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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

De l'identité politique française
Michel Winock   Le XXe siècle idéologique et politique
Perrin - Tempus 2009 /  11 € - 72.05 ffr. / 535 pages
ISBN : 978-2-262-02892-3
FORMAT : 11cmx18cm
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Il peut paraître superflu de présenter Michel Winock, l'un de nos principaux spécialistes de la vie politique française aux XIXe et XXe siècles. Rappelons tout de même que cet érudit historien des idées, à qui l'on doit, entre autres, Le Siècle des intellectuels ou les biographies de grands hommes comme Pierre Mendès France et Clémenceau, a depuis plus de trente ans le souci de rendre accessible la recherche historique au plus grand nombre, sans pour autant jamais céder sur l'exigence. En infatigable pédagogue, il multiplie les conférences et publie régulièrement dans la revue L'Histoire, qu'il a d'ailleurs cofondée en 1978. Ainsi, après avoir en 2003 rassemblé une partie de ses écrits dans La France politique aux XIXe et XXe siècles, il nous propose aujourd'hui, dans Le XXe siècle idéologique et politique, de lire ou relire vingt-cinq de ses articles, écrits entre 1983 et 2008.

Vingt-cinq articles écrits indépendamment les uns des autres, mais qui, par un rigoureux classement par thèmes, permettent une traversée quasi exhaustive de la vie politique française au XXe siècle. A tel point que l'ouvrage peut aussi bien être feuilleté comme on le ferait d'un dictionnaire, au gré de ses recherches, que se lire d'une traite, dans l'ordre des chapitres choisi par l'auteur, en prenant le risque d'oublier qu'il s'agit là d'articles écrits parfois à vingt ans d'intervalle...

C'est là le talent de Winock que de parvenir, de façon très pédagogique, à démêler les fils d'une histoire politique qui se perd entre les multiples partis, mouvements et idéologies, et à en rendre parfaitement limpides les débats, restitués dans leur contexte et éclairés par leurs origines. Alors que la question de «l'identité nationale» est revenue depuis peu sur la scène médiatique, Michel Winock apporte quant à lui sa vision de l'identité politique de la France, en regroupant ses articles en trois thèmes principaux.

Il commence avec dix articles retraçant l'histoire des grandes idéologies qui se sont affrontées au cours du XXe siècle, la démocratie, le communisme et le fascisme. Pour Winock, il s'agit d'être précis dans les termes qu'on emploie : en étudiant l'origine historique et l'évolution des grands courants, l'auteur réussit à définir assez précisément et de manière aussi restrictive que possible des termes trop souvent utilisés à tort et à travers, parfois même galvaudés, comme «totalitarisme», «nationalisme» ou «fascisme».

Des définitions qui sont indispensables pour se faire une idée de la façon dont s'est développée en France l'idée nationale, qui fait l'objet de la deuxième partie de l'ouvrage. Ainsi, pour prendre l'exemple du fascisme, allant en cela à l'encontre de chercheurs comme le sociologue Michel Dobry et l'historien américain Robert Soucy, qui en proposent chacun une définition très large, Winock démontre que la description rigoureuse du phénomène permet d'en exclure la France. Pour lui, l'analyse précise des divers mouvements d'extrême-droite que connut la France au XXe siècle, depuis les ligues nationalistes des années trente comme Les Croix de Feu du colonel La Rocque, jusqu'au Front National de Jean-Marie Le Pen, montre qu'aucun ne peut être stricto sensu qualifié de fasciste. En revanche, ils permettent de définir les contours d'un «nationalisme à la française», qui a revêtu des formes très diverses et touché un éventail politique beaucoup plus large que la seule extrême-droite. Si le nationalisme français s'apparente ainsi la plupart du temps au «populisme», encore ne faut-il pas confondre le «populisme de protestation», dépassant le clivage gauche/droite, et que l'on a pu voir s'exprimer dans la crise boulangiste de 1887-1889 ou encore dans l'épisode poujadiste de 1956, avec le «populisme identitaire», xénophobe et la plupart du temps antisémite, que l'on retrouve aussi bien chez Edouard Drumont que chez Jean-Marie Le Pen.

Winock propose également, dans le même souci de classification rigoureuse, de distinguer deux formes de nationalisme, le «nationalisme radical» défendu par Barrès et Maurras - le «nationalisme des nationalistes», selon la célèbre expression de Raoul Girardet -, et le «nationalisme républicain» de de Gaulle ou de Clémenceau. Car aussi différents qu'aient pu être «le Tigre», réformiste social de gauche, et le Général, républicain d'adoption de droite, Winock en fait les représentants d'un «nationalisme ouvert», dans le sens où Clémenceau comme de Gaulle reconnaissaient à la France une «mission» : celle de porter les valeurs de la Révolution pour le premier, celle d'abriter un peuple élu aux plus hautes destinées pour le second. Si le politologue ne s'exprime pas sur ce que serait «l'identité nationale» de la France, il définit bien en revanche «l'identité politique» de notre République, dans laquelle ont lentement convergé deux histoires nationales, l'une chrétienne et l'autre révolutionnaire.

Enfin, dans une troisième partie, parce que la vie politique française ne peut s'appréhender sans qu'on ne s'arrête sur les grandes crises qui l'ont traversée, Winock rappelle les grandes controverses qui ont enflammé l'historiographie contemporaine, depuis l'affaire Dreyfus jusqu'à mai 68, en passant par les débats récents qui ont ressurgi sur la colonisation.

On aurait tort de ne voir dans cette collection de vingt-cinq articles qu'un énième manuel pédagogique à l'usage de l'étudiant en histoire ou de l'apprenti citoyen désireux d'y voir clair dans les grands débats politiques : Winock nous soumet également en creux une méthode, sa méthode, qui doit être celle de tout historien des idées, et qui pourrait se résumer en trois points : définir avec un maximum de rigueur le vocabulaire utilisé, pratiquer une étude de l'histoire dépassionnée, et savoir reconnaître, au-delà de leurs prises de position, les Grands Hommes grâce auxquels elle peut s'écrire.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 24/11/2009 )
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