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Vers la loi de séparation des Eglises et de l’Etat
Jacqueline Lalouette   La Séparation des Eglises et de l'Etat - Genèse et développement d'une idée (1789-1905)
Seuil - L'univers historique 2005 /  25 € - 163.75 ffr. / 449 pages
ISBN : 2-02-061146-5
FORMAT : 14,0cm x 20,5cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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Centenaire oblige ! L’année 2005 a été riche en commémorations de la loi de séparation du 9 décembre 1905 ; de nombreux livres et articles ont été publiés sur le sujet, des colloques organisés. Jacqueline Lalouette, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris XIII, est une spécialiste reconnue de la libre pensée ; elle a codirigé avec Jean-Pierre Machelon, la publication des Actes du colloque de Malakoff-Villetaneuse des 27-28 septembre 2001, 1901. Les congrégations hors la loi ? Aujourd'hui, elle s'interroge sur les origines la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, et elle apporte une lecture neuve du fait de la perspective adoptée : alors que beaucoup se sont penchés sur les modalités de la séparation ou ses conséquences pour se poser la question d’une laïcité «à la française», l'auteur a choisi un autre angle : reprendre les étapes parcourues au XIX siècle, qui ont conduit progressivement à généraliser dans la société française, du moins dans ses élites, l’idée de la séparation. C’est la belle collection «L'Univers historique» (Seuil) qui accueille cet ouvrage.

D’emblée la couverture provoque le lecteur : un dessin de mars 1905 pose la République dans une assomption laïque alors que les ecclésiastiques dépossédés, cloués au sol, expriment leur impuissance désespérée. Simplisme de la caricature que, justement, le texte de Jacqueline Lalouette s’attache à démonter en dressant le tableau d’une situation complexe, qui évolue au cours du siècle et ne place pas nécessairement là où on les attend les adversaires et les partisans de la séparation. Dès le début du XIXe siècle, des catholiques convaincus et non des moindres (La Mennais par exemple) envisagent la possibilité d’une séparation, et les inconvénients pour l’Eglise du Concordat, alors que dans les rangs mêmes du pouvoir des voix s’élèvent aussi contre le même texte (Talleyrand, Fouché, le général Moreau..) rejoints par le courant libéral représenté par Benjamin Constant et Madame de Staël. La question centrale est constamment celle du budget des cultes. A cela plusieurs raisons : d’une part le poids lourd de l’Eglise catholique, mais aussi des questions de fond qui touchent à la liberté de conscience des individus et à la place que doit tenir la religion dans la société. Même si les articles organiques viennent compléter le concordat et préciser le statut des autres cultes, l’attention se porte toujours principalement sur la situation de la religion catholique pour des raisons qui tiennent à la fois à l’histoire et à sa forte présence.

En interrogeant avec érudition et finesse des sources nombreuses et diverses (les grands textes idéologiques, les multiples débats, mais aussi les réponses apportées au fil du siècle par la Justice et les magistrats aux cas qui leur sont soumis), Jacqueline Lalouette démontre de façon brillante que le débat sur la séparation se pose dès les origines. Le premier chapitre analyse ainsi «le concordat avant le concordat» et pose avec rigueur les éléments historiques ; une mise au point bien utile pour mieux comprendre les affrontements ultérieurs. Tout le paysage religieux français est présenté : Eglise catholique mais aussi judaïsme et protestantisme. L’ensemble des dispositions ne se réduit d’ailleurs pas au seul concordat, texte diplomatique entre la papauté et l’état français, mais est donc complété des articles organiques.

Pour suivre l’évolution de la question dans une société qui connaît de profondes mutations tout au long du siècle Jacqueline Lalouette adopte un plan chronologique qui se calque sur les grandes phases de la vie politique française : Restauration (1814/1830), Monarchie de Juillet (1830/1848) IIe République, Second Empire (1850/1870). Les deux derniers chapitres sont consacrés à la IIIe République, d’abord décidée à maintenir le concordat, avant qu’une phase de radicalisation (1903-1905) ne conduise à la loi de séparation. On voit ainsi se construire dans différentes sphères de la société un discours séparatiste qui prend de l’ampleur. On mesure aussi que si la question est essentiellement centrée sur l’Eglise catholique, elle concerne aussi les autres cultes, protestant et juif, et, là aussi, se pose en termes plus complexes qu’on ne l’imagine volontiers.

En 1904, dans un contexte tendu à la fois en matière de relations diplomatiques avec le Saint Siège et dans le domaine de la politique intérieure (affaire des fiches), Emile Combes dépose sans enthousiasme excessif un projet de loi qui est un aménagement plus qu’une rupture des liens entre Eglise et Etat, «un régime concordataire sans concordat» selon la formule lapidaire de Clemenceau, texte plus favorable aux catholiques qu’aux protestants et aux juifs, en particulier en raison des dispositions sur les associations chargées de gérer l’exercice du culte. Aussi s’ouvre une période de violents débats ; Combes est contraint à la démission (18 janvier 1905), un second projet est construit par le ministère Rouvier. Il faudra plusieurs mois, pour qu’un autre texte soit finalement adopté le 9 décembre, qui fonde définitivement en France la séparation des Eglises et de l’Etat.

Dans les dernières pages, en posant sa conclusion, Jacqueline Lalouette rappelle les diverses interprétations de la loi chez les historiens et prend discrètement, mais fermement parti : «contrairement à d’autres historiens, nous ne croyons pas que la loi du 9 décembre 1905 fut dégagée de toute visée anticléricale, à sa naissance et tout au long de son élaboration. Pour être un modèle de souplesse et d’intelligence politique, Aristide Briand n’en était pas moins membre de l’Association nationale des libres penseurs de France. […] mais à la limite peu importe.»(p.418). Pour elle, la loi n’était pas inéluctable, mais le résultat du «conflit politique et idéologique majeur qui opposa la République et l’Eglise» (p.423). Un des intérêts majeurs de son ouvrage est justement d’avoir retracé avec érudition et clarté les étapes de ce conflit.

Ouvrage universitaire, le texte est complété d’annexes classiques : chronologie, bibliographie, index, et tout au long de la lecture, des notes en bas de page accompagnent le lecteur. S’il est scientifique et rigoureux, le livre n’est pas pour autant austère ni décourageant à la lecture et devrait intéresser un public plus vaste que celui des seuls historiens.

Ouvrage de circonstances donc, mais vive les circonstances lorsqu’elles donnent lieu à ce type de publication! Enfin on peut signaler aux lecteurs désireux de prolonger leurs connaissances deux ouvrages qui portent sur le XXe siècle et les lectures de la loi : J.-P. Scot (L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle. Comprendre la loi de 1905, Seuil, Points histoire, 2005) et le numéro de la revue XXe siècle (juillet-septembre 2005), Laïcité, séparation, sécularisation 1905-2005 (Presses de Sciences-Po.)


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 19/10/2005 )
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