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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

L’autre génocide perpétré par les nazis
Guenter Lewy   La Persécution des tsiganes par les nazis
Les Belles Lettres 2003 /  35 € - 229.25 ffr. / 474 pages
ISBN : 2-251-38064-7
FORMAT : 15x22 cm

L'auteur du compte rendu: Agrégé et docteur en histoire, Jean-Noël Grandhomme est l'auteur d'une thèse, "Le Général Berthelot et l'action de la France en Roumanie et en Russie méridionale, 1916-1918" (SHAT, 1999). Il est actuellement PRAG en histoire contemporaine à l'université "Marc Bloch" Strasbourg II.

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Longtemps les grands oubliés de l’histoire des persécutions raciales de la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes ont fait l’objet de plusieurs études au cours de ces dernières années. En 2001, une exposition aux archives départementales des Bouches-du-Rhône retraçait la sordide chronique de leur internement par le régime de Vichy dans un camp de Camargue. Ces pratiques remontent d’ailleurs plus loin, puisque pendant la Première Guerre mondiale déjà, beaucoup de «Romanichels», déclarés «indésirables» ou «bouches inutiles» dans la zone des armées ou dans les places fortes – à l’instar des étrangers ressortissants des nations en guerre avec la France, des prostituées, des alcooliques ou autres clochards – avaient été internés loin du front, notamment dans la Drôme. Visités par les délégués suisses, espagnols ou néerlandais de la Croix-Rouge, objet du même traitement que les autres prisonniers civils, ils n’avaient pas pourtant été victimes de mauvais traitements caractérisés et spécifiques ; ils apparaissaient cependant déjà, même dans le cadre d’un Etat démocratique, comme une catégorie à part, maltraitée.

Tout autre fut le cas des Tsiganes dans l’Allemagne nazie et dans les pays qui tombèrent ensuite sous son joug. Pour autant, cette persécution ne recouvre pas des logiques tout à fait comparables à celle à laquelle chacun, spontanément, pense : la Shoah. L’animosité des nazis à l’encontre des Tsiganes s’inscrit d’abord dans le cadre plus vaste de la traque des «asociaux», commencée en Allemagne dès 1933. Hitler entendait purger le corps social de ses éléments «parasites», de ces «poux» qui, en suçant le sang du peuple allemand, contribuaient dans son esprit – comme d’autres ennemis : communistes, juifs, homosexuels, chrétiens engagés, objecteurs de conscience – à son affaiblissement. Les idéologues nazis se querellèrent ensuite sur le point de savoir si les Tsiganes étaient des «Aryens abâtardis» que l’on pourrait éventuellement «récupérer», ou s’ils avaient définitivement rejoint le camp des «races inférieures», dont ils étaient devenus, selon une certaine littérature nationale-socialiste, des représentants particulièrement répugnants. Himmler, persuadé de l’origine indienne des populations tsiganes, s’appliqua à faire échapper à leur cruelle destinée ceux qu’il jugeait les plus «purs». Certains vécurent donc au cœur de la machine nazie sans être inquiétés, d’autres durent leur salut à une mutilation particulièrement barbare, la stérilisation.

Car au-delà des différences théoriques, la solution de la «question tsigane» dans le Reich nazi fut, en pratique, tout aussi tragique que celui de la «question juive». Les lieux mêmes du martyre furent souvent identiques puisque Auschwitz «accueillit» un très grand nombre de Tsiganes, tout comme Mauthausen, Buchenwald, Dachau, Ravensbrück et même le Struthof, en Alsace annexée de fait. Là, comme ailleurs, d’épouvantables expériences médicales furent menées sur eux.

Dans cet ouvrage traduit de l’anglais – The Nazi Persecution of the Gypsies est paru à l’Oxford University Press en l’an 2000 – Guenter Lewy commence par un indispensable et très éclairant point historiographique sur l’état de la question (et sur ses enjeux à l’heure de l’entrée dans l’Union européenne de pays qui comptent de fortes minorités tsiganes). Il recherche dans l’idéologie nazie et dans la politique du IIIe Reich avant 1939 (y compris en Autriche, qui fait l’objet d’une étude spécifique) les racines de la destruction d’une partie des Tsiganes d’Europe (surtout centrale et orientale). De l’oppression séculaire et des mauvais traitements infligés aux «voleurs de poules», l’Allemagne nazie passe au harcèlement systématique, à l’emprisonnement des individus dans le cadre d’une politique de «prévention de la criminalité», puis à la définition d’une «race étrangère» à surveiller, à parquer (les Tsiganes redeviennent alors des parias comme dans l’Inde de leurs ancêtres), puis finalement à déporter et à exterminer.

En dépit de certains partis pris – il s’en faut de peu pour que l’auteur ne fasse des populations rurales du Burgenland autrichien les inspirateurs de la «solution finale» du «problème tsigane», qu’ils auraient suggérée aux nazis berlinois –, cet ouvrage révèle au public francophone un pan très mal connu de la terreur nazie, tout en montrant la complexité et les incohérences internes de cette politique.


Jean-Noël Grandhomme
( Mis en ligne le 22/03/2004 )
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