy Gallice, très attentives aux objets, se mettent au service d’une collection impressionnante, réunie par Claude Hudelot, sinologue, ancien attaché culturel français à Pékin, et par ailleurs l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à la Chine et à Mao. Ces deux passionnés livrent ainsi un ouvrage de passionné, qui découvre une Chine autre, tout aussi exotique, mais inquiétante ou amusante.

L’ouvrage s’adresse déjà aux historiens, qui y découvriront un continent et l’illustration matérielle de ce que peut produire le totalitarisme le plus délirant sur une population à l’histoire pourtant ancienne. Il faut relire, en parcourant ce livre, les pages pénétrantes qu’a consacrées à maintes reprises le grand sinologue Simon Leys à la Chine maoïste (notamment Les Habits neufs du président Mao) et au culte de la personnalité. La démonstration n’en sera que plus éclairante, celle d’un culte de la personnalité qui franchit aisément les frontières de l’absurde et hisse le totalitarisme à des niveaux auxquels seules quelques religions peuvent prétendre.

Il s’adresse également aux amateurs de la Chine, et d’art chinois, un art investi/pollué par la politique, détourné au service de la figure du dictateur… mais un art qui demeure, et la facture de certains objets témoigne d’un sens de l’esthétique, du beau, même un peu kitsch. Et enfin, il s’adresse donc aux amateurs d’art, en leur offrant à la fois une vision – impressionniste – de l’art au service de la politique, mais également des détournements possibles (dans le dernier chapitre) de l’icône Mao. Un bel ouvrage, dans une présentation originale et très réussie, qui ne convertit certes pas au maoïsme, mais devrait inciter à découvrir la Chine derrière l’arbre Mao.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 22/09/2009 )
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