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Un champ historiographique à investir
Sébastien Laurent    Collectif   Entre l'Etat et le marché : l'information et l'intelligence économique en France
Nouveau monde - Le Grand jeu 2009 /  49 € - 320.95 ffr. / 320 pages
ISBN : 978-2-84736-406-4
FORMAT : 14,5cm x 23,2cm

Sébastien Laurent a fondé et dirigé pendant six ans la section "Histoire & Sciences Sociales" de Parutions.com

L'auteur du compte rendu : Historien des relations internationales à Sciences Po Paris, Pierre Grosser est directeur des études de l’institut diplomatique du ministère des affaires étrangères.

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Depuis quelques années, des historiens français s’efforcent de rattraper le retard pris sur les anglo-saxons dans l’histoire du renseignement. Sébastien Laurent et Olivier Forcade (contributeur de cet ouvrage) font beaucoup pour pister les sources, développer des axes de recherche, relier l’histoire du renseignement aux champs d’histoire traditionnels, qu’il s’agisse de l’histoire de l’Etat, de l’histoire politique ou des relations internationales, et placer ces problématiques dans l’histoire longue. Entre l’Etat et le marché regroupe les contributions à un colloque sur le renseignement économique, tenu à Bordeaux en 2007.

Le projet prétendant réfléchir à cette question sur le temps long, les contributions sont forcément dépareillées : il s’agit moins d’une somme sur le sujet que d’éclairages apportés par des auteurs qui mettent à disposition les conclusions de leurs recherches. Si la publication suit l’ordre chronologique, elle mêle des monographies sur la manière dont l’appareil d’Etat s’est efforcé de connaître les activités économiques en France même, et d’autres recherches qui s’intéressent à la recherche et au traitement de l’information dans le monde par les acteurs publics et privés.

Dans le premier groupe, on trouve les efforts des intendants d’Ancien Régime, qui faisaient face à de nombreuses résistances dans leurs efforts de collecte de l’information ; l’activité des gendarmes durant la Première Guerre mondiale, qui ne se contentaient pas de la «chasse aux embusqués» (malheureuse en Corse), aux accapareurs et aux fraudeurs, mais après 1916 devinrent de plus en plus «les yeux et les oreilles des Finances» ; le positionnement difficile des chambres de commerce durant l’Occupation, qui ont plus intéressé les autorités allemandes que celles de Vichy, et qui en définitive ont été un acteur majeur de l’aryanisation des entreprises juives, au moins dans la région bordelaise étudiée par Sébastien Durand.

Dans le second groupe, Silvia Marzagalli s’intéresse à la circulation de l’information dans le grand commerce à l’époque moderne, et notamment la structuration des réseaux consulaires. Hubert Bonin, le grand spécialiste de l’histoire de la banque et de la finance, montre comment la gestion du risque est devenue plus professionnelle et scientifique à la fin du XIXe siècle, le Crédit Lyonnais étant dans ce domaine très innovant ; la conséquence en a été une prise de distance entre les banques et leurs clients. Des contributions s’intéressent au rôle de l’Etat pour fournir de l’information aux acteurs privés et renforcer la présence économique française dans le monde. L’Etat était indispensable pour percer sur les marchés sud-américains au XIXe siècle. Laurence Badel présente les traits saillants de son travail en voie de publication sur l’appareil de la diplomatie économique française. Elle montre le double circuit du ministère du Commerce (puis de Bercy) et du Quai d’Orsay, la rivalité de ces ministères malgré les efforts de mutualisation de l’information, et l’intérêt nouveau, depuis une dizaine d’années, pour l’"intelligence économique", et le choix de monnayer cette information auprès du secteur privé. Ces batailles bureaucratiques avaient commencé durant la Première Guerre mondiale, le blocus économique mis en place contre l’Allemagne étant un enjeu stratégique majeur. Pourtant, durant l’entre-deux-guerres, le renseignement économique n’a eu, selon Olivier Forcade, ni «définition doctrinale» ni «consécration institutionnelle», même à la fin des années 1930 lorsqu’on s’est inquiété de l’espionnage économique.

Sur un sujet qui suscite aujourd’hui bien des vocations professionnelles dans le secteur privé et une mobilisation généralisée et compétitive des bureaucraties d’Etat, la dimension historique était indispensable. Cet ouvrage, malgré son prix élevé, pose les premières pierres d’un chantier qu’il est urgent d’investir.


Pierre Grosser
( Mis en ligne le 15/06/2010 )
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