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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Triomphe de la République
Vincent Duclert   La République imaginée (1870-1914)
Belin - Histoire de France 2010 /  42 € - 275.1 ffr. / 862 pages
ISBN : 978-2-7011-3388-1
FORMAT : 17cm x 24cm

Préface de Henry Rousso

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est responsable des collections de monnaies et médailles du musée Carnavalet après avoir été adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).

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Dans la mémoire collective comme dans les conceptions des élites, les différentes époques de l’histoire ne jouissent pas d’une faveur identique : il y a les «âges d’or», les «âges d’argent» et les «âges de fer». Au nombre des premiers, on trouve la «paix romaine» pour l’Antiquité, le «bon temps de Monseigneur saint Louis» pour le Moyen Age, le Grand Siècle ou le «siècle des Lumières» pour les temps modernes, la «Belle Époque» pour l’ère contemporaine.

C’est bien un âge d’or que dépeint Vincent Duclert : celui de la République française. Après 1870, la République cesse d'être une formule politique défendue par une minorité agissante pour devenir indissociable de la Nation et de l’État. L’idée républicaine s’enracine et se transforme, elle se refonde une troisième fois pour s’identifier à la démocratie parlementaire et aux droits de l’Homme. Dans ce «triomphe de la République», arraché de haute lutte, l’auteur marque deux moments principaux : le combat institutionnel victorieux mené contre les tenants de la monarchie entre 1871 et 1879 ; le combat politique et moral mené en faveur de la justice et du droit au cours de l’affaire Dreyfus, entre 1894 et 1906. Au terme de ces deux combats, la République aura définitivement assis les valeurs qui sont encore les siennes au début du XXIe siècle.

Dans son propos, Vincent Duclerc fait une large place au récit politique, qui occupe plus des deux tiers de l’ouvrage. Récit ample, foisonnant, qui entraîne sur une longue distance (864 pages, un des plus gros volumes de la série !) : l’auteur partage l’exaltation des républicains victorieux et fait ressentir son enthousiasme au lecteur. On vibre à l’élévation de pensée dont font preuve les grands morceaux d’éloquence venus sous la plume de Gambetta, de Clemenceau, de Jaurès ou de Péguy ; on frémit, au contraire, devant l’ignominie de certains articles de polémique, qui atteignent une violence inimaginable aujourd’hui.

Le récit de Vincent Duclert ne se limite pas à la chronique politique. Il fait une large place à l’histoire du discours et des représentations politiques. L’iconographie, d’une richesse et d’une qualité exceptionnelles, vient appuyer le propos de la manière la plus heureuse. On assiste ainsi aux grands «moments républicains» : exposition de 1878, défilé du 14 juillet 1880, funérailles de Gambetta en 1883, funérailles de Victor Hugo en 1885, exposition de 1889, exposition de 1900, funérailles de Jaurès en 1914.

Le parti pris «républicain» de l’ouvrage ne va pas sans entraîner un certain déséquilibre dans la composition : le développement donné à l’affaire Dreyfus en fait le nœud de la démonstration et les deux longs chapitres consacrés à «l’Affaire» formeraient aisément, mis bout à bout, un livre séparé. L’empire colonial est expédié en un chapitre aux couleurs uniformément sombres et moralisatrices (chapitre IX). La société et surtout l’économie sont quelque peu sacrifiées et réduites elles aussi à un seul chapitre, qui arrive en fin de parcours (chapitre X). Quitte à en savoir un peu moins des péripéties politico-policières et des acteurs de l’Affaire, on aurait aimé en lire un peu plus sur la colonisation, par exemple sur le point de vue des colonisés et sur les premières formes de leur acculturation.

Pour tout dire, la vigueur avec laquelle Vincent Duclert dénonce la férocité des colonisateurs français à l’égard des colonisés nous paraît quelque peu naïve : cette férocité est celle de tous les conquérants face à des peuples plus faibles depuis l’origine du monde. S’il faut s’étonner, c’est bien de ce que le comportement des «coloniaux» ait commencé à susciter, au sein même de la puissance colonisatrice, un mouvement de doute et d’indignation sans précédent.

Au total, si l’économie de La République imaginée n’est pas exempte de défauts, on ne peut lui dénier un point de vue original, et le livre est animé, d’un bout à l’autre, d’un souffle incontestable.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 09/11/2010 )
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