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Quand le style barthésien est mis au service de l’united colors de Benetton…
Vincent Viet   Histoire des Français venus d'ailleurs - de 1850 à nos jours
Perrin - Tempus 2003 /  9 € - 58.95 ffr. / 374 pages
ISBN : 2-262-02013-2
FORMAT : 11x18 cm

Inédit

L'auteur du compte rendu : Claire Laux est maitre de conférences en histoire contemporaine à L'université de Bordeaux III, et l'auteur d'une thèse sur les missions en Océanie.

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En 1997, Vincent Viet avait publié chez Fayard La France immigrée. Construction d’une politique (1914-1997). C’était là une étude rigoureuse et novatrice qui analysait avec pertinence la construction de la politique de l’immigration en France depuis la Grande Guerre. Aussi la déception est-elle d’autant plus vive à la lecture de ce nouvel ouvrage. Certes, l’on retrouve malgré tout l’intérêt de l’approche juridique et institutionnelle de l’immigration. Pour le reste, l’on ne peut que regretter que l’auteur se soit fourvoyé dans le genre délicat de l’essai «philosophico-sociologico-historique». Il a d’ailleurs jeté aux orties sa rigueur d’historien : le premier signe en est l’absence pure et simple de bibliographie, que ne compensent pas les références données en notes.

Le titre est alléchant et prometteur, ainsi d’ailleurs que l’objectif qu’annonce l’auteur : «[...] l’esprit de cet ouvrage [est de] souhaiter d’introduire les étrangers dans l’histoire de la société française, en découvrant les fondements, les usages et les représentations de leur [souligné par l’auteur] altérité». Pourtant, l’essai n’est guère convaincant. L’auteur s’efforce, sans grand succès, de faire oeuvre novatrice dès l’introduction, en construisant une sorte d’échafaudage conceptuel. Pour ce faire, il sautille péniblement de définitions en références étymologiques piochées dans le remarquable Dictionnaire historique de la langue française, dirigé par Alain Rey, et joue sur les diverses acceptions de mots à la manière de Barthes. Il ose même forger (c’est sans nul doute le summum de ces prolégomènes) l’affreux néologisme de «Francétranger» dont on ne voit guère ce qu’il apporte à la compréhension du vécu du Français d’origine étrangère.

Après une introduction décevante, Vincent Viet suit un plan chronologique classique et n’apporte rien de bien nouveau sur la connaissance des Français venus d’ailleurs, hormis l’intéressant point de vue juridique déjà relevé. L’auteur affiche une troublante méconnaissance de la France d’avant les années 1890. Il écrit sans sourciller que le pouvoir royal s’était fort peu soucié de la multiplicité des dialectes (p.28) : et l’édit de Villers-Cotterêts ? Et la création de l’Académie française ? A dire vrai, à suivre sa description de la France du XIXe siècle, il ne s’est rien passé avant la IIIe République. Lavisse serait-il encore lu et cru ? La République crée donc, ex nihilo, l’Etat-nation, dont on ne sait du reste si c’est un bienfait tant l’auteur le voue par ailleurs aux gémonies (l’Europe n’y échappe pas non plus d’ailleurs). Le tableau de la France d’avant la Grande Guerre est simpliste et excessif : on y parle à peine français, les fonctionnaires sont perçus globalement comme des «coloniaux». Il n’est jamais très bon de prendre tous ses oeufs dans un même panier, en l’occurrence La fin des terroirs 1850-1870 d’Eugen Weber, paru en 1983. Déjà alors, nombre de chercheurs avaient souligné la nette tendance de Weber à extrapoler à partir de quelques cas extraordinaires pour faire du particulier le général. On regrettera également l’amalgame simplificateur qui est fait entre les immigrés étrangers, souvent mal perçus, et les sujets de l’Empire, traités avec un paternalisme condescendant.

Il y a heureusement quelques développements intéressants. Beaucoup se retrouvent dans tous les manuels consacrés à l’histoire de l’immigration en France. Toutefois, d’autres sont la synthèse d’analyses nouvelles de Vincent Viet, notamment sur Vichy et les immigrés et sur le droit, repris de son ouvrage précédent. Pourtant, cette approche véritablement historique est desservie par un habillage verbeux et pseudo-conceptuel. En définitive, l’on a plutôt affaire à un exercice militant qui construit un discours convenu, très politiquement correct, sur l’immigration et les immigrés. Tous les poncifs y passent, tous les angélismes y sont égrenés sans être passés au crible de la critique.

Au total, une cote mal taillée pour cet ouvrage, synthèse historique passable sur la question, tout autant qu’essai baragouinant et dégoulinant de bons sentiments.


Claire Laux
( Mis en ligne le 21/01/2004 )
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