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La promo
Hervé Joly   A Polytechnique. X 1901 - Enquête sur une promotion de polytechniciens de La Belle Epoque aux Trente Glorieuses
Flammarion 2021 /  23,90 € - 156.55 ffr. / 437 pages
FORMAT : 15,3 cm × 24,1 cm

Antoine Compagnon (Préfacier)
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Polytechnique… l’«X» pour les intimes et les autres aussi d’ailleurs : la formule «X 1901» vous classe immédiatement dans une communauté, une élite, un groupe d’élus, une «promotion» de l’École d’ingénieurs la plus cotée en France. Directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’histoire des élites, Hervé Joly nous entraîne dans la vie d’une promotion, depuis la préparation du concours, jusqu’à la suite de la carrière, afin de nous donner à comprendre ce que c’est que d’être polytechnicien au tournant du XXe siècle, et dans tous les aspects de la vie. Un portrait de groupe à la fois ample et restreint, une prosopographie raisonnée, conjuguée à une approche socio-historique solide, qui interroge, sur le long terme, des milieux, des cultures, des stratégies et des trajectoires. En avançant de manière chronologique, depuis la prépa jusqu’à la vie publique et privée, au cœur d’un siècle de fer ponctué par les guerres mondiales, l’auteur pose de nombreuses questions, sur la formation des élites, des hommes qui étaient aux commandes, ou du moins aux affaires, durant une période complexe.

On commence donc par essayer de rentrer à l’École… ce qui, montre l’auteur, appelle une réflexion sur les milieux d’origine autant que sur les conditions de préparation (à commencer par la prépa elle-même). Et il ne suffit pas d’entrer, il faut entrer en bonne position, afin de sortir en excellente position et pouvoir entrer dans une école d’application prestigieuse (les Mines, les Ponts, Centrale, etc.) ou dans un corps intéressant. L’auteur parle même d’une «machine à classer» pour définir cette école qui ne spécialise pas. Le rang, l’obsession du rang, commence très tôt, et la vie à l’École, minutieusement observée par l’auteur (qui présente tant les élèves que l’encadrement, la scolarité, les examens, etc.), pèse lourdement sur cette sortie… au risque de scandales retentissants (et teintés d’antisémitisme). Dans l’école qui forma Dreyfus (comme dans la France de l’Affaire), la question confessionnelle n’est en effet pas anodine, et l’antisémitisme demeure une musique entêtante (même si, contrairement à d’autres écoles prestigieuses, on y trouve de nombreux élèves de confession juive).

Faire Polytechnique (ou ne pas faire Polytechnique : la question est posée, passionnante), c’est surtout sortir de Polytechnique pour devenir, après une école d’application, ingénieur ou, si vous êtes moins bien sorti, officier… au risque de démissionner si le classement n’est pas convaincant. De manière très fine, l’auteur montre les enjeux, les stratégies qui président à ces débuts de carrière à partir d’une école généraliste, qui forme les esprits plutôt que les professionnels. Le tableau des polytechniciens de la promo 1901 ne se limite toutefois pas à un début de carrière et cet ouvrage, en reconstituant minutieusement des parcours dans toute leur diversité, leurs aspérités, les incidents et drames, ainsi que les petites apocalypses de 1914-1918 et de 1940, offre un point de vue à la fois synthétique et pointilliste sur les destins de 180 hommes, réunis par le hasard d’une promotion, et amenés à jouer des rôles variés.

L’auteur d’ailleurs ne restreint pas sa curiosité aux élèves eux-mêmes et observe les fortunes, les stratégies de mariage et les alliances de classes (épouser dans sa classe sociale ou au-dessus, épouser une fille de polytechnicien, etc.), ou encore la destinée des enfants (en posant la question de la reproduction sociale, assez efficace alors, et plus encore si les alliances familiales renforcent le capital culturel et social acquis par concours). En interrogeant les destins des enfants, il pose d’ailleurs la question de l’utilité de ce capital social, de la manière dont on en hérite et comment gérer cet héritage. Analysant le lien entre capital social et capital économique, il observe les aléas de l’enrichissement, pour des jeunes gens qui, quand ils choisissent la vie civile et l’industrie, peuvent aussi être appréhendés à hauteur de porte monnaie : un polytechnicien est-il forcément un homme riche ?

Et puis il y a le siècle, les guerres mondiales, la Grande d’abord, puis la seconde et Vichy. Là encore, l’auteur suit minutieusement les parcours des uns et des autres, croisant collaboration discrète, résistance, déportation (Polytechnique, pas plus que la carrière et les médailles qui la scandent, ne protège d’Auschwitz), avec, encore et toujours, la carrière en point de mire et comme horizon, heurtée, interrompue, rétablie. En spécialiste de l’histoire économique, il montre aussi, dans les affaires des Polytechniciens, les effets de l’aryanisation et les échos des pratiques du Commissariat aux questions juives.

Ce qu’il y a de fascinant, et même de kaléidoscopique dans ce bel ouvrage, c’est la manière dont, à partir d’une immense variété de situations, l’auteur parvient à organiser un paysage structuré par des questionnements efficaces. Une histoire sociale des élites bien pensée et minutieusement élaborée, un tableau impressionnant et réaliste des élites ''Belle époque » », et une enquête historique modèle, qui débouche sur un passionnant portrait de groupe, avec en arrière plan, les complexités du premier XXe siècle. Un modèle d’enquête.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 28/04/2021 )
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