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La Religion fasciste
Emilio Gentile   La Religion fasciste
Perrin - Terre d'histoire 2002 /  23 € - 150.65 ffr. / 354 pages
ISBN : 2-262-01852-9
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La compréhension d’un peuple s’enrichit bien souvent de la connaissance de l’histoire de son rapport au sacré, précieuse pierre de touche où s’éprouvent la nature de son identité, la teneur de ses choix collectifs comme les événements politiques qui le traversent, le façonnent ou le dénaturent. Cette étude met volontiers en lumière le lien serré qui existe entre une histoire apparemment profane et des causes profondément religieuses.

C’est le parti qu’Emilio Gentile, professeur à la Sapienza di Roma et spécialiste incontesté du fascisme en Italie comme à l’étranger, adopte à raison, et qui l’a conduit à relire ce phénomène de façon aussi originale que convaincante. Il dissèque en effet la genèse, la pénétration puis l’institutionnalisation du régime mussolinien dans la péninsule en montrant qu’il n’a jamais laissé de se reposer sur une authentique « religion fasciste ». La vocation de celle-ci était autant de mettre en scène la splendeur du nouveau pouvoir que d’en asseoir la légitimité. Le prix en était la conformation des esprits et l’adhésion des foules, la réduction à quia du jugement individuel au profit de l’émergence d’un être collectif. Pour ce faire, il fallut circonvenir les volontés et les réticences par la manipulation symbolique de la part la plus fragile, de la portion la plus influençable de chacun : la croyance et la foi.

Les moyens employés et les efforts déployés furent à la hauteur de l’ambition affichée du Duce d’imposer cette nouvelle religion fasciste, essentiellement articulée autour du culte de l’ « homme nouveau ».

Bien avant la marche sur Rome d’octobre 1922 et dès la première période de sa formation, le religieux du fascisme émerge et s’identifie peu à peu à la religion civile et patriotique de l’Italie. Il se signale par la constitution d’un noyau originel, cette « sainte milice », reposant sur une codification des mythes fondateurs, unifié par une expérience de foi commune acquise au feu. Les fascistes vécurent et s’imaginèrent en croisés de la nation, dans une sorte de communion squadriste fortement ritualisée et dont le manganello ou le faisceau du licteur devinrent tout à la fois le trait distinctif et le signe de ralliement. Une liturgie fasciste se mit peu à peu en place, faisant la part belle au culte des morts, à la mystique de la renaissance patriotique et spirituelle.

La victoire du fascisme changea radicalement la perception comme le rôle de cette religion civile, pernicieusement détournée de sa vocation hiératique par l’amalgame, de plus en plus grossier mais redoutablement efficace, des symboles de la patrie et du parti. D’essence syncrétique et de vocation totalitaire, cette religion s’avéra un instrument redoutable de contrôle et de domination de l’espace public et privé autant qu’un moyen efficace d’exalter le nouveau régime. Une débauche de décisions et d’initiatives émaille ainsi cette fascisation du culte de la patrie : honneurs sans cesse rendus aux trois couleurs, multiplication des fêtes nationales, glorification de la guerre, expositions organisées ou monuments érigés à la gloire du régime, antiennes partisanes psalmodiées à toute occasion ou port obligatoire de l’uniforme qui illustre si bien cette « Italie en chemise noire ». Mais c’est sans doute dans la déification de Mussolini que l’entreprise de conversion au fascisme a été la plus aboutie. Les moindres de ses paroles, faits ou gestes étaient immédiatement relayés et salués, interprétés et enseignés, intériorisés et imités. Rien n’était négligé pour qu’il fût regardé en véritable « archange terrestre », en unique producteur du dogme, en seul dispensateur de la bonne parole.

Le régime fasciste parvint sans doute à insuffler à une grande partie de la population italienne cette foi dans une nouvelle religion, en phagocytant notamment les fondements et les rites de croyances plus anciennes, en particulier catholiques. Ce processus d’assimilation, autant forcé que consenti, n’avait pas d’autre vocation que d’accroître l’emprise totalitaire du fascisme sur l’Italie, car cette sacralisation débridée et bridante du politique demeura avant tout un outil de gouvernance. Si Emilio Gentile insiste sur son caractère particulièrement exacerbé dans le cas italien, il n’est pas adventice de souligner que ce phénomène de théologie politique n’est pas une réalité historique isolée ou périmée et intéresse bien des sociétés modernes.


Jérôme Cotillon
( Mis en ligne le 10/03/2003 )
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