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Dossier : GUERRE D'ALGÉRIE
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Francis Jeanson
Chronologie de la Guerre d'Algérie

Jeanson, dissident de la gauche intellectuelle
Marie-Pierre Ulloa   Francis Jeanson - Un intellectuel en dissidence de la Résistance à la Guerre d’Algérie
Berg International - Ecritures de l'histoire 2001 /  18,29 € - 119.8 ffr. / 286 pages
ISBN : 2-911289-36-6
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Les projecteurs de l’histoire du XXe siècle se concentrent de plus en plus fréquemment sur la guerre d’Algérie et leur éclairage fait ressortir toute la complexité de l’attitude des Français pendant cette période. La biographie récemment consacrée par Marie-Pierre Ulloa à Francis Jeanson apporte une touche nouvelle au tableau sans nuance et empreint d’un moralisme simpliste que brossaient des études récentes.

Si certains Français n’hésitèrent pas à recourir à la torture pour maintenir la tutelle de Paris sur sa colonie, si beaucoup s’en tinrent à un attentisme prudent, parfois doublé de réprobation à l’endroit des excès qui étaient perpétrés sur l’autre rive de la Méditerranée, d’autres, les « porteurs de valise », dont Francis Jeanson fut la figure la plus médiatisée, s’engagèrent résolument dans l’aide aux révolutionnaires algériens.

A vrai dire l’ouvrage de Marie–Pierre Ulloa n’apporte aucun élément nouveau à la connaissance des porteurs de valises ni à celle de l’itinéraire intellectuel et politique de Francis Jeanson. Hervé Hamon et Patrick Rotman avaient déjà balisé le terrain dans leur étude publiée à l’automne 1979. L’originalité du travail de la jeune historienne se situe à un autre niveau d’analyse.

Pourquoi le nom de Francis Jeanson reste-t-il encore tabou dans la France des années 2000 ? Telle est l’interrogation récurrente qui traverse la réflexion de Marie-Pierre Ulloa. Elle avance de façon convaincante un élément de réponse. Jeanson a longtemps donné mauvaise conscience à la gauche française, en raison du comportement équivoque de celle-ci pendant la guerre d’Algérie. Face aux tortures et aux massacres d’une guerre de moins en moins légitime, Jeanson osa briser le mur du silence dans lequel s’enfermèrent socialistes et communistes et sut incarner une attitude fidèle aux idéaux fondateurs de la gauche. Elle ne lui pardonna jamais d‘avoir dénoncé ses compromissions et ses reniements entre 1957 et 1962.

L’itinéraire qui conduisit Francis Jeanson à devenir une figure majeure du monde intellectuel français fut jalonné d’échecs et d’occasions manquées. Issu de la petite bourgeoisie, le jeune Francis Jeanson entreprit au début de l’Occupation des études de philosophie, qu’il dut interrompre pour fuir le STO. Fait prisonnier en Espagne, il passa six mois très éprouvants dans les geôles franquistes, avant de rejoindre l’Afrique du Nord. Enrôlé malgré lui dans l’armée Giraud, il échoua à intégrer le B.C.R.A et dut attendre la campagne d’Alsace et le début de l’année 1945 pour connaître son baptême du feu. A la Libération, la tuberculose l’empêcha de présenter une agrégation de philosophie qu’il avait longuement préparée.

Francis Jeanson connut un succès aussi inattendu que rapide grâce à l’amitié de Jean-Paul Sartre. Il dut à son premier livre, Le Problème moral et la pensée de Sartre, d’être remarqué par le maître. Sartre assura son insertion accélérée dans les cercles intellectuels. Dès 1948, Jeanson fit partie des principaux rédacteurs des Temps Modernes. Les éditions du Seuil, qui cherchaient à attirer un existentialiste dans leur équipe éditoriale lui confièrent la responsabilité de la collection « Ecrivains de toujours ». Jeanson seconda Sartre dans tous ses combats intellectuels, notamment lors de la controverse qui l’opposa à Albert Camus en 1952.

Le disciple s’émancipa lentement de l’influence de son maître. En 1956, il refusa de condamner l’intervention soviétique en Hongrie et prit ses distances avec Les Temps Modernes. Il montra aussi moins de circonspection que Sartre à prendre parti sur la question algérienne. Après la publication de l’Algérie hors la loi Jeanson ne dissimula plus ses sympathies FLN et fonda en 1957 un réseau de soutien. Avec ses proches, il convoya des responsables algériens venus clandestinement organiser en France l’une des bases arrières de leur mouvement. Il centralisa les fonds collectés par les membres du FLN dans la population algérienne de métropole.

Très vite, ses activités le contraignirent à entrer en clandestinité. Il publia une revue de propagande, Vérité pour, destinée à expliquer le sens de son engagement. Jeanson voulait régénérer la gauche, et pour ce faire la conduire progressivement à une alliance avec le FLN . En ce moment de crise ultime du capitalisme, les conditions paraissaient réunies pour l’abattre enfin, pourvu que l’on recréât l’esprit révolutionnaire de la Libération.

Mais Jeanson dut vite déchanter : ni le parti communiste, ni la gauche non communiste ne souhaitaient se départir d’une attitude prudente à l’endroit des événements d’Algérie. Lorsqu’il publia Notre guerre en juin 1960, l’intellectuel était devenu la mauvaise conscience de la gauche. Malgré son procès et sa condamnation par contumace pendant l’automne 1960, en dépit de son isolement croissant au sein de son propre réseau, Jeanson poursuivit son combat jusqu’à l’indépendance de l’Algérie.

La réinsertion de Jeanson dans le monde intellectuel se révéla difficile. Aux yeux de beaucoup, il était le clerc de la trahison, le « professeur-traître » devenu infréquentable. Il continua pourtant à publier au Seuil, Sartre l’assura toujours de sa fidèle amitié ; en 1967, André Malraux le chargea même de concevoir un projet de maison de la culture à Châlons-sur-Saône. Pourtant, Francis Jeanson ne put jamais se libérer de la marginalité dans laquelle le maintint la mauvaise conscience collective d’une gauche qui voulait à tout prix oublier son attitude pendant la Guerre d’Algérie.


Roland Pintat
( Mis en ligne le 25/02/2002 )
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