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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Des troubles de l’histoire au trouble de l’historien
Pierre Laborie   Les Français des années troubles - De la guerre d'Espagne à la Libération
Seuil - Points histoire 2003 /  7.80 € - 51.09 ffr. / 286 pages
ISBN :  2-02-052625-5
FORMAT : 11x18 cm

Ouvrage paru un première fois en 2001 (Desclée de Brouwer).

L'auteur du compte-rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Cet ouvrage est la réédition d’un livre publié en 2001 par les éditions Desclée de Brouwer. Pierre Laborie, directeur d’études à l’EHESS, y rassemblait une série de communications à divers colloques et d’articles portant sur la période de la fin des années 30 et de la 2nde Guerre mondiale. Il s’agit donc de travaux récents en général (depuis 1983), qui ne sont pas forcément faciles à trouver (d’où l’utilité d’un recueil), et portant sur des problématiques actuelles. On est là au cœur d’une recherche et d’une pensée.

Mais ce seul aspect n’aurait certes pas justifié une aussi rapide réédition : l’ouvrage est également grossi d’un avant-propos et de quelques textes inédits (portant sur la Libération et la Résistance), ainsi que d’un index, appendice indispensable aux historiens. Au risque de limiter la portée des articles initiaux, c’est surtout par ses rajouts que cette réédition prend toute sa valeur. En particulier, l’avant-propos, qui développe la notion d’histoire très contemporaine, et son insertion dans la recherche. Certes, le lecteur candide s’étonnera de la rudesse du ton et de certains jugements allusifs - peu clairs du reste - et y verra une simple querelle d’écoles exposée aux yeux du public. Mais il ne faudrait pas se limiter à cette lecture : à travers l’opposition dialectique entre «histoire très contemporaine» et «histoire du temps présent», ce court texte postule à être un véritable discours de la méthode pour une histoire relativement complexe à mettre en œuvre, faute de sources conséquentes (notamment dans la conception de l’histoire positiviste qui fonde la recherche française) et de distance critique. Dès lors, l’enjeu de cet avant propos est de délimiter un véritable «territoire de l’historien», à la croisée des consciences et des comportements, ainsi qu’une méthodologie efficace pour «s’efforcer de regarder autrement un monde proche pour accepter et retrouver son étrangeté» (p.16).

Du reste, si l’on peut regretter avec l’auteur (qui écrit en 2001) le manque d’études sur les comportements sous Vichy (p.39), il faut toutefois considérer des ouvrages récents, comme ceux de Philippe Burrin (qui développe le concept d’accommodement) ou celui qu’Eric Alary en 2003 a consacré à la ligne de démarcation (notamment aux attitudes de transgression qu’elle induit dans les populations riveraines), et qui laissent entrevoir de nouvelles approches historiennes de cette question. L’appel aura été entendu.

Il s’ensuit une série d’articles où l’auteur, avec de grandes précautions de méthode, propose une lecture subtile de l’expérience de l’avant-guerre et de la guerre. Une première série de textes, regroupés sous un titre significatif - «quels outils pour quelle histoire ?» - expose les cadres intellectuels et culturels de cette recherche. On retiendra en particulier l’article portant sur «l’idée de résistance», qui pose nettement le problème d’une expression qui semble aller de soi, et entreprend la relecture de cette notion au crible des diverses expériences de la résistance. De même, l’auteur s’attache à saisir ces zones grises de la mémoire de Vichy que sont le silence, ou l’ambivalence du «penser-double» dans deux textes forts éclairants qui rompent avec les «grilles d’analyses formatées» (p.14) du régime. Ils permettent une lecture plus intimiste de l’expérience de la période, qui éclaire le texte d’avant propos. L’application de ces notions au cas Malraux laisse par contre plus circonspect.

Dans un deuxième temps, P. Laborie applique à diverses questions les problématiques envisagées en première partie. De la guerre d’Espagne à la Libération, il examine le cheminement des esprits, et le dialogue qui s’établit entre les mémoires et l’histoire, entre la réalité et les consciences. A travers les paysages d’une mémoire nationale tumultueuse, on distingue les «racines espagnoles de Vichy» (les conséquences, en terme de représentations, de la manière dont le gouvernement français et la population ont géré la guerre civile espagnole et l’accueil des républicains), ou encore les difficultés qu’il y a, dans une revue comme Esprit, à assimiler la défaite dans un premier temps, puis par la suite d’en assumer les discours. De même, plusieurs communications sur la Libération dans ses complexités (l’épuration sauvage dans l’Ariège, via un tribunal populaire) comme dans ses fondements mémoriels (l’image complexe de la résistance et ses enjeux au temps de la Libération) viennent étayer les réflexions sur l’idée de la résistance et souligner les difficultés d’une histoire du très contemporain.

Les articles consacrés à l’opinion publique, qu’elle soit vichyssoise, protestante ou résistante, au sujet des juifs s’écartent un peu des problématiques développées précédemment. De fait, ils rappellent des travaux plus anciens et marquants de l’auteur. Mais, placés comme ils le sont au cœur de l’ouvrage, ils s’insèrent facilement dans les problématiques précédentes et démontrent encore une fois les ambiguïtés du travail de la mémoire, illustrant ainsi le concept de «penser-double».

Au final, l’ouvrage, s’il débute d’une manière un peu abrupte pour le non-spécialiste, s’avère un panorama subtil et problématisé du cheminement des opinions et des comportements dans une France «des années troubles». A travers les divers sujets abordés, c’est un parcours d’historien que l’on suit, dans ses interrogations, ses certitudes et ses doutes. L’ouvrage n’est donc pas seulement un recueil d’études de qualité consacrées à cette période, il offre également un point de vue important et innovant sur les interrogations des historiens, et sur les difficultés d’une histoire des consciences et des actes de nos (presque) contemporains.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 14/11/2003 )
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