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Big Brother is watching you
Jacques Berlioz-Curlet   FBI. Histoire d'un empire
Complexe - Questions à l'histoire 2005 /  24.90 € - 163.1 ffr. / 414 pages
ISBN : 2-8048-0055-5
FORMAT : 16x24 cm

L'auteur du compte rendu : Diplômé de l’université Paris II en droit privé et de Sciences-Po Paris, Mathieu Zagrodzki est doctorant en politiques publiques et travaille sur les réformes policières à Paris, Varsovie et Los Angeles au sein du Centre de Recherches Politiques de Sciences-Po (CEVIPOF). Il prépare actuellement un livre, à paraître aux Presses de Sciences-Po, sur les polices de Los Angeles et de New York.
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Il est parfois impossible de raconter l’histoire d’une institution sans écrire en même temps la biographie de son chef. Le Federal Bureau of Investigation en est le meilleur exemple, tant son existence a été marquée par John Edgar Hoover, directeur mythique du Bureau de 1925 à sa mort.

Toutefois, si l’influence de Hoover, de ses convictions et de sa personnalité a sans doute laissé une empreinte indélébile au sein du FBI, on ne saurait ignorer à quel point ce dernier a été au cœur des soubresauts qu’a connus la société américaine depuis sa création en 1908. En effet, étudier l’histoire du FBI revient à se plonger dans l’histoire des Etats-Unis, des deux conflits mondiaux à la chasse aux sorcières, en passant par la guerre du Vietnam, le mouvement pour les droits civiques ou encore les attentats du 11 septembre. Souvent présenté comme le jouet de son chef, le FBI a surtout été tout au long du 20e siècle un fascinant miroir de l’Amérique, de ses multiples facettes comme de ses excès.

Créé par Theodore Roosevelt et son Attorney General, Charles J. Bonaparte, petit-neveu de Napoléon, afin de doter le Ministère de la Justice d’un service d’investigation capable de faire appliquer la loi fédérale, le Bureau, par l’intermédiaire de son chef, a su profiter de tous les événements qui ont marqué les Etats-Unis depuis un siècle pour accroître ses pouvoirs. Ainsi, la Première Guerre mondiale a vu les compétences du FBI étendues au contre-espionnage et la lutte contre la subversion en ces temps d’agitation anarcho-syndicale, faisant du Bureau une véritable police politique. Les années 20 furent celles de la lutte contre le crime organisé. L’affaire Lindbergh, du nom d’un jeune enfant kidnappé et retrouvé mort en 1932, a donné l’occasion au FBI de s’approprier les affaires d’enlèvement. Mais c’est surtout le New Deal de Franklin Roosevelt, période de croissance sans précédent de l’Etat fédéral, qui a attribué aux hommes de Pennsylvania Avenue (siège du FBI à Washington) une somme de missions qui en a définitivement fait les piliers des politiques de sécurité aux Etats-Unis, au détriment des polices locales. Preuve que le FBI, loin d’être un îlot isolé, a souvent suivi des évolutions plus globales de la société américaine.

Toutefois, le Federal Bureau of Investigation n’aurait sans doute pas connu la trajectoire qui fut la sienne sans la personnalité hors du commun de John Edgar Hoover. Nommé directeur alors qu’il n’a que 29 ans, à une époque où le FBI est gangrené par la corruption et les ingérences politiques, ce puritain convaincu en a fait un véritable corps de police professionnel doté de standards de formation et de discipline élevés et détaché des influences politiques. Ses qualités d’orateur et sa faculté à dramatiser les enjeux médiatisés ont permis au prestigieux bureau d’investigation de gagner peu à peu des pouvoirs que personne n’aurait imaginés lors de sa création. Sous ce règne, pour ne pas dire cette dictature, le FBI fut capable du meilleur (lutte sans répit contre le gangstérisme dans les années 20 et 30, refus de participer aux rafles contre les Japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale par respect des libertés individuelles, démantèlement de réseaux d’espionnage nazis ou soviétiques, instauration de méthodes pionnières en matière de police technique et scientifique) comme du pire (écoutes illégales et perquisitions sans mandat notamment à l’encontre des communistes pendant la chasse aux sorcières, acharnement contre les mouvements contestataires dans les années 60 au détriment de la lutte contre le crime organisé ou du contre-espionnage), à l’image d’un chef plein de contradictions, ennemi sans pitié du Ku Klux Klan mais farouche opposant à l’entrée des Noirs au FBI, pourfendeur de la malhonnêteté et de la paresse dans ses services mais capable d’utiliser ses véhicules de fonction pour aller aux courses ou de faire une sieste au milieu de l’après-midi.

Eclaboussé par le scandale du Watergate, survenu juste après la mort de Hoover en 1972, le FBI a su redorer son blason dans les années 70 et 80 grâce aux réformes entreprises par les directeurs Kelley, Webster puis Chambers, basées sur une approche managériale du métier, une meilleure collaboration avec les autres services de police du pays et une évolution des méthodes d’investigation. Le Bureau multipliera ainsi les succès dans la lutte contre le crime organisé et la délinquance financière ou encore dans le contre-espionnage. Les dysfonctionnements constatés lors des attentats de 2001 ont marqué toutefois un sérieux coup d’arrêt pour un service qui a sans doute trop négligé les activités de renseignement depuis la fin de la guerre froide, au profit de préoccupations domestiques.

Après avoir étudié le passé et le présent du Bureau, Jacques Berliot-Curlet, ancien policier français formé aux méthodes du FBI, se demande dans quelle direction vont aller les politiques de sécurité dans cette Amérique post-11 septembre, frappée par des évolutions démographiques et technologiques irrésistibles. La voie semble toute tracée pour le FBI, qui jouera probablement un rôle moteur dans la protection des Américains contre les menaces du 21e siècle, grâce au développement de la coopération avec les services de sécurité étrangers, l’intervention accrue dans la formation des polices locales et la constitution d’une véritable banque de données criminelle à partir de son savoir-faire scientifique. Big Brother a encore de beaux jours devant lui…


Mathieu Zagrodzki
( Mis en ligne le 05/01/2006 )
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