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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Mises en scène de la domination culturelle
Christophe Charle    Collectif   Le Temps des capitales culturelles - XVIIIe-XXe siècles
Champ Vallon 2009 /  28 € - 183.4 ffr. / 368 pages
ISBN : 978-2-87673-512-5
FORMAT : 15,4cm x 24cm

Postface de Daniel Roche

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).

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Le Temps des capitales culturelles est le troisième volet de recherches entreprises sur les villes, à la suite des pistes ouvertes par Daniel Roche (La Ville promise, 2000) et Christophe Charle (Paris fin de siècle, culture et politique, 1998), et c’est d’ailleurs sous le double patronage de ces historiens qu’est placé l’ouvrage dont Christophe Charle a rédigé l’introduction et Daniel Roche la conclusion. Ont déjà paru en 2002 Capitales culturelles, capitales symboliques, Paris et les expériences européennes et en 2004 Capitales européennes et attraction culturelle. Fruit des travaux d’un séminaire, Le Temps des capitales culturelles rassemble 9 études (12 chercheurs), centrées sur les capitales européennes mais parmi lesquelles Paris se taille la part du lion, avec en contrepoint Londres et Rome.

La question centrale est celle de la définition de l’objet. Aussi, dans son introduction, Christophe Charle précise-t-il la position adoptée par les auteurs: «Nous avons retenu comme capitales culturelles des espaces urbains dont suffisamment d’indices convergents permettent d’établir qu’ils sont, à l’époque considérée, un lieu d’attraction et de pouvoir structurant de tel ou tel champ de production symbolique (voire, pour les plus importantes, comme Paris, Londres, parfois Rome, de la majorité de ces champs)». C’est donc une volonté de véritable renouvellement de l’histoire urbaine qui est ainsi à l’œuvre, avec le souci commun aux auteurs de réfléchir dans un cadre systématiquement comparatiste, sur une durée assez longue (deux siècles), en s’interrogeant sur les relations entre les différentes capitales (complémentarité, relais, concurrences...), les diverses formes d’expression culturelles («art mobilier», opéra, musées…), en allant jusqu’aux marges de l’Europe - (Moscou/Petersbourg)-Leningrad, la Russie, entre deux capitales et deux cultures (du XIXe siècle aux années 1920 - Sophie Coeuré) - ou en ouvrant des pistes outre-Atlantique, vers Chicago ou New York.

On suit ainsi, dans les différentes contributions, l’élaboration du modèle d’une capitale culturelle fondée sur une pluralité d’activités, lieu de mise en valeur du champ culturel et d’expériences diverses, lieu dont la place n’est pas définitivement fixée dans les hiérarchies mais est toujours susceptible de variations. Les auteurs analysent les sociabilités particulièrement riches des capitales culturelles, richesses qui s’expriment dans la diversité des acteurs, (institutions, académies, auteurs), celle aussi des lieux de création, des marchés nourris par la présence de collectionneurs. Au cœur de ces capitales culturelles se rencontrent diverses cultures : cultures de cour, cultures des élites, cultures de masse. A l’articulation du national et du local, on constate l’accélération des mobilités, liées aux techniques nouvelles et aux pouvoirs d’attraction des capitales, à une époque où les élites voyagent et contribuent à la mobilité des modèles culturels. C’est d’ailleurs par une anecdote sur les voyages que s’ouvre le recueil : un écrivain portugais, Eça de Queiroz, constate en 1880 dans ses Lettres de Paris : «D’ici peu, il n’y aura ni ruines ni monuments dignes de voyage : chaque ville, chaque nation, s’efforce d’annihiler son originalité traditionnelle, dans ses façons comme dans ses édifices, dans les règles de la police comme dans les vitrines des bijoutiers pour s’offrir le style parisien» (p.9).

Christophe Charle, en étudiant «Paris, capitale théâtrale de l’Europe (1820-1929)», part du constat toujours fait de la domination en France et en Europe du théâtre parisien pour le soumettre à l’épreuve des statistiques – françaises et européennes – sur la période afin de décider s’il s’agit d’une réalité ou d’un lieu commun. Ces statistiques établies pour les années 1826-1929 sont reprises de diverses monographies et études sur les différents théâtres européens (Allemagne, Budapest, Londres, Berlin, Milan, Christiana, Saint Pétersbourg...) et à New York. Elles confirment la domination parisienne, même si l’analyse précise qui les complète révèle les mutations profondes qui se sont produites depuis le XVIIIe siècle dans cette pratique culturelle. Christophe Charle ne cantonne pas son étude aux grands succès mais dresse un répertoire très complet des pièces et des auteurs y compris les plus oubliés aujourd’hui. Il démontre que la domination incontestable du théâtre parisien dans la période considérée (analysée sous différents angles : répertoire, type de public, modes de circulations...) s’explique par l’expérience que vivent ainsi les publics concernés : «Cette expérience leur offre la possibilité de redéfinir ainsi leur propre identité par connivence ou différence avec eux mais en participant à la même urbanité capitale, celle de la confrérie invisible des dominants qui savent mettre le monde à distance parce qu’ils connaissent la règle du jeu» (p.277). Cette question de la domination par le biais des pratiques culturelles est d’ailleurs au cœur de l’ouvrage.

Les différents articles croisent les regards et recoupent (ou transgressent) les habituelles frontières disciplinaires, dans une vaste période ; les choix comparatistes permettent de saisir des évolutions européennes à mettre en relations entre autres avec la construction des identités nationales qui s’édifie durant la même période. Ils permettent aussi de démonter des idées reçues : par exemple le présumé déclin artistique de Rome à la fin du XVIIIe siècle (Maria Pia Donato, Giovanna Capitelli, Matteo Lafranconi, «Rome capitale des arts au XIXe siècle»). Les mutations des genres culturels expliquent aussi les mutations des dominations urbaines dans leurs domaines : Mélanie Traversier invite à voir le déplacement successif de la domination culturelle de l’opéra italien entre Venise, Naples puis Milan, comme liée aussi à l’évolution de l’art lyrique : «Venise fut la ville d’un nouveau genre musical en cours d’affirmation ; la domination napolitaine s’est appuyée sur la différenciation des genres lyriques ; celle de Milan à partir des années 1810-1820 coïncide avec l’éclatement des frontières stylistiques entre les genres» («Venise, Naples, Milan», pp.209-240).

En concluant sur «Les mises en scène de la domination culturelle. XVIIIe-XIXe siècles», Daniel Roche souligne l’originalité du recueil et invite à poursuivre en plaçant sous le feux des regards croisés d’autres objets : spectacles forains, music hall, etc., une histoire sociale des bohèmes littéraires et artistiques pour toujours mieux «comprendre les enjeux multiples d’une histoire sociale de la vie culturelle qui relie l’analyse des acteurs, artistes et médiateurs, celle des œuvres, de leur apport et de leur écho public, celle du marché producteur et consommateur et des circulations locales, nationales et internationales» (p.357).

On retrouve (et on salue !) l’habituelle qualité des publications des éditions Champ Vallon, avec toutefois un léger regret : la qualité médiocre des reproductions qui illustrent le travail de Béatrice Joyeux-Prunel («L’art mobilier. La circulation de la peinture avant-gardiste et son rôle dans la géopolitique culturelle de l’Europe»).

En conclusion : un regard neuf, avec le dernier volume de cette trilogie qui renouvelle l’analyse des capitales et ouvre des perspectives stimulantes. Un ouvrage certes prioritairement destiné à un public universitaire mais qui au-delà doit intéresser tout lecteur curieux d’en apprendre davantage sur la vie culturelle (musées, théâtres, opéra…) dans l’Europe de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 14/09/2010 )
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