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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

« Pape des boches », « soutier des Alliés »
Nathalie Renoton-Beine   Le Colombe et les tranchées - Les tentatives de paix de Benoît XV pendant la Grande Guerre
Cerf - Histoire 2004 /  44 € - 288.2 ffr. / 405 pages
ISBN : 2-204-07309-1
FORMAT : 15x24 cm

L'auteur du compte rendu: Agrégé et docteur en histoire, Jean-Noël Grandhomme est l'auteur d'une thèse, "Le Général Berthelot et l'action de la France en Roumanie et en Russie méridionale, 1916-1918" (SHAT, 1999). Il est actuellement PRAG en histoire contemporaine à l'université "Marc Bloch" Strasbourg II.

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<i>«Le suicide de l’Europe», telle est l’expression employée par le pape Benoît XV pour caractériser le drame qui déchira le vieux continent – entraînant les autres à sa suite – entre 1914 et 1918, et l’on était loin à l’époque de mesurer toutes ses conséquences proches ou lointaines. Au faite de sa puissance en 1914, l’Europe voit en effet en 1918 son hégémonie contestée par les Etats-Unis, le Japon et bientôt par les peuples colonisés. Son déclin sera, nous le savons, irrémédiable.

En août 1914, la fin du pape Pie X est hâtée par le déclenchement du conflit (on le dit mort de chagrin). Lui succède le cardinal Giacomo della Chiesa, né dans la province de Gênes en 1854, archevêque de «Bologne la rouge», qui prend le nom de Benoît XV (1914-1922). La position de la papauté est alors très inconfortable : les relations avec le gouvernement italien sont plus mauvaises que jamais, tandis que dans de grands pays catholiques comme la France, le Portugal ou le Mexique, règne un anticléricalisme plus ou moins militant. Le conflit aggrave cette situation : «S’il prend parti, explique Nathalie Renoton Beine dans l’introduction, [le pape] s’expose à de graves conséquences, alors qu’en revanche aucun belligérant ne souhaite sa neutralité.» S’il est un personnage à qui s’applique bien la célèbre formule des socialistes russes : «Que faire ?», c’est bien le Saint-Père. Le piège sera impossible à éviter.

Dans l’esprit des dirigeants et des peuples des deux coalitions, rester neutre signifie en effet choisir un camp. Pourquoi le pape ne se prononce-t-il pas clairement en faveur de l’Allemagne (dont font partie la très catholique Bavière et la Rhénanie) et surtout de la monarchie des Habsbourg, soutien de l’Autel depuis des siècles ? se demande-t-on du côté des Puissances centrales, opposées à la France combiste, à l’Angleterre protestante et à la Russie orthodoxe, qui oppressent l’une l’Irlande, l’autre la Pologne et la Lituanie, nations éminemment catholiques. Pourquoi le pape ne dénonce-t-il pas avec davantage de vigueur le massacre des populations belges (et, parfois aussi, françaises) par les Allemands, ponctué par l’assassinat de plusieurs prêtres, s’indignent de leur côté les Alliés (y compris et surtout dans le camp des anticléricaux) ? Il est à cet égard instructif de constater comment Clemenceau et d’autres «exploitent» à fond l’incendie de la cathédrale de Reims en septembre 1914 puis le bombardement de l’église Saint-Gervais de Paris en plein office du Vendredi-saint au printemps de 1918.

Critiqué par les dirigeants italiens à partir de 1915 pour ses positions pacifistes au cours du débat sur l’intervention, objet de campagnes acharnées au moment de l’offre de paix austro-allemande de décembre 1916 et de sa propre note en faveur de la paix de l’été de 1917, - «le pape boche» ou, au contraire, «le soutier des Alliés» - Benoît XV connaît de grands tourments intérieurs. Faute de pouvoir peser de manière efficace sur le cours des événements, il s’applique alors à atténuer les souffrances des populations et des soldats par une politique humanitaire des plus actives, développe une intense diplomatie secrète, mais échoue finalement – du fait de l’intransigeance italienne – dans ses efforts pour obtenir une place à la table des négociations de paix de Paris.

Cet ouvrage puise aux meilleures sources : archives diplomatiques françaises, allemandes, autrichiennes et surtout vaticanes (Archives historiques du Conseil pour les affaires publiques de l’Eglise et Archivio Segreto Vaticano), qui apparaissent sous forme de notes en bas de page, lui conférant un caractère des plus scientifiques. Il est accompagné d’une impressionnante bibliographie. Etude très fouillée et présentée d’une façon claire – ce qui semblait pourtant une gageure de prime abord –, cette illustration de l’incapacité de l’Europe à surmonter ses passions nationalistes pour se retrouver autour de son héritage en grande partie chrétien fait apparaître d’autant plus extraordinaire le succès, trente ans plus tard, des Schumann, Monnet et De Gasperi, fondateurs de l’Europe apaisée que nous connaissons aujourd’hui.


Jean-Noël Grandhomme
( Mis en ligne le 25/02/2004 )
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