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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Faire de l’histoire religieuse du XIXe siècle
Guillaume Cuchet   Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle - Religion, culture et société en France. 1830-1880
Cerf 2020 /  24 € - 157.2 ffr. / 422 pages
ISBN : 978-2-204-13502-3
FORMAT : 14,0 cm × 21,5 cm
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Pour le catholicisme en France et dans le monde, le XIXe siècle fut un temps de bouleversements multiples et contradictoires. Dans un monde nouveau et concurrentiel qui s’édifiait autour d’elle, sans elle, voire contre elle, l’Église n’était plus en situation d’attaquer pour se défendre, ni de se réformer pour conserver sa domination et reconquérir les déviants ; il lui a même fallu s’adapter pour survivre et cette survie a posé le problème de l’impossibilité d’une restauration à l’identique. Mais, pour beaucoup de catholiques, il ne fut pas question de renoncer, à tel point que l’on a pu parler du XIXe siècle tant comme d’une grande période que comme d’un temps d’effacement du catholicisme : la lecture d’historiens qui y voient un véritable «renouveau pastoral» (André Latreille, Jean-Rémy Palanque, Étienne Delaruelle, René Rémond, Histoire du catholicisme en France, t. III, Spes, 1962) se heurte ainsi à la vision d’un Henri Guillemin qui impute aux catholiques les échecs du siècle (Henri Guillemin, Histoire des catholiques français au XIXe siècle, Éditions du Milieu du Monde, 1947).

Certes, les catholiques entrent à reculons dans le monde moderne alors que le progrès s’y accélère sans cesse, devenant comme le moteur des sociétés contemporaines. Force est de constater que le monde a changé et continue à évoluer à une vitesse croissante, et qu’en tous domaines et même refusé par elle, ce changement est au cœur de la vie de l’Église : ainsi se pose la question de la participation des fidèles à cette société nouvelle dans laquelle ils pourront se sentir comme exilés dans leur patrie.

En revanche, le siècle s’ouvre avec le concordat élaboré dans l’enthousiasme du Génie du Christianisme, ouvrage de Chateaubriand (1768-1848), publié en 1802 qui cherche à «prouver que le christianisme vient de Dieu, parce qu’il est excellent» et reproche généralement aux philosophes des Lumières d’avoir méconnu Dieu. On sait que l’ouvrage a eu une influence considérable dans l’histoire des idées littéraires et religieuses dans la France du XIXe siècle ; il y a inspiré un renouveau du catholicisme français et influencé de nombreux auteurs, Dom Guéranger (1805-1875), Félicité de Lamennais (1782-1854).

L’heure est aux grandes dévotions et conversions qui se font à travers de spectaculaires pèlerinages à la suite des apparitions mariales (à Paris, à la rue du Bac en 1830, à La Salette en 1846, à Lourdes en 1858, à Pontmain en 1871), qui marquent le grand retour d’un surnaturel il y a peu dénigré par les Lumières et une sorte de renouement optimiste avec la religion populaire (Guillaume Cuchet, «1858. Terre d’apparitions», Patrick Boucheron (dir.), Histoire mondiale de la France, Seuil, 2017, pp.493-496)... et le XIXe siècle français s’avère d’une effervescence catholique peu commune, mais qui se manifeste dans une société sécularisée. Aussi l’heure est-elle toujours à la défense d’un catholicisme qui, bien que (re)conquérant, demeure menacé puisqu’elle se fait dans un monde nouveau, lui-même en proie à des mutations inédites, et que le XIXe siècle est le théâtre de changements politiques, sociaux et culturels profonds. Socialement, le catholicisme français reconquiert une partie des classes supérieures, à tel point qu’au début du siècle suivant, on parlera couramment de l’Église comme d’un établissement «bourgeois». Une énorme fêlure affecte maintenant ses fondations : le prolétariat, né du développement de l’industrie au cours du siècle, s’est constitué en dehors d’elle et pendant longtemps les chrétiens ne l’envisageront que sous l’angle des œuvres de charité. L’un des premiers à avoir pris conscience des injustices sociales sera Frédéric Ozanam (1813-1831), qui vit de près la révolte des Canuts à Lyon en 1831 et fonda la Société saint Vincent de Paul. (1782-1863).

La constatation de «l’intensité des recompositions religieuses de la période qui a largement dépassé le niveau d’activité sismique «normal» de systèmes de croyance stabilisés» est à l’origine du livre de l’excellent historien Guillaume Cuchet, expert en écriture de «l’histoire religieuse dans une société sortie de la religion», qui, depuis plusieurs années, en analyse les manifestations. Sous un titre rendu sans doute trop général de par son singulier il nous livre aujourd’hui le résultat d’un ensemble de travaux érudits menés pendant les deux dernières décennies (notamment : Le Purgatoire. Fortune historique et historiographique d'un dogme, 2012. Les Voix d'outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société en France au XIXe siècle, 2012. Frédéric Ozanam, Philosophie de la mort et autres textes, 2014. Penser le christianisme au XIXe siècle. Alphonse Gratry (1805-1872). "Journal de ma vie" et autres textes, 2017).

S’y succèdent trois sous-ensembles : – d’abord des «portraits» de penseurs religieux dont certains constituent de véritables exhumations (les polytechniciens Jean Reynaud et Alphonse Gratry, l’oratorien Henri Perreyve, le prélat Charles Gay) à l’exception de Victor Hugo spirite ; – trois grands débats, celui portant sur le petit ou le grand nombre des élus, la querelle du «naturalisme historique» entre Albert de Broglie et Dom Guéranger, la découverte française du Bouddhisme autour d’Eugène Burnouf ; – la présentation de «tendances» enfin, le développement d’une littérature de piété «sulpicienne», la religion des morts qui domine la piété populaire du siècle et est illustrée par Frédéric Ozanam, les courants ésotériques et leur potentiel révolutionnaire autour de 1848.

L’ouvrage est ainsi à l’image du siècle qu’il entend présenter : divers, contrasté et complexe. Il prend place dans une recherche vivante dont on rappellera la récente contribution donnée par Stéphane-Marie Morgain avec sa biographie du carme Hermann Cohen (Le Père Hermann Cohen (1820-1871). Un romantique au Carmel, 2019). C’est d’ailleurs l’occasion de signaler la publication par le même auteur d’un florilège de textes de ce prédicateur (Qui nous fera voir le bonheur ?, Éditions du Carmel, 2020) qui permet d’en découvrir et la spiritualité et l’art oratoire. Autant de pierres apportées à la construction d’un édifice de connaissance d’un siècle dont nul ne saurait finalement douter qu’il fut jusqu’au bout catholique, tout comme l’était pour l’opinion le soldat inconnu qui fut tout naturellement béni le 11 novembre 1920 par l’archevêque de Paris…


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 09/09/2020 )
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