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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Les leçons du mandat
Henri de Wailly   Liban, Syrie : le mandat - 1919-1940
Perrin 2010 /  23 € - 150.65 ffr. / 329 pages
ISBN : 978-2-262-03299-9
FORMAT : 14,2cm x 20,9cm

L'auteur du compte rendu : Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, Agrégé d'histoire, Docteur ès lettres, sciences humaines et sociales, Nicolas Plagne est l'auteur d'une thèse sur les origines de l'Etat dans la mémoire collective russe. Il enseigne dans un lycée des environs de Rouen.
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Historien militaire connu pour ses travaux précis sur la Deuxième Guerre mondiale, notamment sur la Bataille de France de mai-juin 40, sur Weygand et sur la valeur de l’officier de Gaulle au combat, Henri de Wailly a une expérience personnelle du Proche Orient et nous offre ici un beau livre sur l’époque du mandat français (au nom de la SDN) sur le Liban et la Syrie. Il met sa culture, sa connaissance du terrain et des archives au service d’une explication sérieuse et claire de cet épisode assez oublié de l’histoire contemporaine. Cela donne un livre instructif, bien écrit et construit.

L’idée générale est que la création des mandats par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale et la SDN, en dépeçant l’empire ottoman, constitue l’acte de naissance de nations distinctes, principalement arabes (sans oublier en Palestine l’israélienne, du fait de l’immigration sioniste massive) et dans le cas de la France, des nations libanaise et syrienne. Ces régions peuplées de tribus et populations mal liées les unes aux autres, quoique proches par la religion (l’islam) et l’arabe dialectal du fond oriental de la Méditerranée, par un mode de vie et des valeurs, sont soudain constituées en ensembles en vertu de traités européens imposés, selon des frontières décidées ailleurs et placées sous la tutelle d’une administration coloniale provisoire. Les éléments autochtones vont alors cristalliser et former des entités nouvelles, plus homogènes, unies par le désir d’une indépendance arabe. D’où le rêve dans les années cinquante-soixante de la Nation arabe unie à l’époque de la décolonisation, par-delà les divisions «nationales» récentes du monde arabe. La France est associée intimement à ce processus, d’autant qu’elle entend aussi, en vainqueur de la Grande Guerre et grande puissance, rayonner par là dans le monde nouveau. Comme Tardieu, dans La Paix, le disait pour la défense de Clemenceau, les mandats étaient une victoire de la France et Clemenceau lui-même chargeait les représentants français en Syrie et Liban d’en faire des pôles de présence française.

Bien sûr, ainsi que le rappelle Wailly, la présence française dans cette région s’inscrivait dans la tradition millénaire de liens avec la chrétienté arabe, de croisades, et de défense des chrétiens d’Orient face aux Turcs (en rivalité avec les Russes) au milieu du XIXe siècle. Mais la volonté française de s’installer durablement dans la région montre un dessein impérial qui sera battu en brèches par la défaite de 40, la rivalité avec la Grande-Bretagne et la poussée indépendantiste arabe. La France accomplit tout de même une œuvre à certains égards positives dans la région, surtout quand elle sait déléguer le gouvernement à des administrateurs actifs et diplomates avec les populations : c’est le cas de Gouraud, de Weygand et de Jouvenel. Mais comme au Maroc avec le déplacement stupide du brillant et populaire maréchal Lyautey, la république cède trop souvent à une méfiance déplacée et à des considérations politiciennes et parlementaires qui nuisent à la continuité de l’œuvre et à l’image de la France auprès des Arabes. Trop souvent aussi elle envoie des hauts fonctionnaires serviles, carriéristes et sans projets, qui ne donnent d’elle que l’image de la répression des velléités d’autonomie ou d’indépendance.

Le livre est constitué de quinze chapitres et illustré de quatre cartes. Il a la double vertu pour le public de constituer une mise au point historique, apaisée, mais sans indifférence, sur un sujet qui a sa légitimité scientifique mais aussi de fournir une clé d’explication «généalogique» des problèmes de cette partie du monde et une réflexion historique sur notre position et notre image dans la région. C’est aussi, on le comprend, une façon de réfléchir par comparaisons et analogies, à la politique de la France dans la durée, de méditer les causes de ses réussites et de ses échecs et d’esquisser des leçons pour le présent. Or le Proche Orient est aujourd’hui comme depuis un siècle une zone capitale sur le plan géostratégique et une poudrière du monde. A tous ces titres, l’ouvrage mérite l’attention.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 19/04/2011 )
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