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Plumes et baïonnettes
Bernard Maris   L’Homme dans la guerre - Maurice Genevoix face à Ernst Jünger
Grasset 2013 /  16 € - 104.8 ffr. / 174 pages
ISBN : 978-2-246-80338-6
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Jünger, Genevoix : deux soldats de la grande Guerre marqués par cette expérience, deux «écrivains combattants» considérés comme étant les auteurs de deux des plus grandes œuvres sur la question… Leurs romans sont toujours une source de réflexion autant que de plaisir littéraire : la force qui s’en dégage est intacte, et le face-à-face instauré par Bernard Maris dans cet essai leur rend bien hommage. Cet ouvrage – L’Homme dans la guerre – s’insère dans une avalanche de publications dédiées à la Grande Guerre et à la commémoration du centenaire du conflit… Une question se pose donc : qu’apporte-t-il de neuf ?

Il ne s’agit pas de rejouer la guerre ou d’en refaire l’histoire au prisme des romans, ni de savoir lequel est le plus réaliste, le plus fouillé, le plus lisible, le plus réussi : l’enjeu de cet essai n’est pas de critique littéraire, il est autre, il réside dans la tentative de saisir, par une lecture double, la singularité de l’expérience de la guerre (avec l’Illiade en contrepoint), d’y discerner des permanences, des éléments communs : la conception du soldat et de son rôle, l’apprentissage du danger, du combat et de la mort donnée, ou côtoyée, le rapport à la mémoire et au témoignage, à la terre nationale, à la nature broyée par la guerre, à la camaraderie, à l’absurde, etc.

Certes, cette lecture anthropologique n’est pas révolutionnaire et est déjà largement pratiquée par les historiens, mais elle reste efficace quand les plumes citées sont celles de ces deux géants. B. Maris, passant d’une œuvre à l’autre, montre que les deux hommes ont traversé les mêmes épreuves, connus les mêmes moments… pour les retracer différemment, chacun avec sa sensibilité, ses nuances, son regard (national) et ses souvenirs. Un ultime chapitre, portant sur les après-guerres (et la Seconde Guerre mondiale) revient sur ce traumatisme lancinant de la guerre de 1914. Le commentaire, liant les extraits, nous entraîne à la fois dans un patrimoine littéraire commun, mais également dans deux expériences de guerre, et deux âmes jeunes marquées à vie.

Il y a les livres écris par des savants, obéissant à des règles scientifiques, respectant des conventions universitaires, et puis il y a les livres écrits par les amateurs, les passionnés, les mordus, les «fans de», les «essais» comme on dit justement, moins méthodiques, plus libres. Cet ouvrage s’inscrit nettement dans la seconde catégorie, il en a la fougue, l’enthousiasme communicatif, mais aussi les limites. En attaquant ce bel essai, il ne faut pas s’attendre à lire une étude comparée de deux récits de guerre, qui entrecroiserait éléments de contextes, historiographie et analyse. Ce type d’ouvrage existe déjà du reste (on se reportera à Écrire en guerre, écrire la guerre de Nicolas Beaupré, CNRS éditions, 2006). Il ne s’agit pas d’une énième digression sur la vertu du témoignage et sa justesse, dans la foulée de l’ouvrage célèbre de Jean Norton Cru, Témoins. Bernard Maris vise autre chose : il se livre déjà en tant que lecteur passionné (et gendre de M. Genevoix, mais c'est anecdotique) qui, d’une œuvre à l’autre, passe de tranchée en tranchée, avance dans le no-man’s-land et apprivoise cette Grande Guerre.

Surtout, il suit avec minutie le parcours conjoint de Genevoix et de Jünger, en les mettant en perspective l’un par rapport à l’autre, en se mettant dans leurs pas, et nous avec. Ainsi cet essai, très personnel, enlevé, et passionné, trouve parfaitement sa place dans la commémoration du conflit, et permet la redécouverte de quelques grands romans.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 10/12/2013 )
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