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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Russie-Europe, ou le colosse offusqué
Marie-Pierre Rey   Le Dilemme russe : la Russie et l’Europe occidentale d’Ivan le Terrible à Boris Eltsine
Flammarion 2002 /  21 € - 137.55 ffr. / 354 pages
ISBN : 2082100987
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Un énorme et superbe animal, sorti du fond des âges, dont rien n’arrête les mouvements convulsifs, qui tantôt s’étend dans toutes les directions, tantôt se contracte sur lui-même, et toujours répare ses blessures : voilà l’Empire russe à travers l’histoire. Immense et isolé, puissant et arriéré, le grand État entretient avec l’Europe occidentale des rapports ambigus, faits de méfiance, de fascination, d’admiration et de répulsion mêlées. Vaste sujet, sujet classique, dont Marie-Pierre Rey entreprend, dans Le Dilemme russe, de donner un tableau général, des origines à nos jours.

Disons-le d’emblée, ce tableau souffre d’un évident déséquilibre dans sa composition. Tout le récit antérieur à 1917 est de seconde main, tributaire d’études parfois fort anciennes : on mesure en lisant ces références combien la période soviétique a été peu propice, à l’Ouest comme à l’Est, à l’étude de l’empire des Tsars, et combien de pistes inexplorées s’ouvrent encore au chercheur. Malgré ces lacunes de la documentation, le récit est bien mené et le problème des rapports russo-européens bien posé. On retrouve les grandes questions qu’ont abordé d’autres ouvrages recensés dans ces colonnes, l’Alexandre Ier, le feu follet de Nicolas Arkhangelski et le L’Europe au regard des intellectuels russes d’Alexandre Bourmeyster : le rôle essentiel de Pierre le Grand, accoucheur d’une modernisation forcée, la césure postérieure entre élites occidentalisées et masses arriérées, le débat sur l’identité européenne ou asiatique de la Russie, les rapports ambigus entre autocratie et modernité, slavophilie et panslavisme, etc.

Paradoxalement, bien que spécialiste de la Russie contemporaine, Mme Rey a beaucoup moins réussi la période soviétique. L’histoire politique et l’histoire de la culture politique s’effacent devant une histoire trop étroitement diplomatique. L’auteur se livre à une analyse excessivement pointilliste des sinuosités de la politique extérieure de l’Union soviétique, l’évolution de l’immense pays paraissant se résumer à celle de son ministère des affaires étrangères. Elle met en revanche bien en évidence la « permanence fascinante » des débats entre occidentalistes et slavophiles, le libéral Sakharov s’opposant à l’orthodoxe Soljenitsyne. La conclusion de l’ouvrage n’en est pas une : les dix années qui nous séparent de la chute de l’U.R.S.S. sont expédiées en trois pages, et le livre s’arrête abruptement sur les prises de position de Vladimir Poutine au lendemain du 11 septembre 2001.

Dans les notes comme dans la bibliographie, les titres des ouvrages russes sont transcrits en caractères latins mais non traduits : on regrette ce parti, comme l’on déjà fait dans ces colonnes au sujet de l’Alexandre Ier de M. Arkhanguelski. En effet, la transcription n’apporte rien au grand public, qui sera bien en peine de reconnaître dans Rousskaïa istoritcheskaïa mysl’ i Zapadnaïa Evropa un ouvrage sur La pensée historique russe et l’Europe occidentale… Quant aux spécialistes, le cyrillique leur serait plus utile : la publication assistée par ordinateur en rendrait fort simple l’insertion dans un texte en caractères latins, si toutefois les éditeurs consentaient à sortir de leur routine. On regrettera enfin l’emploi d’acronymes inutiles, à la manière soviétique, tels que MID pour ministerstvo inostrannykh del, c’est-à-dire tout simplement « ministère des affaires étrangères ».

Ces scories témoignent d’une écriture peut-être trop hâtive. L’ampleur du sujet appelait une composition mieux maîtrisée, aboutissant à une réflexion dégagée des contingences de l’heure. Le dilemme russe laisse donc le lecteur sur sa faim : le grand animal russe n’est pas encore attrapé.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 19/06/2002 )
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